La Passe-Miroir, de Christelle Dabos

La Passe-Miroir, de Christelle Dabos

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Mon résumé :

  Voilà le monde divisé, fractionné en de multiples territoires volants appelés les Arches. Sur chacune des Arches gouverne un Esprit de famille, entité mystérieuse et omnipotente qui régit le quotidien de ses terres selon ses envies et son caractère propres.
  Ophélie est une jeune femme chétive et discrète qui s’occupe, sur l’Arche d’Anima, d’un musée d’antiquités. Derrière sa lourde écharpe et sa timidité maladive se cache la meilleure liseuse de sa famille. « Liseuse » ici, ce n’est pas une faute de français : le terme désigne quelques individus d’Anima qui possèdent le don fort utile de pouvoir découvrir le passé d’un objet rien qu’ne le touchant. Ophélie excelle dans ce domaine malgré sa modestie. Elle est, de plus, dotée d’un pouvoir singulier : celui de voyager au travers des miroirs. C’est donc une héroïne aux multiples petits talents plus charmants les uns que les autres !
  Elle appréciait son quotidien simple, entre l’entretien de son musée et les membres de sa famille tous sympathiquement farfelus ; mais on s’en doute, voilà que surviennent des ennuis des plus fâcheux…
  Ophélie se trouve contrainte de quitter les siens à destination du Pôle, une Arche lointaine, polaire et austère. La raison de ce voyage impromptu ? Les Doyennes, assistantes de l’Esprit de famille d’Anima, l’ont fiancée à Thorn, une importante personnalité du Pôle. Thorn est antipathique, taciturne, grand comme pas permis et dispose d’une impressionnante mémoire photographique. Il se préoccupe de sa fiancée comme de son premier calcul mental, et c’est plus ou moins réciproque. Si encore il n’y avait que ça… ! Le peuple du Pôle est bien différent de celui d’Anima : sur Anima, « on est tous le cousin de quelqu’un », mais sur le Pôle, on se divise en clans divers et on se fiche des bâtons dans les roues à la moindre occasion. On nuit subtilement à autrui et on ourdit complot sur complot…
  Ce n’est pas un milieu très agréable pour Ophélie. Notre jeune liseuse va devoir sortir de ses réserves pour s’intégrer au Pôle, et surtout y survivre en un seul morceau ; sa franchise et sa clairvoyance seront ses meilleurs alliés. Car elle s’aperçoit vite que son futur mariage a été conclu pour des raisons plus que louches et que ses talents de liseuse attireront de mauvaises convoitises.

 

Publié en 2012, roman lauréat de la 1ère édition du concours 1er roman jeunesse de Gallimard.

Tome 1, Les fiancés de l’hiver = 519 pages. Tome 2, Les disparus du Clairdelune = 550 pages. Tome 3, « La mémoire de Babel » : 483 pages. Gros format – l’objet papier est très beau.

Coût : Tome 1 = 18 € en papier, 12,99€ en e-book.

Tome 2 = 19 € en papier, 13,99 € en e-book.

Tome 3 : 18€ en papier.

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Une petite mise en bouche :

  Ophélie remonta ses lunettes mouchetées de gouttes de pluie. Elle vit d’abord l’énorme chignon en choucroute de sa mère qui l’écrasait sur la banquette du fiacre, puis le nez de corbeau de la Doyenne juste devant elle et enfin, de l’autre côté, l’ours. Il regardait obstinément par la vitre de la portière, répondant de temps à autre au babillage de sa mère par un laconique hochement de tête, sans prendre la peine d’échanger un regard avec personne.
  Soulagée de ne pas être dans sa ligne de mire, Ophélie se prêta à un examen plus attentif de son fiancé. Contrairement à sa première impression, Thorn n’était pas un ours, même s’il en avait l’apparence. Une ample fourrure blanche, hérissée de crocs et de griffes, lui couvrait les épaules. Il n’était pas tellement corpulent, en fait. Ses bras, croisés sur sa poitrine, étaient aussi effilés que des épées. En revanche, tout étroit qu’il était, cet homme avait une stature de géant. Son crâne s’appuyait contre le plafond du fiacre et l’obligeait à ployer le cou. Plus haut perché encore que le cousin Bertrand, et ce n’était pas peu dire.
  « Par les ancêtres, s’ébahit Ophélie, ce sera mon époux, tout ça ? »

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Mon verdict :

  La Passe-Miroir, La Passe-Miroir… Depuis le temps que je brûle d’en parler ! J’avais peur d’avoir trop de choses à dire pour parvenir à vous pondre une chronique convenable. Comme j’ai traité de Tara Duncan en 15 pages la semaine dernière, maintenant je me sens d’attaque.
  Je voulais commencer plus tôt aussi la rédaction de cette chronique, mais j’avais prêté mon tome 1 et je l’ai récupéré il y a peu ; je ne voulais pas me lancer dans la chronique sans lui, car je l’ai lu il y a deux ans et il y a plein de menus détails que je voulais vérifier.
  Bref, à l’attaque. Il y a tant de choses à dire !
  Attention ! Dans cette chronique, je vais faire de mini-spoils, sans importance pour l’intrigue, mais qui gâcheraient de légères surprises aux plus pointilleux. Je vais développer sur les deux tomes actuellement sortis car je ne saurais parler de l’un sans parler de l’autre.
  Déjà, l’univers présenté. Une dimension aérienne dans laquelle flottent des Arches, des morceaux de terre (de Terre ?), chacun habité par une peuplade humaine différente. Anima, le Pôle, Babel, Arc en Terre… Les Arches sont très diverses, se différenciant les unes des autres par leur climat, leur architecture ou leurs mœurs évidemment. Elles sont belles, mystérieuses et poétiques : de l’ambroisie pour les fans de fantasy. Car La Passe-Miroir, au premier abord en tout cas, a tout d’un bon roman de fantasy comme on les aime ! Son univers est à la fois complexe et facilement compréhensible ; nouvelle dimension, monde parallèle, dystopie ? Christelle Dabos a en tout cas créé un monde merveilleux, avec ses codes propres et ses charmes typiques. Délicieux dans une littérature de fantasy jeunesse où on retrouve régulièrement les mêmes éléments, à peine retravaillés, par manque d’originalité ou d’imagination… Les architectures et les styles vestimentaires présentés sont intéressants, entre vieille époque et un chouia de steampunk à mon sens, avec la petite touche personnelle de l’auteure encore une fois. J’adore.
  Les personnages. Wouah, les personnages. De petits bijoux eux aussi. Ils sont en nombre raisonnable, mais très inhabituels : presque une nouvelle catégorie (j’adore classer les personnages de romans par catégories). Pas un ne rentrera dans un quelconque moule, tant malgré leurs attitudes a priori stéréotypées (la timide, le grognon, le je-m’en-foutiste…) ils sauront nous montrer qu’ils se démarquent admirablement des clichés, respectant les normes de la littérature de l’imaginaire tout en ajoutant leurs propres règles de jeu. Des caractères particuliers qui nous surprendront jusqu’au bout, car tous les personnages sont construits jusqu’au plus petit détail, avec leurs défauts, leurs manies, leur part d’ombre. On les apprivoise un peu plus à chaque page tournée, mais sans jamais pouvoir les cerner complètement ni se lasser d’eux. Ce sont comme les acteurs d’une pièce de théâtre (je me réfère là particulièrement aux rôles préétablis de la Commedia dell’Arte), avec des personnalités très distinctes mais qui conservent un certain équilibre entre eux.
Personnellement j’ai eu un énorme coup de cœur pour Farouk, l’Esprit de famille du Pôle. Il est incroyable, bourré de qualités cachées, et quel personnage complexe ! Mais comme on ne le découvre en détails que dans le tome 2, je n’en dis pas trop dans cette chronique. Je n’aimerais pas vous spoiler le Sieur Farouk, ce serait une faute grave. Mais sachez que dès qu’on parle de lui je me comporte comme la pire des fangirls (ou comme une « courtisane endiamantée » pour rester dans les cordes de La Passe-Miroir).
  L’intrigue est, à l’image des autres aspects de la série, originale, développée… Je vais davantage argumenter, car là c’est clairement insuffisant comme adjectifs pour la décrire. On y retrouve des éléments familiers : les complots d’une cour omnipotente, la franchise du héros qui l’aidera à trouver sa place ; néanmoins, comme c’est à la sauce de La Passe-Miroir, il y a ce petit quelque chose en plus qui fait qu’on ne se lassera pas et qu’on ne pourra pas lâcher le livre avant d’en avoir lu la dernière page. Les protagonistes ne sont pas francs les uns envers les autres, mystères et surprises sont savamment cultivés jusqu’au dernier moment, les aventures se mélangent en une construction passionnante qui va, petit à petit, nous mener par le bout du nez jusqu’à l’intrigue principale. Car l’intrigue principale, celle qui sera le fil rouge de chaque roman de la série, est bien partie pour être parmi les meilleures qu’on pourra découvrir ! C’est fou cette ambiance, ça m’a rappelé un sentiment qui m’avait prise à ma lecture des Eveilleurs (de Pauline Alphen) : on sent que quelque chose se prépare en coulisses, qu’un engrenage gigantesque est tout doucement en train de se mettre en branle, et même si nous sommes encore incapables de définir clairement les tenants et les aboutissants de cette affaire, on se réjouit déjà à l’idée de la découvrir par le futur. Les révélations et nouveaux indices se multiplient à la fin du tome 2, l’ambiance se fait bien plus grave que pour le tome 1, et les éléments sont à la fois si nombreux et si libres qu’il est jubilatoire d’établir ses petites théories sur la suite… Et de les partager avec les autres fans ensuite, bien entendu. Vu les attentes que nous avions tous pour le tome 2 et la façon dont Christelle Dabos a su les combler, on peut lui faire confiance pour les livres suivants.
  Et enfin, le style littéraire ! Mais d’où sors-tu donc une telle plume, Christelle Dabos – Cricri pour les intimes ? D’où nous vient cette écriture géniale, à la fois drôle, grave et poétique ? On peut vraiment associer ces adjectifs sur le papier comme tu le fais, avec pareils aisance et naturel ? C’est fou, quand j’ai commencé Les fiancés de l’hiver il y a deux ans, je ne m’attendais pas à une claque de ce genre, mais j’ai été soufflée. C’est là le genre de plume qui rend leur humilité aux auteurs trop fiers d’eux, c’est là le genre de plume qui colle des étoiles dans les yeux de tous les jeunes écrivains en herbe et des lecteurs passionnés. Et tu es modeste avec ça Cricri, modeste, quand tant d’autres ont pris la grosse tête pour bien moins que ça ! Chapeau l’artiste (chapeau, chapeau ? Fans d’Archibald, vous me recevez ?).
  Christelle Dabos invente ses propres règles d’écriture, ses expressions, avec une fraîcheur ensorcelante. C’est là le bon terme, car on finit bien hypnotisé par la façon dont sont décrits les lieux, les personnages ou l’action ; c’est très atypique et en plus, ça plaît énormément, le combo ultime, original et attrayant. Que demander de plus ? Je ne vois rien à reprocher à La Passe-Miroir, que ce soit au niveau de l’intrigue, des décors ou de l’écriture. Peut-être n’y a-t-il pas assez de véritables scènes d’action, avec du bon combat bien franc par exemple, mais ce n’est vraiment pas le genre de la maison, ce sont juste mes goûts personnels (j’adore la baston) qui s’expriment ici, et c’est presque tant mieux comme ça.
Le fandom de La Passe-Miroir est génial au passage, des chroniques et des fanarts pleuvent dans tous les sens sur le site et les réseaux sociaux, allez y faire un tour si vous en avez le temps. On s’y trouve bien, tout le monde s’aime, et Christelle Dabos est assez présente de surcroît. Personnellement j’espère qu’on ne va pas devenir comme certains taraddicts, mais normalement vu le fossé qui sépare Tara Duncan de La Passe-Miroir il n’y a aucun risque !

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Pour information, les tomes 2 et 3 – il y en aura 4 en tout – sont tout autant renversants. L’intrigue se développe peu à peu et les personnages ne perdent pas leur éclat avec le temps. Un succès sur le long terme, donc, que souhaiter de plus ?

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Mes notes :

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Points forts :

Personnages très diversifiés et en dehors des codes
Univers poétique et complexe
Intrigue construite sur plusieurs tomes qui ménage son suspense
Ecriture développée et poétique

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Points faibles :

Intrigue un peu longue à démarrer
Manque d’action pure

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ShishiShishi fanboy. Coup de coeur absolu, livre à jamais dans mes annales, à conseiller à chaque occasion.

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CQFD :

La Passe-Miroir figure sans aucune hésitation parmi mes coups de cœur absolus ! La saga compte actuellement deux tomes, mais il se murmure qu’en tout, il y en aura quatre. La série paraît lentement mais sûrement, profitez-en, il vous sera difficile de prendre du retard. Et une fois que vous aurez dévoré les deux livres sortis, rejoignez-nous, sur Facebook notamment, pour débattre sur les tomes à venir et admirer les fanarts !
Une étude non officielle montre que quand vous vous procurez La Passe-Miroir, vous pensez le lire en une semaine à cause de sa taille, mais après l’avoir commencé, vous le finissez en trois jours maximum tellement vous y êtes devenu accro. 

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Bonus :

La Passe-Miroir, de Christelle DabosEt voici Christelle Dabos, que j’ai rencontrée chez Mollat en avril 2016 !

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Le site de La Passe-Miroir
Le forum des fans de La Passe-Miroir

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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11 commentaires sur “La Passe-Miroir, de Christelle Dabos

  1. Au secours!!!!! Je viens de terminer le tome deux et je viens d’être atteinte en plein coeur par cette série! C’est génial!!!! Je suis complètement d’ accord pour l’étude non-officielle! En deux jours et demi c’était bouclé! Je suis trop contente, je viens de trouver une fan de la Passe-miroir car j’avais personne a qui en parler étant donner que ma soeur est en train de relire le tome un et qu’elle n’a pas lu le deux…
    J’en suis complètement amoureuse de cette série! J’en rêve la nuit ( je me voie en train de devoir épouser quelqu’un et Thorn m’apparaît avec sa montre à gousset, oui, oui, je sais je suis folle!) et en cours, l’image de thorn me vient tout le temps en tête… (je n’ exagère rien!)
    Et petite question: Tu préfère qui entre Archibald et Thorn???
    Voilà!
    LISEZ CE LIVRE!

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    • Ouiii une autre liseuse 😀
      Perso j’aime Archi et Thorn à égalité, et je suis contre le ship Archi-Thorn (appelé Artichaut par les fans oui oui !). Je suis une fervente partisane de Farouk en revanche, ahlàlà, le Sieur Farouk… Il a réussi à me faire adorer l’adjectif « pachydermique ». Ce n’est pas rien. C’est un perso relativement mal-aimé par certains membres du fandom, mais moi je suis raide dingue de lui… Il faut de tout pour faire un monde !

      Et oui, évidemment : LISEZ CE LIVRE !

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  2. Ahah! Moi, j’aime bien Farouk mais j’ai un gros coup de coeur pour Thorn!!!!
    C’est dingue ce livre! Je l’ai fini lundi matin à huit heures et depuis, tous les soirs, je relis de nouveaux des passages que j’ai aimé!!! Surtout la fin!!!

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  3. Hey! 🙂
    Que dire de plus?! Que c’est un livre extra, méga, GÉNIALISSIME?! Oui je crois que c’est ce que je vais dire! Je l’ai terminé hier soir avec la déception de ne pas pouvoir lire le tome 3 sur-le-champ!!!
    C’est dingue ce don qu’a Christelle Dabos a toujours nous surprendre! Même les choses les plus banales ne se passent pas comme prévu!!! Je pense notamment au mariage, si vous voyez ce que je veux dire!!

    Ma soeur (Ginny57) est tellement fan qu’elle a insisté pour que je lise la grande majorité du livre à haute voix afin qu’elle puisse revivre les moments géniaux que nous fait vivre ce livre! Pourquoi je n’ai pas une petite soeur à qui je pourrais demander la même chose??!!!La vie est injuste…

    Quant à Thorn, Ophélie et Archibald… Ce sont des bijoux!!!! Ophélie est une héroïne tellement surprenante! J’adore quand elle désobéit et affirme sa volonté, ça fait rêver!! Thorn, lui il est tellement… Je ne sais pas trop comment le qualifier mais je l’adore! Il y a une réplique du baron Melchior que j’adore, « pour un couple si mal assorti, vous êtes décidément inséparables. » Et oui! Il a tout à fait raison!!! Archibald est tellement attachant avec son caractère coquin et taquin!! 😉 Je suis tellement déçue qu’il ne soit plus comme avant tout ça à cause de ………..!!! Vous votez de qui je veux parler, je pense!! 😉

    Quel univers en or!! C’est vraiment original et ça sort de l’ordinaire un monde déchiré!!
    Ce livre est tellement magique!! Quand je l’ai fini j’étais dans un tel état d’excitation tant il est prenant! Il a fallut un moment pour que je me calme!

    Je crois donc que je vais conclure cette « tartine » de commentaire par :
    MERCI MILLES FOIS CHRISTELLE DABOS!!!!!!

    Aimé par 1 personne

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