L’Eclaireur, d’Isabelle Vouin

 

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Mon résumé :

  Aman, jeune garçon d’une tribu somalienne, est le petit-fils de l’Eclaireur.
  Aman a hérité du don de son grand-père : il conte à autrui la beauté de la nature, les horreurs des guerres qui déchirent parfois les tribus, et à travers lui, c’est toute l’histoire des siens qui survivra. Il est prédestiné à suivre les glorieuses traces de ses ancêtres pour sauvegarder et transmettre le savoir et la mémoire de son peuple.
  Mais c’est une guerre mauvaise qui s’est emparée de la Somalie : ce n’est pas un conflit glorieux aux enjeux honorables qui fera avancer l’Histoire, c’est une guerre sale, sans morale, qui prend les femmes et les enfants au nom d’un dieu Tout-Puissant que beaucoup ne reconnaissent même plus.
  Séparé de sa famille, Aman est soumis au plus cruel des choix : combattre avec sa voix et sa plume, ou prendre les armes pour défendre son pays, en garantissant ainsi des résultats à court terme ?

 

 

 

Edité aux éditions du Jasmin en 2014. Edition spéciale du concours des Incorruptibles en octobre 2015. Format poche. 185 pages.

 

 

 

Comment j’ai découvert L’Eclaireur :

Durant l’année scolaire 2015-2016, ce roman a fait partie de la sélection 3ème/2nde du concours des Incorruptibles. Pour cela j’ai dû le lire et, bien que ses thèmes soient très éloignés de ceux que j’ai l’habitude de traiter sur mon blog, j’en ai profité pour en faire une chronique. C’est qu’en ce moment mes lectures sont plutôt pauvres en potentiel pour faire des articles honorables…

 

 

 

Une petite mise en bouche…

Ses yeux s’assombrissent. Elle va se mettre en colère. Mais elle se ravise et prend ma main.
  – Aman, d’accord, mais avant, je veux que tu me promettes une chose.
  – Laquelle ?
  – Je voudrais que tu apprennes à lire et à écrire.
  – Mais pour tenir une arme, Marzia, à quoi servent les mots ?
  Le regard gris de Marzia entre en moi avec une intensité que je ne lui connaissais pas.
  – Quand tu auras tenu une arme, Aman, quand tu auras tué des hommes, quand tu verras autour de toi s’écrouler ta vie, la Vie, tu auras envie de brûler toutes les armes et tu chercheras le pouvoir des mots pour faire renaître l’espoir et la lumière dans le regard mort de tes semblables.
  Je sens que je n’ai pas le choix.
  – D’accord. Mais dès que je sais lire et écrire, je pars combattre.

 

 

 

Mon verdict :

 Je lis peu de romans de ce genre, à la fois historique et réaliste, et je ne pense pas que je me serais laissée tenter par L’Eclaireur sans le concours des Incorruptibles. Je dois dire que je n’attendais pas grand-chose de ce livre, et même si j’ai été agréablement surprise, il ne m’aura pas tant marquée que ça.
Ce que j’ai préféré dans L’Eclaireur, c’est son écriture. Elle est très fluide, et particulière ; Aman est un narrateur particulier, avec un point de vue très subjectif. Nous découvrons toute son aventure d’un point de vue très intime, avec ses mots à lui, pas toujours assez justes, mais qui seront toujours parlants sur son état d’esprit ou la façon dont il perçoit son entourage et ce qui lui arrive.
Très vite, Aman est arraché à son désert et nous découvrons avec lui la Somalie rurale, la Somalie en guerre, quand avant les rudes tourments qu’il endurait se limitaient à des marches sans fin dans le désert jusqu’au prochain point d’eau. Bien sûr, cela aussi était dur et éprouvant, mais désormais à ça s’ajoutent la peur d’être tué, l’horreur de la misère environnante. L’ambiance miséreuse du petit peuple détruit par le conflit est retranscrite avec beaucoup de justesse, parfois implicitement via certaines scènes, ou explicitement quand Aman lui-même décrit ce qu’il ressent. Ses termes sont parfois enfantins, parfois trop matures pour son âge, selon l’avancement du roman. Son évolution se suit progressivement et même si le lecteur, avec son recul, voit trè bien qu’elle est la voie la plus jste pour Aman, tous ses doutes se comprennent et on souffre avec lui. Parce que des enfants-soldats comme lui existent vraiment en Somalie, et dans d’autres pays en guerre, et nous le savons. Cette connaissance rend la lecture plus éprouvante.
La description des armes, des vestiges de la ville, du khat que mâchent les soldats ; le roman est documenté, comme la majorité de ceux qui traitent de pareils thèmes, mais il est vrai que certains livres sont un peu surchargés en informations culturelles. L’Eclaireur les fait toutes passer indirectement et ainsi, le rythme de l’action n’est pas brisé, et la lecture comporte peu de passages descriptifs. Le strict minimum en informations pour comprendre l’histoire et l’apprécier. Montrer plutôt qu’expliquer.
Le dilemme présenté est somme toute assz commun : choisir les armes ou les mots ? On comprend le choix d’Aman tout en le désapprouvant. C’est une question cruciale dans son environnement, et en cela, le roman aide à comprendre comment certains enfants sont amenés à prendre les armes, voire y sont clairement incités, poussés, malgré leur jeune âge. Le quotidien de ces soldats est montré de manière très crue, et aide à prendre conscience de l’enfer que ce milieu représente. La façon paradoxale dont se côtoient l’horreur moderne et les mémoires des ancêtres donne au roman une poésie certaine. L’évocation régulière du charme des mots et de leur pouvoir, tant éloignée de la dure vie que doit mener Aman, est essentielle.
Il y a très peu de femmes dans L’Eclaireur. Cela, je le désapprouve aussi, mais c’était nécessaire pour respecter la fidélité à l’histoire. Les femmes n’ont pas beaucoup d’importance chez les guerriers somaliens, qu’ils soient nomades ou de la milice… Pas l’importance qui se remarque dans un roman consacré à la guerre. Un mai m’a fait remarquer que toutes les femmes présentes étaient d’une très grande beauté. ça ne m’avait pas sauté aux yeux, mais c’est vrai. Idéalisation d’Aman pour ces figures protectrices et maternelles, ou petite erreur de l’auteure qui n’a pas pensé à créer un personnage disgracieux ? Je ne pense pas que ce soit très important de toute manière.

 

 

 

Mes notes :

Le titre : 1/2
La mise en page : 2/3
Le langage : 3/4
La nature : 1/2
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 3/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3

 

Total : 21/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

 

CQFD :

  Ce roman ne me marquera pas durablement, mais ce fut un agréable moment de lecture. Il plaira aux amateurs de romans historiques ou réalistes, et à ceux qui se trouvent intrigués par les conflits africains et la façon dont le peuple y survit.

 

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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2 commentaires sur “L’Eclaireur, d’Isabelle Vouin

  1. J’ai tout de suite pensé au poème – Nocturno – de Rafael Alberti, écrit pendant la guerra civil. Je ne sais pas si tu le connais, tu le trouveras facilement sur le web.
    C’est une question essentielle – et très actuelle – que l’on se pose quand on entre en résistance : les mots sont-ils des armes suffisantes ? Un débat passionnant. Super que ce roman ait été lu en 3e/seconde !

    Cuando tanto se sufre sin sueño y por la sangre
    se escucha que transita solamente la rabia,
    que en los tuétanos tiembla despabilado el odio
    y en las médulas arde continua la venganza,
    las palabras entonces no sirven: son palabras.

    Balas. Balas.
    […]

    J'aime

    • C’est très joli ! Non je ne connaissais pas, je n’étudierai la guerra civil qu’en terminale normalement, mais je retiens.
      La question mérite bien débat.. Et à mon sens, ce roman l’a très bien traitée.

      J'aime

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