Les Traqueurs, d’Antoine Bombrun

 

Les Traqueurs, d'Antoine Bombrun

 

Mon résumé :

  Ils sont trois, trois parias sans félicité ni illusions, qui parcourent sans répit le sombre pays de Lhune. Trois « yeux blancs », trois marqués par la terrible magie d’un nécromancien ami des démons, et qui les fait victime de toutes sortes de calamités. Rhyunâr le sabreur, Thief le vieillard et Shiujih l’arbalétrier ; des hommes taciturnes à qui la vie a tout repris. Leur unique but désormais : retrouver la trace du nécromancien qui a fait de leur vie un enfer, et le vaincre une bonne fois pour toutes. Pour libérer leur conscience, mais aussi pour libérer tous les autres damnés aux yeux blancs qui ont croisé sa route, et qui maintenant lui sont soumis.
  Des trois errants, Shiujih est le plus solitaire, le plus mystérieux. Quel sombre secret supporte-t-il ? Quels antécédents le lient vraiment au nécromancien ?
  Par vents et par monts, bravant les ogres, les bêtes sauvages et parfois les hommes eux-mêmes, le trio de Traqueurs fera l’impossible pour parvenir à ses fins…

 

 

Auto-édité au nom de l’Attelage, site d’auteurs indépendants. 252 pages.

Coût : 3,99 € en ebook, prix variable en format papier, uniquement achetable en ligne.

 

 

Comment j’ai découvert Les Traqueurs :

  J’ai acquis ce roman pour un partenariat avec l’Attelage. Il est disponible sur leur site depuis peu !

 

 

Une petite mise en bouche…

  L’épéiste vous ordonne de ne pas bouger. Il aime bien ça lui, ordonner. Il contourne le taillis pendant que vous vous tapissez dessous. Alors qu’il s’avance, tu concentres tes sens pour essayer de découvrir ce qui se dissimule en face. […] Comme ça t’inquiète, tu décroches ton arbalète, tu l’armes, et tu t’enfonces dans le fourré. Les ronces t’égratignent un peu la gueule en se faufilant dans ton capuchon, mais qu’importe : tu l’aimes pas, ta gueule.
  Derrière l’amas de mauvaises herbes, tu découvres Rhyunâr qui s’avance vers une maisonnette. Un silence surnaturel entoure chacun de ses gestes alors qu’il se coule dans la clairière. Son yatagan accroche un peu la lumière qui perce entre les branches et la bicoque tressaille. Rhyunâr s’arrête et plus rien ne bouge. Il reprend sa marche après quelques secondes, pousse la porte de la masure et y pénètre.
  Tu observes la suite à travers un des carreaux sales de l’unique fenêtre. Tu devines l’épéiste qui s’avance et qui pointe son arme sur la gorge d’un vieillard penché sur sa table. L’homme ne sursaute pas lorsque la lame entre en contact avec la peau de son cou.
  Soudain, le silence se brise comme un enchantement et la voix de Rhyunâr résonne :
  « Fais tes prières, vieillard. »
  L’ancêtre tourne lentement la tête, il articule d’une voix qui tremblote :
  « A ta place, sabreur, je serais plus prudent. »
  Au même moment, la bicoque vacille sur ses bases dans un grondement sourd.
  Tu comprends ce qui se passe avec une seconde de retard et tu beugles :
  « Un élémentaire ! »

 

 

 

Mon verdict :

  Les Traqueurs est un roman de fantasy, de la dark fantasy même ; et c’est un bien bon roman. L’ambiance est très sombre mais ça se justifie par le genre, alors ce n’est pas un défaut – même si par moments ça plombe un peu le moral ! On y suit le périple de nos héros, et cette quête sert de ligne directrice. Mais il se passe beaucoup de choses, des événements divers dont nos protagonistes sortent changés ; pas seulement des péripéties juste pour relancer l’action et dont les personnages vont ressortir sans séquelles.
  La narration est très particulière. En effet, le narrateur est à la fois interne et omniscient ; je m’explique. L’histoire des Traqueurs nous est racontée par un personnage dont on ignore l’identité, qui se tient détaché de l’histoire tout en la racontant à Shiujih, l’arbalétrier. Cela, on le sait grâce à la façon de parler du narrateur : il dit « tu » en parlant de Shiujih, et « vous » pour le trio de héros. Il a un style qui mêle un vocabulaire très recherché et des passages plus « oraux », avec des injonctions ou des familiarités. Cela donne un aspect singulier au roman, un aspect que je n’ai retrouvé nulle part ailleurs. C’est une de ses grandes forces.
  J’insiste sur le vocabulaire déployé tout au long de l’histoire : il est adapté à toute situation, on y trouve des synonymes, des métaphores. On sent que l’auteur s’est documenté pour écrire, ou au moins qu’il a un conséquent bagage quant aux lexiques de la fantasy, du combat, et j’en passe…
  La narration de l’histoire sert beaucoup à pimenter l’intrigue : visiblement, le narrateur mystérieux relate cette aventure à Shiujih, après donc que ladite aventure se soit terminée… Alors, qui lui parle ? Où et comment est Shiujih désormais ? Cela souligne aussi que l’auteur connaissait sa fin dès les premières pages, ou alors qu’il en avait un aperçu relativement précis. Toute son intrigue est savamment construite, tous ses petits décollages sur le narrateur ont été réfléchis pour attiser la curiosité du lecteur sans lui spoiler le dénouement. Un beau travail ! Pour ma part, j’ai longtemps soupçonné l’un des personnages d’être le fameux narrateur, mais je me trompais…
  Je garde une micro-réserve sur les événements finaux, et à ce titre je vous dispense une prévention prudente : l’auteur ne fait pas dans la censure, et les 70 dernières pages sont, par moments, carrément gores. Je dis ça pour que les plus sensibles ne soient pas pris au dépourvu ! C’est une violence terrible, qui sert l’intrigue, mais qui m’a pas mal écœurée néanmoins… Je ne suis pas fan des violences crues comme celle-ci.
  Le dénouement m’a plu, bien que me laissant un peu sur ma faim : je m’attendais à une plus grande surprise pour la dernière scène. Surtout qu’on découvre le narrateur de l’histoire peu avant, c’est en soit une surprise finale certes, mais du coup la dernière scène est moins étonnante. De plus, trop d’interrogations demeurent quant aux autres protagonistes qui évoluaient à l’écart des héros : on ignore comment ils finissent parce que leurs actes ne sont plus directement liés au sort du héros. Mais, conclure leur histoire aussi, au lieu de l’abandonner d’un coup à la fin du roman, aurait été moins frustrant (j’aurais aimé citer quelques exemples, mais ce serait du pur spoil).
  Et maintenant, les personnages. Ils sont – on est dans de la dark fantasy hein – pour la plupart désillusionnés, blasés de la vie… C’est même là l’essence de nos héros. Qu’est-ce qui parviendra enfin à les étonner, à les apeurer ? Nous le découvrirons peu à peu au fil de la lecture. Bon par contre, ça manque clairement de femmes. Noisette ne compense pas assez, son inutilité est clairement exprimée alors elle ne valorise pas trop son genre… J’avais un peu d’espoir sur la fin quant à un certain personnage mais en fait non, ça s’est fini de façon trop simple pour elle je pense… J’appréciais beaucoup Rhyunâr au début du roman, c’était mon préféré, mais au fur et à mesure il m’a semblé beaucoup évoluer, et je l’ai graduellement moins aimé, jusqu’à ne plus l’aimer du tout. Thief m’est resté antipathique tout au long de ma lecture. J’ai beaucoup aimé Alcyre et la dangerosité latente qu’on sentait en lui, mais il ne fut pas beaucoup développé malheureusement.
  Quelques illustrations parsèment le roman, très belles malgré leur simplicité, et elles animent agréablement la lecture. Dommage qu’elles soient si rares, et surtout, qu’elles se soient faites de plus en plus rares : il y en a bon nombre au début et quasiment pas à la fin. Ce n’est pas équilibré.

 

 

 

Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 3/3 Les illustrations sont un bon point indéniable !
Le langage : 4/4
La nature : 1/2
Le thème : 2/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
Total : 24/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

Les Traqueurs n’est pas un roman très gai, mais il est complexe, fait réfléchir, et il a un fichtrement bon style. Aussi je l’ai assez aimé pour le citer objectivement si on me demandait des conseils en bouquin !

 

Bonus :

Allez faire un tour sur le site de l’Attelage, y a plein de belles choses à voir, à écouter et à lire.

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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