De cape et de mots, de Flore Vesco

Bal d'Halloween

« Mon premier est une particule.

Mon second est un pic, que dis-je, une péninsule !

Mon troisième a pour collègues « or », « ni », « car », et la virgule.

Mon quatrième fait quatre moins deux, faites le calcul.

Mon cinquième peut être de passe, croisé ou doux.

Je te souhaite une bonne lecture de mon tout ! »

Flore Vesco, SLPJ 2015.

Aujourd’hui, parlons d’esperlune, de lifrejole, de farces et de complots, avec De cape et de mots, premier livre de Flore Vesco !

Mon résumé :

  Séraphine Marie-Geneviève Alexandrina de Notre-Dame Chancies du Jousselinier Senestre lez Castiche de l’Auberivière sié l’Ostel de la Colline, alias Serrine, est l’aînée d’une fratrie de sept enfants : elle a six petits frères, une mère très stricte et un père un peu endormi.
  La mère de Serrine, obsédée par le titre de noblesse préservé par leur famille, dépense toutes les économies familiales pour offrir une éducation de comtesse à sa fille, au détriment du bien-être de ses autres enfants. Serrine fait bien peu d’états des cours de danse et de musique qui lui sont dispensés : elle préfère de loin faire le clown avec ses frères à longueur de journée, au grand désespoir de sa mère.
  Son père meurt de maladie et depuis son décès une tristesse insidieuse paralyse leur manoir à la noblesse déchue. Les caisses sont vides et il reste à peine de quoi faire vivre la maisonnée. Pour le bien de ses petits frères, Serrine décide de se rendre au palais voisin pour devenir demoiselle de compagnie : ainsi pour arranger la situation elle rendra la dignité d’antan à sa famille et redorera leur réputation.
  Un bien ambitieux projet à réaliser dans le nid de vipères qu’est la cour…
  Etre demoiselle de compagnie c’est facile, le rester c’est plus dur que de lire les quelques 30 Annales du Disque-Monde. La nouvelle épouse du roi est une reine capricieuse et tyrannique dont la méchanceté et la sournoiserie ne connaissent pas de limite. Les demoiselles se succèdent à son service sans jamais parvenir à satisfaire ses envies farfelues et ses impossibles exigences.
  Serrine n’est pas comme les autres jeunes filles : franche, futée et débrouillarde, elle va apporter des bouleversements sans pareils à la cour et à ses habitants. Ce qu’elle ignore, c’est que ses actions ne sont pas vues d’un très bon œil par certaines personnes influentes, et qu’elle pourrait risquer bien pire qu’un renvoi en poursuivant ses pitreries…

 

Publié aux éditions Didier Jeunesse. Format moyen voire petit. 181 pages.

Coût : 14,20 €.

  De cape et de mots est un premier roman talentueux de Flore Vesco : il a d’ailleurs gagné le prix St-Exupéry il y a peu !

Mon verdict :

  C’est une histoire hors du temps, empreinte de fantaisie et de poésie. Une espèce de conte de fées pas comme les autres. La jeune fille de la campagne qui se rend à la cour du roi pour y réussir sa vie, et à qui il arrive tout plein d’aventures plus loufoques les unes que les autres ! Serrine est très autonome, et son insouciance dans le milieu corrompu de la noblesse fait à la fois sa force et sa faiblesse. Elle fait tourner les figures en bourrique, mais se fait assurément avoir dès qu’on lui joue un mauvais coup. Une héroïne qui n’a pas la langue dans sa poche et qui en fait voir de toutes les couleurs aux gens qu’elle n’aime pas.
  Parlons-en, de sa langue si agile. Serrine n’a peur de personne et elle le fait bien savoir. Tout le monde fait les frais de son humour débridé et toujours plus imaginatif. Et bien souvent c’est tourné de façon à ce qu’on ne puisse même pas la gronder légitimement. Un génie, quoi. Et elle ne semble pas s’en rendre compte ! Serrine est bourrée de talents mais elle reste très simple et directe. Une héroïne trop parfaite, alors ? Je ne dirais pas ça : cette tendance à l’insolence n’est pas forcément un avantage. C’est juste que l’univers de De cape et de mots est parfois surréaliste et qu’il justifie en quelque sorte son comportement. Elle s’en tire (quasiment) toujours bien mais nous ne trouvons pas ça étrange. Et puis il faut bien l’admettre, on l’adore la petite Serrine, quand on voit toutes les crapules dont elle est entourée…
  Une intrigue bien faite qui permet aux protagonistes d’opérer des galipettes scénaristiques insoupçonnables puis de retomber sans dommage sur leurs pieds (le bouffon, mes aïeux ! Ingénieux !). Chaque personnage a son impact dans l’histoire, qu’il apparaisse longtemps ou juste avant le moment crucial. Ainsi l’histoire est « consistante » et chaque élément a une grande importance : il n’y a pas de perso qui apparaît « pour faire joli » et qui n’apporte rien aux protagonistes.
  Je n’ai rien remarqué au cours de ma lecture, mais c’est après réflexion que je me suis chagrinée de voir que ni la reine, ni le secrétaire n’avaient de nom. Et oui, ces deux oiseaux-là sont toujours appelés « la reine » et « le secrétaire ». Non pas que ce soit un défaut, c’est un choix évidemment, et un bon choix de surcroît. En disant que j’étais chagrinée, je voulais dire que… j’étais triste pour ces persos sans nom. De la compassion, voyez ?
 L’un des points les plus importants et attrayants de ce livre bien sûr, c’est le chapelet de mots, de charades et de définitions insolites qui y est déployé.
  Savez-vous ce que sont une esperlune et une lifrejole ? Saviez-vous qu’un éléphant a huit genoux, que les sangsues ont vingt-deux estomacs ? Je ne sais pas où Flore Vesco est allée chercher tout ça, mais pour sûr ces détails étranges pimentent la lecture. De plus, élément important, Serrine ne sait pas lire. Sa mère n’a pas jugé utile de le lui apprendre. Pour citer le texte : « Qui, face à une jeune fille aux manières gracieuses et à la mise seyante, irait s’enquérir de son orthographe ? » Aussi il est d’autant plus plaisant de voir notre héroïne jongler avec les mots tout en sachant qu’elle ne peut en déchiffrer aucun !
  Ce qui m’a impressionnée aussi, c’est l’étendue du jargon vestimentaire employé. Il faut dire que c’était bien nécessaire et que c’est apprécié étant donné l’opulence de la mode au palais : « rubans d’œil abattu », « cheveux frisés en sentiments »… Et puis il y a des mots savants dans d’autres passages aussi, que je ne saurais vous citer de mémoire, pour qualifier tel ou tel rôle dans la cour… Des appareils de torture… Un vrai délice pour les yeux et la culture.

 

Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 1/3
Le langage : 4/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2 Le contexte historique étant ici indéterminé, mais l’ambiance étant au conte de fée, c’est un élément justifié.
L’intrigue : 4/5 Je reste un peu réservée sur le dénouement. J’avais prévu longtemps à l’avance l’un des éléments finaux, aussi je n’ai pas été aussi surprise que j’aurais dû l’être pour bien l’apprécier.
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
 
Total : 26/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total des points qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

CQFD :

  Un roman que je recommande fort car il allie humour et poésie ; la lecture impose un rythme festif et entraînant. Pour tout vous dire, je l’ai acheté alors que j’étais en voyage, et j’ai dû abominablement ronger mon frein car c’était l’ultime ouvrage qu’il restait dans mes bagages et que je ne voulais pas me retrouver sans lecture…
  Et ça se relit ! Il m’arrive régulièrement d’ouvrir le livre au hasard et d’en savourer un passage. J’insiste là-dessus car généralement je n’arrive pas à relire, même mes livres préférés. Une trèèès bonne lecture en perspective pour vous.

Bonus :

De cape et de mots, de Flore Vesco

Flore Vesco au SLPJ 2015 !

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s