Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, de Nathalie Stragier

 

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, de Nathalie Stragier

 

Mon résumé :

Juin 2019.
  Andrea est une lycéenne très ordinaire voire carrément passe-partout ; pas très féminine, elle n’a qu’un ami, Matthias, connaissance d’enfance. Elle projette de convaincre son père de la laisser partir en voyage avec Matthias, de deux ans son aîné, dans l’Europe de l’Est, pendant les vacances d’été ; elle se préoccupe de ses notes et espère que son orientation pour sa classe de première sera validée… Bref, des préoccupations d’adolescente classiques. Malheureusement pour Andrea, son quotidien se retrouve chamboulé par l’arrivée de Pénélope…
  Pénélope est apparue devant son lycée un matin ; elle est complètement perdue et ne laisse quasiment personne l’approcher. Andrea la prend sous son aile, et tente de découvrir quel secret elle semble cacher. C’est une étrange jeune fille ! Elle a de drôles d’habits, des manières un peu gonflées, et elle parle de l’année 2019 en la qualifiant de « Moyen Age tardif ». Bon là on s’en doute facilement, Pénélope vient du futur ! D’un futur qui, comparé à d’autres romans de SF, pourrait sembler proche : elle est née en 20171. En passant un examen scolaire consistant à passer trois minutes dans le passé, elle n’a pas réussi à retourner à son époque.
  Seulement, ces quelques 150 ans entre nos deux ères ont vraiment fait la différence ; Pénélope est porteuse d’un secret terrible, un changement décisif qui sépare grandement son époque de la nôtre. En outre, il se trouve que 2019 est pour elle une année « charnière » de l’évolution humaine : après cette année, on passe du Moyen Age tardif à la Renaissance. Que va-t-il se passer en 2019 ? Andrea acceptera-t-elle les changements bouleversants qui se préparent, ou tentera-t-elle, contre la logique du Temps, de retourner la situation ?

 

 

Publié en janvier 2016 aux éditions Syros. Gros format, 427 pages (mais c’est écrit gros). Coût : 16,90 €.

 

 

Comment j’ai découvert Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous :

  Il s’agit là de mon tout premier service presse ! Il m’a été envoyé début janvier par les éditions Syros.

 

 

 

Une petite mise en bouche…

  – S’il te plaît… Aide-moi…
  C’était une voix mélodieuse et incertaine. Je me suis retournée et j’ai levé les yeux. Elle était là, juste devant moi. Elle me regardait à travers de grosses lunettes en plastique bleu pétrole. Un serre-tête imitation peau de serpent aux couleurs de l’arc-en-ciel retenait ses cheveux huileux. Elle avait de l’acné, ce n’était pas beau à voir.
  J’ai reculé un peu. Aux pieds, elle avait enfilé des sandales en plastique, du genre que l’on met à la piscine pour ne pas attraper de verrues. Elle avait jugé utile de porter également des chaussettes au motif léopard. Son pantalon, un jean bien sûr, était trop court et trop large Sale aussi. Sur ses fesses tombait une tunique façon tie-and-dye seventies, dans les tons mauves. Par-dessus, elle avait passé un sweat à capuche. Le modèle rose avec un papillon en strass dans le dos.
  Mais maintenant, elle était seule, sans ses copines bizarres. Elle me regardait. Dans ses yeux, j’ai lu de la panique.
  C’est comme ça que j’ai rencontré Pénélope.

 

 

Mon verdict :

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous est un roman adolescent qui, de par son titre, son sujet et sa couverture, me faisait un peu craindre la comédie typique et artificielle du teenager, avec des drames et de l’humour au rendez-vous. Je ne suis pas super fan de ce genre de lectures.
  Eh bien, j’ai été agréablement surprise ! Pas de drame sentimental à l’horizon, pas d’intrigue trop amoureuse qui irait gêner l’histoire de base. J’apprécie le fait que malgré ses caractéristiques typiques, Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous soit plus original que d’autres romans de comédie du genre (je ne peux pas en citer, comme justement je les évite comme la peste). Andrea est tout sauf idiote comme fille, pas superficielle pour un sou ; elle a la tête sur les épaules, et en ça c’est une héroïne parfaite pour cette histoire, elle forme une paire du tonnerre avec Pénélope : elles sont très différentes mais très assorties à la fois.
  Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous mêle habilement le quotidien de lycéenne d’Andrea et les impressions délirantes de Pénélope sur notre époque. On mêle donc l’aspect « routine légère » et un suspense terrible, à cause du secret de Pénélope.
  Le secret de Pénélope, c’est la différence cruciale entre son époque et la nôtre. Cette petite modification, ce grain de sable dans la mécanique de l’humanité qui a changé du tout au tout la vie des humains. Comment en parler sans spoil… ? Je ne m’y attendais pas du tout, et pourtant j’avais fait des hypothèses. C’est quelque chose qu’on ne croirait pas possible, quelque chose qui nous semble illogique au premier abord mais qui, envisagé avec sérieux, donne lieu à des conclusions vraiment perturbantes. C’est quelque chose qui terrifie Andrea (et qui m’a aussi terrifiée !), et elle va tout faire pour l’empêcher. A quel prix ? Peut-on vraiment changer ce qui semble déjà irréversible ?
  Et surtout, surtout, ce que j’ai trouvé le plus important dans Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous : la problématique abordée, le féminisme.
  C’est un sujet très important dans ce roman. Ça devient même une question d’éthique : dans le futur, le machisme n’existe plus, les femmes sont égales voire supérieures aux hommes (je pèse mes mots, c’est un tout petit spoil, mais si je veux vous en parler plus en détail je suis quand même obligée de vous le dire…). Pour le meilleur ou pour le pire ? Quand Pénélope est une féministe convaincue, qui a grandi baignée dans ces idées, Andrea a toujours vécu avec juste son père et ses deux frères : sa psychologie est complètement opposée à celle de Pénélope. Quand Pénélope dénigre les hommes et les prend pour des êtres animaux et inférieurs, Andrea tente à tout prix de la faire changer d’avis. C’est là une question importante, quand on en apprend plus sur le futur de Pénélope : quelle époque est la meilleure ? La nôtre, avec les défauts qu’on lui sait, mais qu’on aime quand même, ou ce futur délirant où tout semble parfait ? Pénélope défend son point de vue d’une façon logique et argumentée ; je n’ai pu qu’en admirer la justesse. Mais nous penchons aussi du côté d’Andrea, qui veut sauver son monde ; ce monde qui est aussi le nôtre et auquel nous sommes irrémédiablement attachés, malgré tous les arguments de Pénélope. Andrea a moins d’arguments, mais elle a l’affectif plutôt que la logique : elle en devient presque désespérée, et j’ai eu peur avec elle dans les moments forts.
  Cette lecture me laisse une impression étrange, un peu comme si elle était engagée. Je veux dire par là, engagée dans le féminisme. Certes, ce serait plutôt pour parler de l’inégalité des femmes tout en soutenant que le féminisme ne serait pas une solution, mais un détail en particulier m’a gênée : les protagonistes masculins. Je leur ai trouvé un rôle très discutable dans l’histoire : actions extérieures à l’intrigue, ils sont peu importants, souvent à côté de la plaque. Ils sont analysés par Andrea et Pénélope, mais ils sont toujours à la traîne, au courant de rien. D’où mon doute léger quant au message du livre – peut-être ce fait est-il involontaire, ne fut-il pas remarqué par l’auteure, c’est possible. Plus particulièrement Matthias : il était parti pour être très important dans l’intrigue, mais dès l’arrivée de Pénélope il est complètement éclipsé. Je n’aime pas trop ce type de personnages, donc je ne le déplore pas trop, mais tout de même je trouve ça pas très bien calculé, ça déséquilibre un peu le récit, le fait que sur la question du féminisme on n’ait que l’avis féminin, même partagé. A méditer.
EDIT : J’ai oublié de parler d’un truc très important, et pour cause : c’est un détail appremment clé de l’histoire qui m’est passé complètement au-dessus de la tête. Je parle de l’humour…! Parlant avec d’autres lecteurs, j’ai appris qu’ils s’étaient poilés comme pas possible tout au long de leur lecture. Or, ce ne fut pas une seule fois mon cas ; pourquoi donc ? Normalement, au moins je détecte l’humour, à défaut de rire. Donc, sachez que Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous est un roman humoristique aussi !
  Pour bien clore ce verdict, parlons de la fin.
Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous est le premier tome d’une trilogie : le tome 2 sortira en juin, le tome 3 en 2017. La fin du tome 1 est donc très ouverte, et je l’ai beaucoup appréciée : elle satisfait la plupart des attentes du lecteur, tout en laissant planer un vilain suspense, dont je ne parlerai pas plus ici évidemment. Ce n’est pas vraiment un cliffhanger, et je pense qu’avec une fin pareille, on aurait pu penser que Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous serait un one-shot. Le final s’y prête bien. Mais comme il y aura une suite, je fais déjà mes conjectures sur le tome 2 et j’attends impatiemment les nouvelles aventures d’Andrea et de Pénélope…

 

 

Mes notes :

Le titre : 1/2 J’ai aussi pas mal de trucs à dire sur ce titre ! J’ai dessus un avis assez mitigé : il est très parlant et représentant de l’histoire, mais il est aussi carrément trop long et peu original. Il faut dire que les tomes 2 et 3 porteront des titres semblables, et qu’il existe entre eux une certaine logique… Mitigé je vous dis.
La mise en page : 2/3 Très belle couverture, attirante. Belle police d’écriture, mais je n’aime pas cette forme de dialogue, avec seulement des tirets pour changer de locuteur (oui je sais, je chipote).
Le langage : 3/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
Total : 24/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total des points qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous ne fait pas que faire rire et distraire : il nous pose aussi des questions cruciales sur notre société, sur notre avenir proche, tant du point de vue écologique que du point de vue social. Même si à mon avis, les chances sont remarquablement maigres pour qu’on finisse avec un futur comme celui de Pénélope.
Un premier service presse qui me ravit fort, qui me satisfait pleinement, et j’espère que Nathalie Stragier comme les éditions Syros apprécieront ma chronique. Au passage, il s’agit là du premier roman de Nathalie Stragier. Chapeau l’artiste !

 

 

Bonus :

Article explicatif sur mon système de notation

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

 

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