Fleurs de dragon, de Jérôme Noirez

 

Fleurs de dragon, de Jérôme Noirez[Le Shôgun de l’ombre est la suite de Fleurs de dragon]

 

 

Mon résumé :

Japon, 1489 ; ère Entoku. Une ère de chaos, à l’aube de la guerre civile, durant laquelle les différents clans du Japon se disputent le pouvoir.
Ryosaku est un officier de justice au service du shogunat (la police du Japon féodal) ; il a hérité de ses ancêtres un « marteau de sagesse », et a pour singulière habitude de régulièrement s’en asséner de petits coups sur le crâne pour s’aider à réfléchir. Cela lui a valu, auprès de ses compagnons officiers, le surnom de Poc-Poc. Mais peu lui importe : cette technique a déjà fait ses preuves par le passé. Ryosaku est un enquêteur à la bonne renommée.
  Yoshimasa, ancien shogun, a fait appel à lui pour lui confier une mission bien particulière : depuis peu, un mystérieux assassin sévit dans les provinces. On retrouve des samouraïs morts sur les routes, avec enfoncé dans la bouche un parchemin sur lequel est inscrit le Sûtra du Lotus, un texte religieux. L’assassin semble suivre un itinéraire précis, et Ryosaku espère pouvoir l’arrêter au plus vite en prévoyant son parcours.
  Néanmoins, dans cette mission, il sera aidé de trois adolescents, trois jeunes hommes nobles et délinquants : Keiji le meurtrier, Kaoru le coureur de jupons et Sozo le musicien. Ces garçons devront jurer fidélité à Ryosaku pour douze mois de leur existence, et le protéger au péril de leurs vies : leur nouveau mentor est un samouraï aux valeurs particulières, qui refuse de porter le sabre.
  Voilà ces quatre hommes-là partis sur les routes, à la recherche de l’assassin aux sûtras… Bien que différents les uns des autres, ils s’entendent de mieux en mieux, au fur et à mesure de leur progression ; leur quête s’avèrera vite bien plus complexe que prévu et ils devront mettre à profit l’habileté de leur lame comme celle de leur esprit…

 

 

Premièrement publié aux éditions J’ai Lu en 2009, puis aux éditions Gulf Stream en 2015. Format poche. 290 pages.

 

 

Comment j’ai découvert Fleurs de dragon :

  C’est là le troisième roman de Jérôme Noirez que je lis, après La Dernière Flèche et Brainless ; j’avais beaucoup apprécié les deux premiers et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Je l’ai acquis au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil 2015, rencontrant pour la deuxième fois Jérôme Noirez.

 

 

 

Mon verdict :

  C’est un roman historique, comme La Dernière Flèche, mais la ressemblance s’arrête là : Fleurs de dragon est un polar, un délicieux polar historique. D’ailleurs, il a reçu le Prix Les Mordus du Polar en 2009. Un polar dans le Japon féodal ? Qui dit mieux en matière d’originalité ? Quand j’ai vu qu’il se déroulait dans le vieux Japon, je l’ai direct acheté, car je suis une grande fan de cette culture (je suis otaku et fière de l’être !) et bien qu’ayant parfois du mal avec les romans historiques, là j’ai tout de suite accroché. Il faut aussi dire qu’étant habituée aux noms japonais (Yoshimasa, Keiji, Katsunan…) je ne me suis pas perdue dans les protagonistes, comme ce sera peut-être le cas pour certains lecteurs. J’ai retrouvé aussi beaucoup de vocabulaire spécifique (seppuku, bakemono, tengu, kappa…) qui m’était déjà familier. Aussi même si je suis peu habituée aux polars, j’ai quand même retrouvé un univers qui me plaisait.
  Comme vous avez pu le voir dans le paragraphe précédent, le roman est très bien documenté : Jérôme Noirez est un habitué de l’historique, et il prend soin de bien travailler ses sujets. La situation politique de l’ère Entoku est primordiale, mais on trouve aussi des détails sur les mœurs de l’époque, sur la nourriture, les styles vestimentaires… Le tout bien expliqué, on ne s’y perd pas. Pour moi qui côtoyait déjà ces coutumes, ce fut plus facile encore.
  Notre héros a des caractéristiques originales, mais sans trop sortir du schéma de l’inspecteur classique : attention c’est un plus, car cela permet entre-autres de clairement demeurer dans l’esprit « polar » malgré le fait que le roman soit historique. Ryosaku est mystérieux, presque jamais surpris – ou alors il le cache, il a un grand esprit de déduction, et comme tout enquêteur qui se respecte, il a derrière lui un « sombre passé »… ou en tout cas un vécu plutôt triste. Une part d’ombre. Ryosaku nous fait réfléchir, car ce n’est pas un surhomme, juste un samouraï qui s’attache aux bonnes valeurs et qui est dénigré car il refuse de porter le sabre, alors que son époque sanglante le lui dicte pour sa survie. Ce pacifisme pousse à la réflexion, non ? Donne-t-on plus d’importance à sa survie ou à ses idéaux (c’est en tout cas ainsi que je le vois) ?
  Le petit détail qui tue, c’est le marteau de sagesse bien sûr ! Mr Noirez m’avait dédicacé mon exemplaire en y dessinant un petit maillet, je n’avais pas trop compris pourquoi, mais en fait c’est super important dans l’histoire. Ryosaku s’en assène des coups sur la tête pour « s’aider à réfléchir » comme il dit, et il l’emploie aussi à punir ses jeunes subordonnés quand ceux-ci se montrent imprudents, trompeurs ou prétentieux. Un outil multi-usages qui transmet, aux jeunes samouraïs comme au lecteur, ses leçons de sagesse bienvenues.
  Parlons-en, de ces adolescents aux valeurs parfois douteuses que Ryosaku est forcé d’emmener sur les routes avec lui. Le plus insupportable des trois est sans doute possible Kaoru, qui passe son temps à se plaindre, à railler ou provoquer ses compagnons et à courir après des filles… Keiji est très taciturne, et Sozo, malgré ses talents de guerrier, a l’âme d’un poète. Un trio hétérogène qui donne bien du fil à retordre à notre pauvre officier de justice. Mais de par leur diversité, ces jeunes hommes donnent au lecteur la possibilité d’aborder des aspects très différents de la culture de l’époque : les instruments musicaux pour Sozo, le code guerrier et l’entraînement pour Keiji, la séduction et les jeunes filles, leurs codes vestimentaires par exemple (sujet quelque peu délaissé par l’intrigue au profit d’une histoire plus masculine : les seuls personnages féminins importants sont trois petites filles). On découvre les cultures musicale, guerrière et de bienséance, par des chemins subtils et ludiques.
  L’écriture de Jérôme Noirez est claire et concise, sans toutefois se passer de quelques phrases poétiques qui viennent rehausser la beauté de l’ensemble. Adages et maximes sont disséminés dans le roman, comme pour souligner la sagesse et les traditions japonaises, et de petites leçons de morale égayent notre lecture. Elles sont originellement destinées à Sozo, Keiji ou Kaoru, mais nous en bénéficions également.
  Le dénouement semble, je me dois de le dire… incomplet. C’est surprenant. Le gros de l’affaire est réglé mais il demeure une zone d’ombre. Une référence à un événement historique qui se déroulera ensuite, et que le lecteur doit deviner ? Je mènerai ma petite enquête. Une suite future ? Peu probable à mon avis. Le roman ne date déjà pas d’hier.
EDIT : Suite à ma petite enquête annoncée plus haut, j’ai découvert qu’il existe bel et bien une suite à Fleurs de dragon ! ça s’appelle Le Shôgun de l’ombre – je soupçonnais déjà un peu ce bouquin, mais un coup d’œil à la 4ème de couverture a confirmé les doutes. Ben ça c’est une bonne surprise. Il figure sur ma wishlist, du coup. DOUBLE EDIT : Le Shogun de l’ombre est sur ma PAL, je l’ai trouvé à ma bibliothèque. A suivre !

 

 

Précisions apportées suite à ma lecture du Shôgun de l’ombre :

Voilà une digne fin au dyptique. Je l’ai beaucoup appréciée. On retrouve dans Le Shôgun de l’ombre la poésie et l’humour de Fleurs de dragon, sa philosophie de contemplation et d’honneur typiquement japonaise ; la culture y est autant documentée sinon mieux même que dans Fleurs de dragon. L’intrigue est davantage centrée sur Kaoru, Keiji et Sôzô que sur Ryôsaku, et c’est un plaisir de voir se développer ces personnages : chacun trace peu à peu sa voie, indépendamment des autres. Ils ne sont plus les trois aides de l’officier Ryôsaku, ils gagnent en indépendance.
En somme, c’est un quasi sans-faute pour le dyptique.

 

 

 

Mes notes :

Le titre : 2/2 Très beau, poétique, ce titre fait véritablement écho à l’histoire. On n’aurait pu trouver mieux !
La mise en page : 2/3
Le langage : 3/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2 Je le redis au passage : un policier historique, j’approuve.
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
Total : 26/30. Un score fort honorable.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total des points qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

 

CQFD :

  Je lis de plus en plus de romans historiques, et mes découvertes me plaisent. Je le fais surtout en suivant des auteurs en particulier (Patrick McSpare, Jérôme Noirez…) mais ainsi c’est un double plaisir.

 

 

Bonus :

Le site internet de Jérôme Noirez et son blog !
La chronique de La Dernière Flèche ici !
La chronique de Brainless ici !

 

Fleurs de dragon, de Jérôme NoirezJérôme Noirez au SLPJ 2015 !

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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