Transfert, de Rémi Stefani

 

Transfert, de Rémi Stefani

 

Mon résumé :

  Victor est un jeune homme de vingt ans à qui la vie a toujours souri : il vit dans un milieu aisé et, en deuxième année de Polytechnique, rompu à l’art de la chimie et de la quantique, il se destine à un glorieux avenir de scientifique. Valentin est son contraire : toujours en terminale à vingt ans, il fait tache dans sa famille où tout le monde a réussi ses études alors que lui, par flemmardise et manque de motivation, demeure dans les plus médiocres places de son lycée.
  En somme, tout oppose Victor et Valentin. Et pourtant, le 7 mars, tous deux vont se retrouver victimes de deux accidents qui auraient dû leur coûter la vie, et là se produit l’inimaginable. Un transfert surnaturel a lieu. Les âmes des deux jeunes hommes changent de corps : Valentin devient Victor, Victor devient Valentin. L’un se réveille à la place de l’autre, et en ayant tout oublié de sa vie antérieure à l’accident.
  De dispositions et de mentalités très divergentes, ils vont tout faire pour se reconstruire une vie à une place qui ne leur convient pas, torturés par le manque impossible à combler de vingt années d’existence perdues, sans se douter de l’incroyable alchimie qui s’est produite et qui a provoqué cette singulière substitution d’âmes.

 

 

Publié en février 2016 aux éditions Syros. Gros format, 426 pages (mais écrit gros).

Coût : 16,90 €.

 

 

Comment j’ai découvert Transfert :

J’ai acquis ce roman dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Syros. Je les remercie d’ailleurs pour l’envoi de ce roman !

 

 

Une petite mise en bouche :

  Le vide total, se dit Valentin. C’est comme si je regardais la mer et qu’il n’y ait rien à l’horizon. Pas le moindre bateau, la moindre mouette, le moindre nuage, pas le moindre remous à la surface de l’eau. Rien que deux étendues lisses et grises, l’océan et le ciel, vierges de tout.
[…]
  Il va falloir que je me fasse à l’idée que je n’ai jamais été enfant, que je n’ai jamais grandi. Tout le monde a été petit. Pas moi. Moi, je suis né grand, à vingt ans. Je ne saurai jamais si j’ai fait pipi au lit, si ma mère me serrait dans ses bras lorsque j’avais peur la nuit, si mon père riait ou me grondait quand je faisais une bêtise. Il faudra qu’ils me racontent. Il faudra que je les croie. Mais ce n’est pas eux qui me diront si j’ai déjà été amoureux, si j’ai fumé en cachette, si je leur ai volé de l’argent dans leur porte-monnaie. Tout ce que je n’ai jamais dit à personne est perdu pour toujours.

 

 

Mon verdict :

  Comme pour L’œil de Chaac, je m’étais fait une idée très différente du roman : via le résumé de la 4ème de couverture, j’avais imaginé que l’on suivrait majoritairement les adolescences de Victor et Valentin, leur nouveau quotidien auquel ils devraient s’habituer malgré leurs très grandes différences d’existence ; que là serait l’intrigue, le nœud de l’histoire, avec un peu d’humour facile à la clé pour agrémenter la comédie générale.
  Encore une fois, j’ai sous-estimé le roman.
  En réalité, Transfert va nous faire découvrir les nouvelles vies de Victor et Valentin, et pas seulement leur adolescence, d’une manière bien plus large que ce que je pensais. Ils sont en fait devenus complètement amnésiques – ça semble évident mais j’ai été surprise – et évidemment ils galèrent bien comme il faut dans la voie qui leur était à la base destinée.
  Bon, il est évident que si je veux chroniquer Transfert avec un minimum de matière et de qualité, je vais être obligée de vous faire de mini-spoils sans incidence sur votre lecture, car sinon le roman tel qu’il est présenté fournit vraiment très peu d’éléments à analyser. Mais ne vous en faites pas, je vais minimiser les dégâts.
  Contrairement à ce qu’on pourrait éventuellement penser, le décor de Transfert est très réaliste, ancré dans notre univers et en développant des aspects très spécifiques : nous allons découvrir les milieux de la Légion Etrangère, de l’Afrique, de la médecine. Je le précise car je pensais que cet échange d’âmes dans l’histoire entraînerait une dimension fantastique ; ce n’est pas le cas. Très terre-à-terre, je vous dis. J’ai un avis assez partagé sur cet aspect du roman, comme je ne m’y attendais pas du tout et que ce n’est pas ma tasse de thé : j’ai apprivoisé ces thèmes sans vraiment les apprécier. Néanmoins l’histoire est prenante, même si les moments de grande action sont très rares. On suit l’évolution de nos deux héros avec circonspection mais réflexion, comme un apprentissage de la vie et toutes les leçons pratiques qui vont avec.
  Mention spéciale au chapitre 53 – je n’en dis pas plus tiens ! – qui m’a beaucoup plu, qui est très important pour l’histoire, qui a accéléré mon rythme cardiaque même. Dans ce chapitre se jouent beaucoup de choses et c’est très perceptible.
  Les principaux thèmes de Transfert sont la vie, l’évolution personnelle, les choix quotidiens, les cheminements mentaux quand on a de grands doutes à son propre endroit. Ils sont d’ailleurs très bien abordés et développés, avec justesse et une certaine franchise. Il y a tout un cheminement que le lecteur lui-même effectue au long de sa lecture, avec un exemple, un développement et une conclusion… Chapeau, c’est vraiment bien fait et touchant, j’y ai été très sensible. Un aspect crucial du livre qui, pour le coup, a été géré par une main de maître.
  Le style littéraire est original, mais il a ses avantages comme ses défauts. Déjà, le point de vue oscille entre interne et omniscient. On mêle les narrations à la troisième et à la première personne du singulier, changeant parfois d’une phrase à l’autre sans même un retour à la ligne. Résultat, il faut une grande concentration pour rentrer dans l’histoire, mais une fois qu’on est dedans on est complètement transporté. Moi qui lis en toutes circonstances au quotidien, tranquille dans mon lit mais aussi dans la rue ou les transports en commun, j’ai souvent eu du mal à comprendre toutes les teneurs du texte. Les informations se bousculent et se mêlent, elles forment un gentil désordre qui peut charmer, plein de petits morceaux qui forment le grand ensemble du roman ; mais la contrepartie pour pleinement en profiter, à savoir cette importante concentration, me semble trop cher payée. Surtout que Transfert est un fameux pavé, alors il en faut un bon stock, de concentration.
  L’histoire baigne dans un humour noir et cynique, dont je raffole, et malgré le cadre qui colle peu avec mes goûts littéraires j’ai ri à plusieurs reprises à une réplique particulièrement acide ou bien tournée. L’écriture est légère – un peu trop ? – et balance entre poésie (rarement) et réalisme sarcastique. Un contraste intéressant ; la poésie est particulièrement employée dans les passages descriptifs, qui sont somme toute très peu nombreux. L’auteur est économe en détails et se fie à la culture de base du lecteur pour qu’il comprenne tous les aspects de son livre. Ainsi, Transfert sera du pain béni pour les amateurs du genre ou les lecteurs suffisamment renseignés, mais pas mal de choses échapperont aux autres.
  Et enfin, les personnages. L’auteur a étrangement calculé un petit détail tout bête, bénin, mais qui m’a quand même vraiment mise en confusion : les prénoms des protagonistes. Entre Victor, Valentin et Vital, je ne savais plus qui était qui ! Surtout que Victor et Valentin ont échangé leurs vies, et que je n’ai pas la logique de base très dégourdie, j’avais le cheminement perpétuel « Victor a pris la place de Valentin, il s’appelle maintenant Valentin, mais il a la personnalité de Victor, alors dans certains moments il doit être perçu comme étant Victor… » Attention, ça c’est normal, c’est juste moi qui suis particulièrement longue à la comprenette, mais les prénoms des héros, à allitérations, m’ont considérablement compliqué la vie. Et quand Vital s’est rajouté à l’histoire, j’ai eu encore plus de mal. L’allitération est peut-être voulue, peut-être pas, toujours est-il que moi j’ai galéré à suivre.
  Je n’ai éprouvé qu’une antipathie diffuse et globale pour les autres personnages. Ce genre de bonshommes versés dans la guerre, à la mentalité très terre-à-terre, je n’apprécie pas des masses. Je ne dénigre pas, loin de là, mais je n’arrive pas à m’y attacher. Mon perso préféré, je pense que c’est Aminata, pour son côté charmeur et mystérieux.
  Pour finir, je voudrais insister sur un petit détail du roman qui m’a beaucoup plu : la personnification du destin. En effet, on parle souvent du destin dans le roman comme si c’était une entité dotée d’une conscience, à la nature un peu joueuse, qui maltraite allègrement nos héros selon son bon vouloir. De là le point de vue omniscient d’ailleurs. Cela aide à prendre du recul sur l’intrigue.

 

 

Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 2/3
Le langage : 2/4
La nature : 1/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 3/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 1/3 Pas assez de descriptions à mon goût.
Le plaisir de la lecture : 3/3
 
Total : 21/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

  Rémi Stefani s’est essayé ici à un genre différent de ses romans de prédilection (j’ai un peu fouillé, il a surtout fait dans la jeunesse, pas dans la littérature ados), et il l’a fait avec succès, mais trop loin de mes domaines de prédilection pour suffisamment me séduire. Transfert m’a laissé une impression mitigée, mais c’est un roman intéressant que je recommande néanmoins.

 

Bonus :

Explications sur mon système de notation

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s