Macha ou l’évasion, de Jérôme Leroy

 

Salutations.

Macha ou l'évasion

 

Mon résumé :

  Macha-des-Oyats a 107 ans. Elle a vécu la décadence du Monde de la Fin, les années 2010 et leur lente plongée aux Enfers ; puis la victoire des idéaux utopistes, et l’avènement de la Douceur, un monde nouveau en accord avec la Nature et sans plus aucune guerre. Macha a 107 ans, et elle est l’un des derniers humains encore en vie qui ont connu le Monde de la Fin. Elle vit en paix désormais, après une adolescence difficile, avec ses amis Agnès-des-Calanques et Euclide-le-Caressant (mais il vient d’où ce nom ?), dans la ZAD forestière d’Equemauville. Une ZAD, c’est une Zone d’Aménagement Différé : tous les humains vivent dans des ZAD désormais.
  Les premières ZAD, dans les années 2010, c’étaient des Zones A Défendre, gardées par les utopistes qui aspiraient au monde de la Douceur.
  Des adolescents rendent visite à Macha. Ce sont des Cueilleurs d’Histoire, avides de connaître son passé, le début de la Fin, par peur de répéter les erreurs de leurs ancêtres et de retomber dans la décadence. Le passé de Macha est lointain et douloureux, mais pour leur soif de connaissance et le bien-être des générations futures, elle accepte de raconter. Et l’histoire de Macha sera des plus instructives sur le Monde de la Fin…

 

 

Publié aux éditions Syros en août 2016. Gros format, 331 pages.
Coût : 16,95€.

 

 

Une petite mise en bouche…

  Tout était rouge parce que le soleil commençait à se coucher.
  L’été s’était installé depuis quelques semaines. Il devait être plus de huit heures du soir. Mais je n’ne savais rien au juste. Plus grand monde n’a de montre dans la Douceur. Nous vivons simplement au rythme des saisons : nos journées sont longues en été, courtes en hiver.
  Le couchant me rappelait souvent le Monde de la Fin et cette angoisse que j’éprouvais alors à l’idée de la nuit qui venait et d’un lendemain qui serait forcément pire que la veille.
Mais c’est parce que je suis vieille.
  Dans le monde de la Douceur, le couchant est plutôt un moment serein. Il indique que la journée qui vient de passer a été parfaite à sa manière, ronde comme une pomme, et qu’il n’y a plus de raison d’avoir peur : le jour qui se lèvera le lendemain sera identique au précédent,  harmonieux, soyeux, sans surprise.

 

 

Mon verdict :

  Il faut savoir que je suis relativement pessimiste quant à l’avenir de la race humaine, et donc peu amatrice d’utopies. Mais Macha ou l’évasion en est une, d’utopie. Je suis restée très sceptique en lisant les premiers chapitres : cet univers en harmonie avec la nature, où le mal n’existe plus, où tout le monde se satisfait du quotidien et de la monotonie, très peu pour moi… Je suis davantage adepte de décadence. J’ai donc beaucoup douté du monde de la Douceur et de ses bienfaits, et je n’ai pas changé d’avis concernant sa crédibilité, même après avoir fini ma lecture. Le concept même d’une utopie est qu’il s’agit d’un avenir idéal et irréalisable, qui restera du ressort des fantasmes. Jérôme Leroy s’est fait plaisir : les écrans ont disparu, il y a des panneaux solaires partout, tout le monde s’aime sans compter, et on vit dans des maisons bâties sur les arbres… De plus, nous suivons l’histoire par le point de vue de Macha, et ses perceptions sont particulières : elle a eu une enfance et une adolescence difficiles et chaotiques, alors le monde de la Douceur, elle l’adule plus que n’importe qui, puisque ce fut l’échappatoire qui lui a permis, quand elle était plus jeune, de se libérer des trop nombreuses entraves que lui imposait le Monde de la Fin.
  Mais passons à ce qui, selon moi, est le point le plus important du roman : la majeure partie du livre, les flash-backs de Macha, son adolescence dans la fin des années 2010. Macha est « fille de riche », elle vivait dans les hautes sphères d’une ville qui a visiblement souhaité garder l’anonymat, et qu’on nomme donc N. . N. est située dans le nord-est de la France, près d’un fleuve… je ne vous fais pas un dessin, c’est assez facile à deviner. La mère de Macha est la seconde épouse d’Etienne Le Vigan, le beau-père de Macha. Mais elle et sa fille sont d’origine grecque : cheveux et yeux noirs au milieu des Le Vigan tous blonds aux yeux bleus. Macha se sent mise à l’écart dès son enfance, et sa situation ne s’améliorera pas. Elle tentera de se détacher du milieu et des idéaux qu’elle a intégrés malgré elle, pour certaines raisons dont je ne parlerai pas ici, alors qu’elle était encore trop petite.
  Personnellement, j’ai trouvé le milieu « noble » des Le Vigan très caricaturé. J’ignore si c’est un fait voulu ou si l’auteur a l’expérience de ce genre de choses et qu’il sait de quoi il parle. Toujours est-il que cela m’a gênée, question crédibilité, comme pour la Douceur. Un je-ne-sais-quoi d’exagéré qui, toujours, me dérangeait dans ma lecture. Soit ce genre de famille existe réellement et je n’en avais pas conscience, soit ce sont des traits de caractère exagérés volontairement pour mieux discréditer les personnages. J’espère qu’il s’agit de la seconde option, parce que franchement, se dire que de telles ordures vivent dans le même pays que soi, hein… Mais je m’égare.
  La seconde partie de Macha ou l’évasion sonne douloureusement crédible à nos oreilles : attentats, politique nationaliste et raciste à son apogée, et le peuple qui se soulève de son mieux… J’ai lu Macha le 15 juillet, le lendemain des attentats de Nice. Quoi de mieux, dirais-je cyniquement, pour donner plus de force à ma lecture ? Suivre Macha dans ce décor pessimiste donne un vrai écho aux soucis français du moment, et en cela, c’est vraiment une œuvre d’actualité qui peut se révéler très instructive pour qui prendra assez de recul. Heureusement que nous, lecteurs, nous savons qu’à ce monde de chaos succèdera la Douceur, puisque la narration de Macha dans ce décor est alors un flash-back…
  Suivre une héroïne de ses 16 ans à ses 107 est une expérience intéressante. Macha a gardé le même caractère, mais suivre son évolution psychologique dans ces années critiques de son existence est très instructif. Elle vit des moments très difficiles, et avoir le ressenti de la Macha de 107 ans qui revit ces expériences par ses souvenirs donne une résonance particulière au roman.
  Les protagonistes m’ont peu marquée : la faute du réalisme, qui est un genre littéraire qui m’accroche très peu. Je ne me suis pas identifiée aux personnages au point de parler d’eux plus en détail : certains sont stéréotypés, d’autres sont de vraies enflures sur pattes, d’autres forcent l’admiration et le respect… Mais aucun n’a vraiment su me charmer.
  Au final, la manœuvre de Macha ou l’évasion est subtile et bien réfléchie : on nous présente la décadence vers laquelle va notre monde actuel, ainsi que l’utopie qui devrait théoriquement suivre sa chute. En revanche, rien ne nous est indiqué sur les événements qui survinrent entre ces deux périodes de l’Histoire : à nous de deviner l’entre-deux, les actions des rebelles qui surent créer une nouvelle société, les moyens qu’ils ont employé pour passer de ce qui est présenté comme un véritable cauchemar aux délices de la Douceur. Est-ce que ça donnera des idées aux révolutionnaires de demain… ?

 

 

Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 2/3 Je me permets de noter la mise en page bien que n’ayant que les épreuves non corrigées car j’ai un poster de la couverture et qu’ainsi, je peux l’apprécier au mieux.
Le langage : 2/4
La nature : 1/2
Le thème : 2/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 3/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
Total : 21/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

Macha ou l’évasion est une utopie instructive sans en avoir l’air. Un roman que tous devraient lire au moins pour le point de vue qu’il donne sur notre société, même si je n’approuve pas complètement ledit point de vue à cause de son côté parfois un peu exagéré.

 

 

Bonus :

Lire en Poche 2016J’ai eu le plaisir de rencontrer Jérôme Leroy lors du salon du livre Lire en Poche 2016.

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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2 commentaires sur “Macha ou l’évasion, de Jérôme Leroy

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