Les mystères de Larispem, de Lucie Pierrat-Pajot

 

lol

 

Mon résumé :

  En 1871 eut lieu une importante rébellion dans Paris : la Commune. Selon notre Histoire, les gens du peuple qui se sont soulevées ont fini par être matées par les nobles. Selon l’Histoire alternative qui régit Les Mystères de Larispem, cette révolution a porté ses fruits : voici la ville dominée par le peuple, transformée en cité-état indépendante du reste de la France, et renommée Larispem selon les codes d’un argot utilisé par les bouchers, devenus la plus haute caste sociale. Dans Larispem, tout le monde mange à sa faim, les femmes ont les mêmes droits que les hommes ; l’architecture et les noms de lieux trop « sensibles » rappelant l’ancien temps ont été modifiés. Les familles nobles et le clergé ont été jetés aux portes de la ville, déchus de leurs privilèges. Une félicité sas pareille a régné durant les trente dernières années, seulement troublée par les interventions occasionnelles des Frères de Sang, un groupuscule terroriste composé d’anciens nobles. Les Frères de Sang, bafoués par la populace, proclament leur vengeance prochaine et le retour des valeurs d’antan…
  Dans l’effervescente Larispem évoluent trois adolescents fort différents les uns des autres : Nathanaël, l’orphelin à l’avenir indécis, Carmine, la sanguine apprentie louchébem (bouchère, dans l’argot du milieu), et Liberté, jeune Française venue chercher fortune dans la cité-état.
  Que leur réserve la ville aux mille surprises, alors que la menace des Frères de Sang se fait de plus en plus tangible, et qu’ils semblent tous trois directement liés aux menaces qui pèsent sur les Larispemois ?

 

 

Lauréat de la deuxième édition du Prix du Premier Roman Gallimard Jeunesse. Format moyen. 257 pages.

Coût : 16 €.

 

 

Une petite mise en bouche :

LARISPEN ATTAQUEE :
LES FRERES DE SANG FONT DE LA RECLAME !
  La suite était rédigée dans l’habituel ton bravache du Petit Larispemois :
  « C’est dans une ambiance bien singulière que les Larispemois se sont réveillés ce matin. Dès 6h00, nos concitoyens ont été tirés du lit au son d’une dizaine de voxomatons frappés de folie. Au lieu de diffuser les habituels messages publicitaires qui ne font de mal qu’à nos porte-monnaie, les appareils émettaient en boucle le sinistre cri de ralliement des Frères de Sang : « Le sang jamais n’oublie ». Les sociétés de maintenance ont aussitôt envoyé des équipes pour désactiver les automates piratés, la plupart se trouvant dans les secteurs du cimetière Lachaise, de la Bastille et de l’aérogare centrale. La Garde aéroportée a cependant dû se charger de détruire cinq appareils embarqués dans des aérostats qui échappaient à tout contrôle depuis le sol. Ces incidents font écho à celui de la rue Grousset, dont nous parlions dans nos colonnes il y a quelques jours, et qui était probablement un « test » avant le coup d’éclat de ce matin.
  L’organisation terroriste connue sous le nom de « Frères de Sang » sort donc une fois de plus de l’ombre et il y a fort à parier que ce détournement de voxomatons annonce une opération de fort ampleur. Donc, tant que nous ne sommes pas encore réduits en miette par une bombe ou calcinés par un malencontreux incendie, nous souhaitons profiter de cet article pour signifier à ces messieurs du Sang qu’ils nous ennuient et que leurs petites manœuvres ne font pas peur aux citoyens de Larispem. Quelles que soient les indélicatesses qu’ils se promettent de nous infliger, nous avons vu pire. Le sang n’oublie jamais ? Larispem non plus. »

 

 

 

Mon verdict :

  En attaquant Les mystères de Larispem, je savais déjà que j’allais principalement le comparer à La Passe-Miroir, qui je le rappelle a aussi gagné le Prix du Premier Roman Jeunesse chez Gallimard. La Passe-Miroir avait été une énorme révélation, aussi je me doutais un peu que je n’aurais pas pareil coup de foudre pour Les mystères de Larispem, mais je l’ai quand même beaucoup apprécié !
  L’idée de décor est excellente. On ne parle que même pas – ou alors très peu – de la révolution de 1871 dans nos cours d’Histoire, alors la développer dans un roman jeunesse en poussera peut-être à aller se renseigner dessus. Et puis le parti pris de transformer Paris en Larispem, d’ainsi révolutionner ses us et coutumes… C’est à la fois très original et, surtout, très bien fait. Ce roman est une espèce d’uchronie de fantasy, mêlant historique et sciences occultes, qui de par son rythme effréné et son décor dynamique attirera nombre de jeunes – et moins jeunes on ne vous oublie pas – lecteurs dans ses filets.
  Dans Les mystères de Larispem, un aspect particulier est donné à Paris : cité merveille, foyer de tous les ingénieurs et artistes novateurs que comptait la France, c’est devenu une ville qui ne connaît jamais de temps mort, et qui dans ses rues compte désormais bon nombre d’automates ou de rouages complexes… ces caractéristiques vous sont familières ? Normal, elles sont empruntées au steampunk, un genre littéraire, vestimentaire et plus généralement artistique qui est très en vogue ces dernières années. Le steampunk mêle traditionnellement le monde de l’époque victorienne et la technologie de nos jours ; ce n’est pas exactement le cas ici, mais les nombreuses technologies, déjà très novatrices pour le 19ème siècle, interpelleront sans aucun doute les amateurs du mouvement. J’en suis moi-même fan, si vous voulez tout savoir. Jules Verne, le célèbre écrivain, tient un rôle primordial dans cette Histoire nouvelle, et même si je n’ai lu aucun de ses livres – grande honte à moi ! – j’ai beaucoup apprécié de le voir ainsi valorisé. C’est de toute manière lui le pionnier de l’univers steampunk : cet hommage est bien mérité. Il en va de même pour Paris en général : devenue Larispem, elle a gagné en splendeurs, et pas des moindres. Des technologies novatrices qui se sont invitées dans la capitale (voxomatons, ou aussi le nouveau système de courriers dont le nom m’échappe…) à son architecture revisitée, le lecteur en prend plein les yeux et il adore ça. N’oublions pas que ce roman se déroule au 19ème siècle : historique et fiction sont ingénieusement mêlés et rassemblés, cela semblerait presque crédible, quoique le côté steampunk soit un peu irréaliste. Il y a à la fois documentation et imagination, un combo d’enfer dans ce genre de livre. Le jargon des bouchers en est la preuve, et il est d’ailleurs souvent utilisé dans les dialogues. Attention, uniquement quand des bouchers parlent entre eux, cela va de soit : il n’y a pas d’abus de langage, je veux dire. L’auteure a trouvé un bon filon à exploiter, mais elle le fait d’une manière pas abusive et avec finesse pour que la pilule passe bien. Et elle passe bien !
  Les personnages sont, dans l’ensemble, assez bien construits. J’ai trouvé qu’il leur manquait parfois un peu de profondeur, mais je pense que c’est dû au fait qu’ils ont dans l’ensemble des profils très typés « héros de romans jeunesse » : ils sont optimistes, insouciants, pour que le lecteur s’identifie à eux. Sans donc avoir cet aspect plus sombre que j’affectionne tant, cette part d’ombre, ils restent des protagonistes tout à fait acceptables, et ont certaines caractéristiques qui ont le mérite d’être originales. Sans vraiment casser la baraque, on voit quand même que l’auteure a cherché à les faire se démarquer, par certains aspects, des autres Larispemois.
  (Je vous livre rapidement que j’ai eu un énorme coup de cœur pour l’un de ces personnages, mais son existence même est un spoiler, alors je suis au supplice car il m’est impossible de vous en parler ici. Disons, pour ceux qui auront lu le livre, qu’il s’agit du tout dernier qui apparaît, dans les dernières pages. La Mademoiselle badass. Quand elle est apparue, j’ai été prise d’une espèce de frénésie terrible qui faisait que je frissonnais toute seule en lisant… Elle est tellement incroyable… Bref. Allez lire Les mystères de Larispem, rien que pour la voir, elle…)
  J’ai beaucoup aimé le concept des ennemis de Larispem. Des nobles déchus qui crient vengeance, ça en jette ; et leur nom, leur devise ! Ils sont à la fois dans les normes d’antagonisme et un peu originaux, juste assez pour donner du tonus au roman tout en restant dans les chemins sûrs.
  Finalement, les principaux défauts selon moi sont la fin, qui est très abrupte, et le style d’écriture. Concernant la fin, certes, ça donne très envie de découvrir la suite, mais on ne la soupçonne pas ! Elle arrive très brusquement alors qu’on pensait qu’il restait encore pas mal de pages. Pour la petite histoire, l’auteure l’a ainsi arrêtée parce que la date limite du concours Gallimard approchait et qu’elle n’a pas eu le temps de bien conclure.
  Le style d’écriture est un peu simple, ordinaire presque : je veux dire par là que comme c’est le gagnant du concours Gallimard, je m’attendais à une plume différente, qui sortirait davantage des sentiers battus. La plume est efficace, certes, elle est claire et énergique. Mais j’attendais un petit truc en plus, qui a manqué à l’appel. Dommage, ça manque un peu de saveur.
  Et puis la « réclame » qui apparaît tout à la fin, sur le feuilleton du Petit Larispemois, mais non. Juste NON. Ce n’est pas crédible pour un sou et ça casse le rythme. J’ai eu beau relire la « réclame » deux fois, trois fois, je suis toujours aussi sceptique : on veut créer du suspense pour le tome 2 (entre nous, y a pas besoin, le roman se débrouille assez bien pour nous donner tout seul envie de découvrir la suite) mais le canal est mauvais, surfait. Et surtout, ce-n’est-pas-crédible. Trop de pub tue la pub, les enfants.
  Aux mystères de Larispem il manque aussi cette qualité qui fait que La Passe-Miroir est accessible autant aux petits qu’aux grands. Je veux dire par là qu’on appréciera La Passe-Miroir à tous les âges, mais que Les mystères de Larispem sont majoritairement destinés à un public juvénile et que ça se ressent très fortement. Les codes de la littérature jeunesse sont beaucoup plus présents et respectés. Bien sûr, je pourrais prendre d’autres romans que La Passe-Miroir pour comparer, le résultat serait le même, mais si je l’utilise ici c’est parce qu’ils ont gagné le même concours et qu’à mon sens, il est même utile de les comparer de la sorte.

 

 

 

Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 3/3 Chaque chapitre est précédé d’une petite illustration. Je ne suis pas super fan de coup de crayon, mais du concept, oui. Ça donne une dimension supplémentaire à la lecture.
Le langage : 3/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 3/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 1/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
 
Total : 24/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total des points qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

 

CQFD :

  Les mystères de Larispem est un très bon roman, quoi qu’on en dise et malgré ses quelques défauts. Néanmoins, par prudence dirais-je, je le recommande davantage aux lecteurs adolescents ou pré-adolescents.

 

 

 

Bonus :

Vous ignorez ce qu’est La Passe-Miroir, ce roman dont j’ai tant (trop) parlé ? Allez donc le découvrir…

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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2 commentaires sur “Les mystères de Larispem, de Lucie Pierrat-Pajot

  1. Personnellement je trouve qu’il est très intéressant pour un public adulte aussi grâce à l’aspect historique, à la période de l’histoire que l’auteure décide de changer. C’est hyper intéressant de voir ce qu’aurait pu devenir Paris si la Commune avait gagné, et je ne suis pas sur que les jeunes puissent vraiment comprendre de ce que ça représente.

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    • Le livre peut être intéressant pour des adultes aussi, mais le type d’aventure, très centrée sur les héros, et les protagonistes eux-mêmes sont très typés « jeunesse ». Je pense que cela pourra ennuyer certains adultes trop pointilleux.

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