Belle époque, d’Elizabeth Ross

 

Belle époque, d'Elisabeth Ross

 

Mon résumé :

Paris, 1889.
  Maude Pichon est une campagnarde : originaire d’un petit village de Bretagne, elle s’est enfuie de chez elle pour échapper au funeste destin que lui réservait son père : épouser le boucher local, plus de deux fois plus âgé qu’elle, pour arranger les affaires de leur famille. Parvenue à Paris des étoiles dans les yeux et des rêves plein la tête, Maude compte bien s’y installer avec un bon boulot, de bons revenus, en somme un petit quotidien confortable.
  Mais bon, on le sait bien, Paris ne fait pas de cadeaux aux jeunes illusionnés.
  Bien vite les quelques économies de Maude sont dépensées : elle loue une misérable chambre de bonne, n’a pas de travail et peine à subsister. Envolés, ses désirs de grandeur. Elle ne se préoccupe plus que de survivre jusqu’au lendemain.
  C’est dans cet état de misère progressive qu’elle déniche, en pleine rue, une annonce des plus singulières :
« On demande des jeunes femmes
Pour faire un ouvrage facile.
Bienséance respectée.
Présentez-vous en personne
à l’agence Durandeau,
27, avenue de l’Opéra, Paris. »
  C’est là une proposition inespérée, bien qu’un peu louche il faut l’avouer. Maude se rend sur les lieux, sans trop savoir à quoi s’attendre ; et là commence le cauchemar.
  Cette agence Durandeau qui semble si banale est en fait la pionnière d’un concept fort novateur : le commerce des repoussoirs.
  A quoi servent les repoussoirs ? Je vais citer là un exemple présenté dans le livre : prenez un cageot de pêches. Vous êtes incapables de dire laquelle est la plus belle, tant elles se ressemblent toutes. En revanche, si vous prenez l’une de ces pêches et que vous la comparez à un fruit mou, trop mûr, pourri, vous trouverez sans conteste que la première pêche est la plus belle, la plus appétissante. Là est l’odieux moteur de l’agence Durandeau : proposer à de nobles femmes en quête d’originalité de jeunes femmes laides, qui poseront à côté d’elles lors des événements mondains, afin de faire ressortir leur propre beauté. Un commerce pas toujours assumé par le beau peuple, mais auquel beaucoup ont recours ; on parle aussi de « faire-valoirs ». Voilà dans quel guêpier s’est jetée Maude ! Mais, sans le sou, elle est bien obligée de jouer le jeu et de servir de repoussoir. Au fil des ours et des épreuves, osera-t-elle se rebeller contre l’implacable loi qui fait d’elle une jeune fille laide et pauvre, quand d’autres, sans plus de mérite, sont riches et belles ?

 

 

Publié en France en novembre 2014 aux éditions Robert Laffont. Gros format, 416 pages (mais écrit très gros).

Coût : 17,90 € (mais 13,82 € pour les exemplaires des Incorruptibles).

 

 

Comment j’ai découvert Belle époque :

  Je l’ai lu dans le cadre du Prix des Incorruptibles 2015-2016 : Belle époque est dans la sélection 3ème/2nde. Néanmoins, je ne vous cache pas que ce n’est pas mon préféré…

 

 

Une petite mise en bouche :

  Durandeau accourt vers moi en me faisant signe d’approcher.
  – Pardonnez mon insolence, comtesse, mais voilà l’idée que j’ai eue pour votre fille. J’ai ici un visage insignifiant, parfaitement terne, mais en toute discrétion, qui s’associerait très subtilement à votre délicieuse Isabelle. Rien de tape-à-l’œil pour ses grands débuts au bal de Rochefort.
  Docile, j’avance de quelques pas, cramponnée aux godets de ma robe. La comtesse vient me toiser d’un pas languissant. Elle est à la fois belle et majestueuse, comme une tragédienne.
  – Notez ces cheveux, à peine plus remarquables que de la paille mouillée ; ce nez en trompette ; ces taches de rousseur et ce teint fané ; et ce regard éteint – bovin, dans l’expression, dirais-je, et d’une couleur quelconque. Notez enfin, je vous prie, cette carcasse mas charpentée, ces os saillants, récite Durandeau.
  Mon cœur est percé par les milles épines que contient cet inventaire, cette liste de défauts, mes défauts, prononcée par ce petit homme avec une telle désinvolture.
  Il y a de la moquerie dans les yeux de la comtesse.
  – Oui, c’est intéressant. Difficile à dire tant que nous ne les avons pas vues côte à côte.
  – Parfait. Nous organiserons une rencontre dès que cette demoiselle aura achevé sa formation. C’est la perle rare, croyez-moi.

 

 

Mon verdict :

  Je ne lis pas beaucoup de livres de la collection R des éditions Robert Laffont : ce ne sont pas des livres qui me plaisent généralement. Mais Belle époque étant sélectionné pour les Incorruptibles, il fallait mieux que je m’y mette.
  Ce n’est pas une lecture que je qualifierais de « bombe » ou même de particulièrement marquante ; c’est un livre divertissant, quelque peu original il faut l’avouer. Il faut bien savoir que ce roman est inspiré d’une nouvelle peu connue d’Emile Zola, intitulée Les repoussoirs. Néanmoins, dans cette nouvelle, Zola prenait plus ce phénomène de faire-valoirs – qui a réellement existé ! – en exemple pour démontrer que « à Paris, tout se vend » ; et à mon sens il avait évoqué une idée prometteuse sans assez la développer. C’est désormais chose faite, et bien faite de surcroît.
  Pour ce qui est de l’héroïne, il va sans dire qu’on est bien loin de la Mary Sue. Maude est laide, désespérée, horriblement quelconque ; et là est tout l’intérêt du personnage, puisque malgré cette normalité qui lui colle à la peau, elle va émouvoir le lecteur de par ses souffrances, et nous transmettre son désarroi. C’est quand même bien terrible, ces jeunes femmes qui, à cause de leur misère, se retrouvaient à vendre non pas leurs corps, mais leur laideur !
  En cela, au travers de Maude nous assistons à un paradoxe très intéressant : Maude accompagne une jeune noble dans la vie de tous les jours, la fille de sa cliente, qui a son âge. Le petit plus, c’est que cette fille noble ignore que Maude est un repoussoir : elle la prend pour une parente éloignée invitée sur Paris. Ainsi, Maude touche du bout des doigts à tout ce à quoi elle avait rêvé en venant faire sa vie à la capitale : les belles robes, les luxueuses réceptions, la nourriture à l’abondance et raffinée… Les beaux jeunes hommes…
  Maude est tiraillée, car d’un côté elle s’exalte de pouvoir enfin approcher ce qu’elle désirait de plus beau, de se comporter et d’être traitée comme une femme riche et précieuse ; mais elle demeure, et elle le sait au plus profond de son cœur, un simple repoussoir, une petite campagnarde laide et sans attrait. En somme, on lui offre ces fantasmes sur un plateau, mais même quand elle tente d’en profiter, une petite voix insidieuse lui rappelle qu’au fond, jamais elle ne « méritera » tous ces atours… C’est une torture affligeante pour elle, car on la sait courageuse et volontaire, et on se révolte de comment la traite son employeuse – la seule connaissant la véritable raison de sa présence.
  Bon, y a une micro-intrigue amoureuse à deux sous, je ne vais pas m’étendre dessus ; non seulement j’exècre ça, mais en plus c’est d’une importance minime dans l’histoire, alors pourquoi souffrir pour rien ?
  Comme souvent dans les romans historiques, on se régale de tout ce que le roman a à nous offrir côté documentation ; et ici, on découvre le milieu chic, le milieu classe, les coutumes nobles, les belles tenues et tout le jargon à la fois ésotérique et charmeur qui va avec. Une atmosphère charismatique dans laquelle notre héroïne fait tache.
  La narration est à la première personne du singulier, vous l’aurez vu dans l’extrait plus haut. Le point de vue est totalement interne donc, et ce n’est pas du luxe pour le suspense, vu l’importance qu’a le secret de Maude dans l’histoire. Il nous est impossible de savoir si elle est ou pas démasquée : malgré ses quelques manières de campagnarde et ses manquements à l’étiquette, passe-t-elle encore pour une bonne noble, ou autrui se doute-t-il de quelque chose ? C’est très plaisant à la lecture.

 

 

Mes notes :

Le titre : 2/2 Il fait en fait plus référence à la nouvelle de Zola, à cette « belle époque » (ironique, évidemment) qui a vu se développer le commerce des repoussoirs.
La mise en page : 2/
Le langage : 3/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 3/4
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
 
Total : 22/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total des points qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

Ce n’est pas mon préféré de la sélection, mais je pense qu’il se classera bien. C’est une lecture de détente qui fait réfléchir sur la loi des atouts physiques.

 

 

Et en bonus…

J’ai dû réaliser, pour le journal de mon lycée, une mini-chronique de Belle époque. Je vous la partage au passage.
« Belle époque, d’Elizabeth Ross :
Dans le Paris du 19ème siècle une jeune campagnarde débarque à Paris la tête pleine de rêves ; elle perd vite ses illusions, car sans le sou, elle a terriblement de mal à subsister. C’est alors qu’elle tombe sur une petite annonce demandant « de jeunes femmes laides pour un emploi facile ». Désespérée, elle va se renseigner…
  Ce roman est inspiré de la nouvelle Les repoussoirs d’Emile Zola. Un roman facile à lire et très intéressant qui traite avec justesse à la fois du vieux Paris et des différences sociales, en compétition cette année pour le prix littéraire des Incorruptibles. »

 

 

Amitiés,

Chinmoku :3

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