Dysfonctionnelle, d’Axl Cendres

 

Je vous présente un livre fort, drôle et émouvant (oui oui, émouvant), un livre-bombe : Dysfonctionnelle, d’Axl Cendres.

 

Dysfonctionelle, d'Axl Cendres

 

 

Mon résumé :

  Sid-Ahmed Benhamoud tient un bar dans la banlieue parisienne, le Bout du monde. Il vit là-bas avec sa femme et ses sept enfants.
  La famille Benhamoud est ce qu’ils appellent une famille « dysfonctionnelle ». C’est ainsi que sont qualifiées des familles qui, pour citer le livre, « ne marchent pas comme il faudrait, mais tiennent debout quand même ».
Sid-Ahmed est d’origine kabyle. Il a une fâcheuse tendance à se retrouver souvent au mauvais endroit et au mauvais moment, ce qui le conduit à de réguliers séjours en prison. Natouchka, sa femme, est polonaise : ancienne déportée, elle a gardé d’importantes séquelles psychologiques (ou « sycologiques », comme dit l’oncle Benhamoud). Ils ont eu sept enfants : quatre filles aînées, puis trois garçons aux noms farfelus : nous avons Marilyne, Dalida, JR, Jésus (le vrai)… Tout ce petit monde survit jovialement au Bout du monde, avec les habitués du bar, les chansons gueulées à tue-tête les samedis soir et les matchs de foot.
  Nous suivons l’histoire de cette famille à travers les yeux de Fidèle, alias Fifi, la quatrième fille de la fratrie. Sont présentés son père, sa mère, ses frères et sœurs, leur quotidien tour à tour triste ou hilarant. Puis l’histoire se concentre davantage sur Fidèle : enfant précoce, disposant d’une mémoire photographique, elle est intégrée après le collège dans un établissement des beaux quartiers, dans lequel les élèves ont des manières diamétralement opposées aux siennes.
  Fidèle n’est pas du genre à se laisser intimider : mais dans ce lycée, elle va faire une importante rencontre, une rencontre décisive pour son avenir…

 

 

Publié aux éditions Sarbacane en 2015. Format moyen, 305 pages.

 

 

Une petite mise en bouche…

<< Un matin qu’il avait vingt ans, on n’a pas trouvé Jésus dans sa chambre ; il y avait seulement un mot sur son lit :
Je vais au bout du monde, le vrai
A cette époque-là, Maman était internée – il y avait d’ailleurs dans son hôpital deux ou trois types qui se prenaient pour Jésus, qu’elle toisait avec mépris puisqu’elle, elle savait qui était le vrai.
Lorsqu’on lui a annoncé la nouvelle de son départ, elle a versé des larmes radieuses avant de dire :
« Il est parti accomplir sa mission… C’est le dessein de Marie. »
Dans les couloirs de l’hôpital, Maman paradait, illuminée de joie, annonçant la nouvelle aux autres malades ; certains se sont même agenouillés devant elle.
« Merci. Merci », répondait simplement ma mère.
On ne devait plus jamais revoir Jésus – au grand soulagement de certains habitués du bar.
« Pourvu qu’il réussise sa mission… et qu’il ne revienne pas ! »
[…]
« Qu’est-ce qu’il me foutait les jetons ! » disait l’un.
« Et à moi donc ! » répondait l’autre.
« C’est ma tournée ! »
« A Jésus ! Qu’il aille au bout du monde, mais pas le nôtre ! » >>

 

 

 

Comment j’ai découvert Dysfonctionnelle :

  Lors du Salon du Livre et de la Presse jeunesse de Montreuil, une libraire employée au stand des éditions Nathan m’a grandement vanté Dysfonctionnelle. J’en ai profité, l’auteure était justement présente aux éditions Sarbacane : je suis allée la rencontrer le jour même, j’ai acheté le bouquin et je l’ai fait dédicacer !
  Chez Sarbacane, j’avais déjà lu Les petites reines et 100 000 canards par un doux soir d’orage, donc j’avais plutôt confiance pour cette nouvelle lecture, malgré une légère réserve étant donné que je lis assez peu de romans comme Dysfonctionnelle.
J’ai été très agréablement surprise !

 

Mon verdict :

  Dysfonctionnelle, c’est un mélange d’humour, de gravités et de scènes touchantes. Et remarquez que moi, Chinmoku, je parle de scènes touchantes : je suis relativement insensible à l’émotion dans les livres, mais celui-là m’a touchée ! Ce n’est vraiment pas mon genre de bouquin, je rechignais un peu à le commencer, mais au final j’ai été complètement prise dans l’histoire des Benhamoud. On rigole et on pleure avec eux au fil de leurs vies, des aléas parfois saugrenus de leurs existences aussi diverses qu’unies les unes aux autres. C’est une histoire pleine d’humour, un humour tour à tour noir, farfelu ou pince-sans-rire ; un humour qui fait part intégrante du quotidien des Benhamoud. Ce sont des choses qui leur semblent ordinaires, mais qui nous font rire car nous n’y sommes pas habitués. Les répliques des habitués du bar, les relations alambiquées des membres de la famille, et j’en passe…
  Une bonne partie du roman est consacrée à l’histoire des Benhamoud : comment Sid-Ahmed rencontra Natouchka, comment naquirent leurs sept enfants. C’est après seulement qu’on revient presque exclusivement sur Fidèle (perso, en lisant la quatrième de couverture, j’avais été incapable de déterminer si c’était une fille ou un garçon). C’est là ma partie préférée : quand on découvre un à un ses six frères et sœurs, avec leurs noms pétillants ( y a Marilyn la rebelle, JR le dragueur, Jésus (le vrai) qui pardonne aux autres tous leurs péchés…) et leurs personnalités divergentes. Ils sont tous super différents les uns des autres, mais malgré tout ils s’entendent bien (sauf Dalida !), et cette entente entre des personnes aussi hétérogènes, cette harmonie, c’est l’un des principaux éléments qui fait le charme du livre.
  L’humour ne vient pas que des enfants bien sûr : il y a aussi Zaza, les manies de Sid-Ahmed, les dialogues avec Sarah (très vivants pour la plupart), les aventures au Bout du monde… Tout plein de petits détails qui enchantent tous le cœur.
  C’est une réalité parfois dure qui est montrée à travers les yeux de Fidèle. Un père habitué de la prison, une mère psychotique, une famille nombreuse et pas toujours très riche ; un patrimoine culturel parfois rejeté par autrui. Des personnages courageux qui malgré leurs difficultés parviennent à s’imposer dans le monde sans prendre garde aux a priori des autres (Fidèle en est le meilleur exemple).
  La narration est à la première personne du singulier ; et Axl Cendres joue sur ce détail. En effet, au fur et à mesure que Fidèle grandit, son vocabulaire et sa syntaxe s’améliorent. On suit pas à pas son évolution.
  Petit plus : on découvre l’histoire des Benhamoud des années 70 à nos jours. L’auteure nous fait découvrir toutes les modes et les événements historiques qui vont avec ; c’est très réaliste, pas du tout plombant, j’adore.
  Même moi, je ne pourrai écrire cette chronique sans parler de Fidèle et de Sarah.
  Sarah, c’est une fille que Fidèle rencontre dans son lycée ; c’est cette fameuse fille qui sera « décisive pour son avenir ». La relation de Fidèle et Sarah me semble impossible à décrire simplement… Je déteste ce genre d’histoires, je trouve toujours ça trop lourd, trop larmoyant, mais franchement, que reprocher à  me semble impossible à décrire simplement… Je déteste ce genre d’histoires, je trouve toujours ça trop lourd, trop larmoyant, mais franchement, que reprocher à Dysfonctionnelle pour ça ?? Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai été émue aux larmes, y a des limites, mais Fidèle et Sarah c’est la plus belle histoire d’amour que j’ai jamais eu l’occasion de découvrir ! Une histoire d’amour avec ses moments cruciaux, avec ses défauts, avec ses grands vides et ses retrouvailles enflammées. C’est à peine du spoil mais je ne pouvais pas faire cette chronique sans vous en toucher un mot. La plupart des histoires d’amour dites « prévisibles » me déçoivent, mais celle-ci m’a comblée au-delà de mes espérances.
Au final, ce livre nous fait aimer les familles « dysfonctionnelles », malgré nos a priori ; c’est un roman qui fait à la fois rire, pleurer (pas moi hein !) et réfléchir. Une jolie réussite, quasiment sans bémols je pense.

 

 

Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 1/3 J’adooore la couverture ! En revanche, pas trop la forme des dialogues…
Le langage : 4/4 Ici le niveau de langage n’est pas toujours très haut, mais cela fait partie intégrante du charme du roman.
La nature : 1/2
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 5/5
Les personnages : 3/3 Les personnages, c’est le gros point fort de Dysfonctionnelle. Alors oui, 3/3, même s’il est un peu ardu de s’identifier à eux !
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
Total : 25/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

  Dysfonctionnelle dispose déjà d’une bonne renommée parmi les blogueurs, et à mon avis ça ne va pas s’arrêter là. Même moi j’ai été émue par ma lecture, alors je le conseille doublement.
  Je l’ai dit, Dysfonctionnelle fait rire, pleurer et réfléchir. Le combo ultime hein ?

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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2 commentaires sur “Dysfonctionnelle, d’Axl Cendres

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