L’oeil de Chaac, d’Emma Lanero

 

L'oeil de Chaac, d'Emma Lanero

 

Mon résumé :

Venezuela, 2005.
  Keith est un trafiquant d’armes irlandais. Lors d’un échange de biens avec un groupe latino-américain, les choses tournent mal et tout le monde joue de la gâchette : Keith est l’unique survivant des siens et fut pris en otage, loin de son pays natal… Heureusement pour lui, il ne restera pas longtemps dans les griffes des trafiquants vénézuéliens : attaqués par des indigènes, ils sont à leur tour décimés – quelle tuerie ! – et notre Irlandais fait la rencontre de Kaya, une jeune Amérindienne apprentie chamane, qui persuada ceux de sa tribu de l’épargner.
  De fil en aiguille et par la force du destin, ils vont se retrouver mêlés à l’un des plus grands mystères de la planète.
  Une étrange sphère, boule de ténèbres omnipotente, se balade sur la surface du globe ; il est dit qu’au contact du sang elle déclenche de terribles catastrophes naturelles, et que c’est elle qui causa la fin de la civilisation maya au XIème siècle. Quand les peuples humains partent en cacahuète, qu’ils causent trop de torts aux leurs ou à la Nature elle-même, cette sphère « s’arrange pour être retrouvée » : elle réapparaît aux hommes qui, connus pour leur convoitise de richesses, se la disputent. Bien vite surviendra une effusion de sang…
  La sphère, cette année, est réapparue ; un cupide archéologue, Gabriel Keanes, cherche à se l’approprier, sans rien savoir de ses macabres propriétés. Pour éviter le désastre, Keith et Kaya partent à la recherche de l’unique personne connaissant la cachette de la sphère afin de l’avertir des sombres intentions de Gabriel.
  Keith est quelqu’un de rationnel et terre-à-terre, quand Kaya, initiée au chamanisme, évolue dans une réalité relative où la Nature et les interactions avec les esprits ont une place prépondérante. Keith va beaucoup apprendre au contact de la jeune femme : il va découvrir l’importance du monde spirituel et des écosystèmes qui l’entourent, ainsi que les conséquences pour l’Homme s’ils ne sont pas respectés…

 

 

 

Publié aux éditions Gulf Stream en février 2016. Format moyen, 320 pages.

Coût : 17 €.

 

 

 

Comment j’ai découvert L’oeil de Chaac :

  Ce roman est mon tout premier service presse avec les éditions Gulf Stream. C’est une maison d’éditions que j’apprécie beaucoup, et je les remercie de m’avoir fait confiance pour cet ouvrage.

 

 

 

Une petite mise en bouche :

Il héla un taxi et se jeta à l’intérieur. Essuya d’un geste malhabile les grosses gouttes de sueur qui perlaient à son front. A l’avant, le conducteur lui lança un bref regard perplexe.
Le Mississipi. Le terminal des ferries. Le premier bateau en partance ferait l’affaire.
La touffeur ambiante le prenait à la gorge, l’enveloppait d’un magma sirupeux et invisible. Même le vent qui s’engouffrait par la fenêtre de la voiture ne lui procurait qu’un soulagement illusoire. Il se secoua pour se rétablir dans la réalité humide de la ville. Mais la forme serpentine restait imprimée en filigrane dans son esprit.
Le taxi freina brutalement. Il sortit, le pas mal assuré. Tout ce qu’il voyait n’obéissait plus à aucune logique. Les hardes dépenaillées des passants le déstabilisaient. Les morceaux déchirés des tissus bigarrés étaient comme autant de morceaux de chairs sanguinolentes qui se détachaient cycliquement des corps en mouvement. Ils se renouvelaient à une allure infernale. Il lui sembla lire au creux des orbites sombres des faces floues plus que des reproches. Une accusation sans appel. Leurs yeux absents lui susurraient une inquiétante mélopée. Davis plaqua ses paumes brûlantes sur ses yeux pour ne plus les voir. Mais l’acuité de leur regard immatériel traversait sans difficulté le barrage dérisoire de sa viande fragile.
Il laissa retomber ses mains.
Il ne distinguait plus qu’une lave informe de silhouettes recroquevillées les unes sur les autres. Il sentit ses membres devenir petit à petit de plus en plus évanescents, se faufiler en sifflant entre les corps agglutinés qui se pressaient sur le quai.
Il avança et s’arrêta au bout de la jetée. L’eau, toute proche. Calme et clapotante. Elle se précisa. Tourna autour de la délimitation sombre et striée de sa tête reflétée dans l’eau. Un serpent. Un serpent aux longues plumes soyeuses. D’une splendeur pourpre terriblement agressive.
Le serpent à plumes.

 

 

 

Mon verdict :

  J’avais une idée très précise de ce que je m’attendais à trouver dans L’œil de Chaac, idée construite par ma lecture de la 4ème de couverture : un roman dans lequel il y aurait beaucoup d’action, un long périple dans la jungle, avec plus d’aventure que de psychologie. Eh bien, même si cette idée m’enchantait fort, j’ai été très agréablement surprise !
  Je ne l’ai en fait découvert qu’à la toute fin du livre – c’est alors expliqué en quelques paragraphes – mais le côté intense et hypnotique de l’écriture d’Emma Lanero est en fait parfaitement voulu et calculé. Par une suite de concepts et de techniques suivant des idéaux tels que le symbolisme, le taoïsme ou le chamanisme (mon préféré), l’auteure nous entraîne dans son petit théâtre à la fois réaliste et onirique. Vous pouvez le voir dans l’extrait ci-contre : réalité et rêve se mélangent, se mêlent au gré des sensations du narrateur, grâce à des descriptions puissantes et des adjectifs surprenants (« sirupeux » revient régulièrement, c’est un très joli mot que j’avais presque oublié tant il est rare aujourd’hui). Comme j’ignorais complètement que c’étaient des procédés voulus, je me suis laissée prendre par ma lecture, je me suis complètement immergée dans l’histoire ; mais je pense que c’est faisable même connaissant les techniques d’Emma Lanero. C’est là l’un des gros points forts du roman, j’insiste, car moi qui généralement ne parvient jamais totalement à me couper de la réalité quand je lis, là, j’ai eu du mal à lâcher le roman tant l’immersion est efficace.
  Emma Lanero nous fait découvrir un univers dur qui est celui de l’Amérique Latine de 2005, car même si alors la situation économique et sociale commençait déjà à s’améliorer, on est encore loin de notre époque, bien plus avantageuse pour eux. Chercheurs d’or et carabine dans le dos, nos héros risquent de se fait saigner pour un rien par des trafiquants d’armes et autres chercheurs d’embrouilles ! En plus Keith étant un ancien trafiquant, il ne fréquente pas toujours les milieux les plus faciles à vivre… Le roman nous fait balancer entre les quartiers pauvres des grandes villes, écrasants de pauvreté, et les jungles fantastiques dans lesquelles le corps et l’esprit s’égarent avec délice. La documentation est présente : Mme Lanero connaît bien son sujet et, si elle n’étale pas sa science comme dans un roman historique, elle sait s’en servir avec suffisamment de justesse pour immerger son lecteur juste comme il faut dans ses aventures. Elle l’a elle-même écrit à la fin de L’œil de Chaac, ici chaque petite partie de l’histoire fait partie d’un grand tout, et chaque petite scène contribue à instaurer cette atmosphère si particulière au roman.
  On découvre aussi des cultures bien différentes via les protagonistes : quand Keith nous présente le milieu violent et urbain des trafics illégaux et la misère de la mentalité des hommes qui y évoluent, avec Kaya nous apprivoisons les esprits et les subtilités de leur univers, les rituels chamaniques, les apparitions et les visions, semi-conscientes ou oniriques. Un délice qui se renouvelle sans se lasser au fil des pages.
  Cette Amérique du Sud est bien rarement exploitée dans les romans ados, et c’est dommage, quand on voit ce qu’a su en faire Emma Lanero. L’œil de Chaac a le mérite d’être à la fois original et bien écrit – parfois on a soit l’un soit l’autre et c’est frustrant.
  Il n’y a pas de personnages que j’aie vraiment détesté ; ils ont tous des psychés si travaillées qu’apparaissent sans difficulté les points forts et faibles de chacun, leur part d’ombre comme celle de lumière (m’enfin Gabriel il est pas trop sympa du tout quand même) et même si pour certains ce sont des personnes plus ou moins ordinaires, leur mentalité décortiquée nous permet de davantage s’attacher à eux. Chacun des personnages est traité avec précision et minutie, l’un après l’autre à un moment ou un autre de l’histoire, et ainsi pas un ne nous paraît inutile.
L’intrigue, un peu complexe par moments, compte pas mal de temps morts, de temps « de repos », qui contrastent comme il faut avec les passages de grande action. Nos héros se ressourcent régulièrement – développement du côté psychologique du roman – mais l’action haletante de certaines scènes rééquilibre la balance.
Petite touche finale, je voulais parler du titre. En effet, dans celui-ci et dans la quatrième de couverture, on nous parle de Chaac, le dieu de la pluie. Or, je tiens à préciser que nulle part il n’est question de lui dans le roman, et que nulle part non plus on ne parle d’ »œil »… C’est certainement un effet voulu, une espèce de référence aux mythologies d’Amérique du Sud, mais je trouve vraiment dommage que ce ne soit pas abordé dans le livre, quand le titre du coup est prometteur mais ne satisfait pas nos attentes. Donner un nom à la sphère aurait peut-être un peu gâché son côté mystérieux, mais en même temps si c’est fait dans le titre, pourquoi pas après dans le livre…

 

 

 

Mes notes :

Le titre : 1/2
La mise en page : 2/3
Le langage : 3/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 5/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
Total : 26/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total des points qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.// 

 

 

 

CQFD :

Un premier roman d’Emma Lanero qui vous séduit en moins de deux et vous colle des frissons d’excitation dans le dos pour toute la durée de votre lecture. Je m’attendais à moins bien, je suis heureuse d’avoir été autant surprise.
Il est sorti le 18 février 2016 !

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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Un commentaire sur “L’oeil de Chaac, d’Emma Lanero

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