Sorceleur, d’Andrzej Sapkowski

 

Sorceleur

 

Mon résumé :

  Geralt de Riv appartient à la mystérieuse caste des sorceleurs.
  Les sorceleurs inspirent à la fois méfiance et répulsion ; les teneurs de leur métier ? Débusquer des monstres de par le monde et les tuer en échange de récompenses. Pour cela, ils sont formés dès leur plus jeune âge à résister à de puissants poisons ; seuls les enfants les plus résistants survivent et deviennent sorceleurs. Cette épreuve de force et leurs capacités presque surhumaines les font craints de la majorité des gens lambda, et en cela ils sont très marginaux.
Geralt arpente les sombres terres de        , les fouille et les retourne, à la recherche de monstres à exterminer pour remplir sa bourse. Sombres créatures à égorger, malédictions et envoûtements à briser, tel est son quotidien… Mais Geralt n’est pas comme les autres sorceleurs, et se démarque de ses confrères en bien des points. Entre-autres, ses cheveux blancs comme neige alors qu’il est encore dans la force de l’âge, son flegme à toute épreuve qui en déstabilise plus d’un, et le fait dérangeant qu’il n’est pas tout à fait humain…

 

 

 

Premièrement publié aux éditions Bragelonne, puis réédité chez Milady (Milady dépend directement de Bragelonne). Traduit du polonais. 7 tomes parus, série finie. Format poche.

Tome 1 = 382 pages, 7,10€.

Tome 2 = 462 pages, 7,60€.

 

 

 

Une petite mise en bouche…

  – Je te pose donc franchement la question : es-tu un être humain ?
  Geralt soutint son regard.
  – Si tu poses le problème de cette manière, répondit-il après un silence, je n’en suis pas tout à fait un.
  – Ah bon ! Dans ce cas, tu n’interpréteras pas comme un manque de tact de ma part le fait que je te demande qui tu es.
  – Je suis sorceleur.
  – Ah bon ! répéta Nivellen au bout d’un moment. Si ma mémoire est bonne, les sorceleurs gagnent leur vie d’une étrange manière. Ils tuent des monstres de toutes sortes moyennant rétribution.
  – Ta mémoire est bonne.
  Un nouveau silence plana. […] Nivellen ne bougeait pas de sa place, seules ses énormes oreilles remuaient légèrement.
  – Admettons que tu aies le temps de sortir ton glaive avant que je te saute dessus, finit-il par dire. Admettons que tu aies même le temps de me porter une botte. Vu mon poids, il en faudrait plus pour m’arrêter, je te mettrai par terre rien qu’avec mon élan. Et ensuite, ce seront mes dents qui décideront. A ton avis, sorceleur, lequel de nous deux a le plus de chance de s’en tirer si l’on se saute à la gorge ?
  Geralt, retenant du pouce le couvercle d’un pichet en étain, se versa du vin, avala une gorgée, se renversa sur le dossier de sa chaise. Il regardait le monstre en souriant, mais son sourire était particulièrement horrible.

 

 

 

Mon verdict :

  Honte à moi, honte à moi, je croyais que la série littéraire du Sorceleur était inspirée du jeu vidéo « The Witcher », alors que c’est évidemment le contraire…
  Sorceleur ne date pas d’hier : il a été écrit en 1986, rien que ça (et traduit en français pour la première fois en 1993) ! Certes, ça ne fait pas beaucoup à côté du Seigneur des Anneaux par exemple, mais je précise ici son année d’écriture car personnellement, je le voyais comme beaucoup plus récent. J’ai souvent du mal à apprécier les classiques de la fantasy qui respectent rigoureusement tous les codes du genre, comme par exemple Le Seigneur des Anneaux ou La Citadelle des Ombres, mais entendez bien que Sorceleur, je l’ai dé-vo-ré.
  Sorceleur, c’est de la dark fantasy, et de la belle : univers sombre, créatures monstrueuses à tous les coins de rue, héros secret et torturé… Cela m’a rappelé ma lecture du roman Les Traqueurs, d’Antoine Bombrun (précédemment chroniqué). Mais j’ai bien préféré Geralt aux héros des Traqueurs, car Andrzej Sapkowski a, malgré le cadre contraignant de la dark fantasy, réussi à donner un charisme certain à son héros, une classe à toute épreuve, que je n’ai pas retrouvée dans Les Traqueurs. C’est un choix. Le coup de la caste de guerriers mystérieux et craints par la populace mais qui sont pourtant nécessaires à sa survie, c’est devenu un classique dans la fantasy : rien qu’en catégorie jeunesse, je peux vous citer L’apprenti d’Araluen, L’Epouvanteur… Oui, mais Sorceleur est antérieur à tous ces beaux succès ! Je pense que c’est l’un des premiers romans de ce genre.
  Geralt a la classe, la force et la beauté ; alors, Geralt est-il un Gary Sue ? Je l’en ai soupçonné, il est vrai. Mais j’ai fini par me raviser, car malgré tous ces beaux atouts, il prend quand même cher au quotidien, et son mauvais caractère aide à compenser ses qualités. J’adore ce genre de héros, qui colle des frissons et qui transpire le charisme sans pour autant être parfait ; c’est une savante alchimie pour séduire le lecteur sans tomber dans la facilité. De plus, la narration est quasiment tout le temps extérieure à Geralt : c’est-à-dire qu’on le voit agir, mais du fait de son flegme et de la suffisance qu’il affiche même dans des situations à risques, on est incapable de déterminer clairement le sens de ses pensées. Geralt a-t-il conscience du danger, a-t-il peur, sa suffisance l’aveugle-t-elle, contrôle-t-il les événements ou masque-t-il son appréhension derrière ses expressions si sereines ? Un héros en or, je vous dis, qui m’a complètement conquise. Il conserve une grande part d’ombre, grâce à ce point de vue externe donc, mais pas que : nous disposons de très peu d’informations sur sa nature semi-humaine, et on devine facilement que ce statut de mutant est pour lui une grande faiblesse psychologique, car dès qu’il est évoqué, même à demi-mots, directement Geralt se tend et on perçoit en lui une souffrance nouvelle.
  L’intrigue se calque sur le schéma classique de la dark fantasy (pour ce que j’ai lu de dark fantasy, je ne suis pas experte en la matière) : on suit notre héros dans sa vie quotidienne, une vie sombre voire pessimiste. Néanmoins, dans Sorceleur – Le dernier vœu, deux types de chapitres s’alternent : dans un chapitre sur deux, nous accompagnons Geralt dans son quotidien, comme expliqué plus haut. Mais, dans les autres chapitres, nous découvrons des aventures appartenant au passé du sorceleur, des quêtes anecdotiques ou des moments cruciaux de son existence, des rencontres importantes par exemple… Ces chapitres nous permettent aussi d’aborder plus en détail les caractéristiques du métier de sorceleur, et d’en apprendre plus sur Geralt et sa personnalité, souvent de façon indirecte, en comparant ses comportements lors de ces quêtes à ceux qu’il a dans les chapitres qui nous narrent sa vie actuelle… C’est un personnage qui se construit petit à petit, sous nos yeux, subtilement, implicitement, en laissant à la sensibilité du lecteur tout le travail de l’assemblage pour dresser son portrait. Il paraît que les deux premiers tomes de la série sont ainsi des récits des aventures de Geralt, qui nous permettent de mieux approcher le personnage, et qu’à partir du troisième seulement commencera la vraie histoire. C’est intéressant, j’ai réussi à apprendre ça en évitant les spoilers et je dois dire que ça m’intrigue beaucoup…
  Les monstres sont très présents dans l’histoire : gagne-pain de Geralt, ils ont aussi une importance symbolique, le mal personnalisé sur ces terres décadentes. De plus, comme Geralt n’est pas considéré comme totalement humain, il se rapproche quelque peu des monstres qu’il assassine si froidement pour survivre ; c’est là un autre élément psychologique qui a retenu mon attention et qui, j’espère, sera développé dans les tomes à venir. Andrzej Sapkowski a fait preuve de beaucoup d’astuce pour créer ses monstres : certains furent inventés de toutes pièces (alpyres, kikimorrhes…) quand d’autres sont sorties des bestiaires fantastiques ou mythologiques (striges, wyverns…). Ces créatures sont décrites avec moult détails et descriptions, tant sur leurs caractéristiques de survie ou de combat que sur leur physique rarement avantageux. Le résultat ? Cette faune fort diverse vient sublimer l’univers moyenâgeux du roman, lui ajoute de la profondeur, de la complexité. Les créer a dû prendre beaucoup de temps à l’auteur, mais surtout lui procurer beaucoup de plaisir, et cet investissement-là se devine facilement entre les lignes.
  Il est vrai que Sorceleur, par moments, adopte des points de vue un peu machistes. Presque toutes les femmes importantes de l’histoire se retrouvent dans le lit de Geralt, et les rares guerrières qu’on peut voir dans le roman s’avèrent soit méchantes, soit victimes de l’opprobre. Pas super. Néanmoins, je pense que le personnage de Yennefer aidera à vaincre ces préjugés dans les prochains tomes, et que l’auteur a peut-être voulu se calquer sur l’ambiance moyenâgeuse de son œuvre en donnant aux femmes une importance minime. Ça n’excuse pas tout, évidemment, mais c’est un parti pris. Dans un autre contexte, cela m’aurait davantage gênée.
  L’écriture se base sur le système de point de vue externe qui est maintenu sur quasiment tout le roman : les phrases sont courtes, claires et concises. Les significations de certaines actions ou les raisons d’agir d’un personnage doivent être devinées par le lecteur s’il veut saisir toutes les subtilités de l’intrigue. Mais ce n’est pas ardu, au contraire, ces détails-là sont sous-entendus de manière à donner des dimensions implicites à l’histoire sans que la lecture ne devienne trop corsée. La simplicité au service de l’efficacité, Andrzej Sapkowski a trouvé la formule gagnante !
  Et pour finir, je préciserai que je ne suis pas du tout étonnée que la série ait été adaptée en jeu vidéo, car il est vrai que rien qu’à la lecture, le potentiel d’adaptation en jeu se ressent nettement, et il est énorme : l’univers complexe, les monstres si variés, les personnages à part d’ombre et tous les types de quêtes qui se profilent via les chapitres « flash-backs »… J’ai d’ailleurs entendu dire que le jeu était très bon, et bien adapté. Un sans-faute pour Sorceleur ?

 

 

 

Mes notes :

Le titre : 1/2
La mise en page : 2/3 Très belle couverture, mais il n’y a pas de carte du monde, et cela m’a beaucoup manqué pendant ma lecture.
Le langage : 4/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
 
Total : 26/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

 

CQFD :

Sorceleur entre sans hésitation dans la liste de mes coups de cœur absolus ! Je me plaignais dernièrement de ne plus lire assez de fantasy, et retrouver mes goûts littéraires de prédilection avec Sorceleur a été comme une renaissance après une panne de lecture de plusieurs semaines.

 

 

 

Bonus :

Pour les hispaniques, voici la chronique vidéo de Sorceleur par un booktuber espagnol, « El geek furioso de la literatura ». Ma correspondante espagnole m’a fait découvrir ce booktuber, et c’est principalement cette vidéo qui m’a incitée à aller découvrir Sorceleur… (attention, il y a pas mal de spoils sur l’intrigue et les personnages dans la vidéo !) (et il y a pas mal de gros mots aussi… mais ça ne gâche pas la vidéo, loin de là !)

 

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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