Le songe d’Adam, de Sébastien Péguin

 

Salutations.

 

Autumn Book Tag

 

Mon résumé :

  Hugo et sa fille Morgane vont, pour dix mois, habiter dans un chalet perdu en plein dans la Forêt-Noire d’Allemagne ; Hugo doit, pour son métier d’enseignant, composer une thèse qui nécessite une documentation particulière, uniquement disponible dans les archives d’une grande ville voisine. Originaires de Strasbourg, ils partagent le même amour pour les sciences anciennes, les mythologies antiques et bibliques, et la même soif de connaissance qui fait d’eux des érudits passionnés… ainsi qu’une complicité particulière. La compagne d’Hugo est morte alors que Morgane n’avait que trois ans, et la tristesse quotidienne causée par sa perte a tissé entre eux la plus belle des relations.
  La Forêt-Noire est un lieu mystique et mystérieux, une gigantesque étendue de pins sombres propice à la magie et aux secrets. Dans ses ombres, Morgane va découvrir une nouvelle facette d’elle-même et peu à peu, au fil de ses évolutions, de singuliers événements vont se multiplier autour de leur chalet. Hugo et Morgane auraient-ils, pris dans la frénésie de leur curiosité insatiable et de leur nature profonde, réveillé le plus vieux des contes, la plus vieille des légendes, le plus macabre des songes, au plus profond du sein de la Forêt-Noire ?

 

 

Publié en 2011 aux éditions de l’Homme Sans Nom. Format moyen, 386 pages.

Coût : 19,90€.

 

 

Comment j’ai découvert Le songe d’Adam :

  J’ai participé, en avril 2016, à un programme ludique d’échanges de livres via Facebook : chacun des participants devait envoyer un roman à une autre personne du groupe, et en recevait un à son tour. Bien sûr, nous ignorions tout à l’avance des ouvrages que nous allions recevoir… C’est ainsi que j’ai reçu Le songe d’Adam, dédicacé de surcroît, avec en plus un petit badge très joli (merci Ericka, si tu passes par là) ! Une très bonne surprise, une très bonne expérience d’ailleurs que cet échange. Je répèterai l’expérience à l’avenir, et je conseille le concept à tous les intéressés.

 

 

Une petite mise en bouche…

Les légendes sont réalité, Hugo, leur tissu s’est ici défait pour livrer un phénomène réel. Nous ne sommes plus en face de textes qui nous racontent des histoires, nous n’avons pas exhumé un des plus vieux récits fondateurs que l’homme ait créés pour justifier son existence sur Terre, nous sommes en face d’une réalité qui crée justement ces mythes. […] L’existence réelle de cet arbre est le point de concordance de toutes les mythologies que l’humanité possède depuis des siècles et à travers le monde. Toutes racontent la même histoire, comme s’il y avait bien eu en effet à l’origine de toute chose un arbre mythique et universel. Or là, cet arbre dont tant de récits parlent comme s’ils cherchaient à témoigner de sa réelle existence, cet arbre à la racine de tous ces mythes, nous l’avons trouvé. (Le pasteur se tut un instant, puis reprit.) L’histoire n’est pas nouvelle, et je ne vous apprend rien, mais vous savez comme moi que l’humanité vivait autrefois en harmonie avec ces mythes. Puis l’homme a peu à peu décrédibilisé ces histoires, il les a invalidées par la science, il en a fait un jeu, un divertissement. Mais sommes-nous certains que ces mythes n’aient pas été à la base une véritable réalité, qui n’engageait non pas la croyance des hommes d’alors, mais leur certitude ?

 

 

Mon verdict :

  Après une lecture difficile (Don Quichotte de Miguel Cervantès, que j’ai eu énormément de mal à terminer tant il m’ennuyait), j’ai plongé dans Le songe d’Adam avec un double-plaisir, et je ne l’ai pas regretté. C’est un roman incroyable. Par contre, je pose directement un avertissement car c’est une lecture sombre, parfois un peu glauque, avec une atmosphère oppressante, des chairs à vif et quelques passages assez sexuels ; c’est une lecture plus adulte que ce que je présente d’ordinaire sur le Monde Fantasyque, mais je ne pouvais pas ne pas parler du Songe d’Adam
  Durant tout le roman, on oscille entre réalisme et policier, plus une touche de fantastique omniprésente qui teinte toujours les deux autres genres.  Dès les premiers chapitres, on sent en cette Forêt-Noire une espèce de présence, une volonté propre, et l’atmosphère inquiétante qui fait le pouvoir du roman est si bien instaurée… Je vous jure, je ne me baladerai plus jamais seule en forêt de la même façon. Entre les faunes écorchés, les sapins pris de vie et l’ensorcelante carrière, ma psyché est atteinte, et pour un bon bout de temps. Le songe d’Adam, on l’aura compris à son titre, puise son intérêt dans les mythologies, notamment la biblique, la grecque et le folklore germanique. A ce titre, certains passages sont très longs, bourrés d’explications en long et en large sur des passages de la Bible ou de parallélismes créés entre différentes légendes ; il faut avoir le cerveau bien accroché pour tout suivre dans le détail, mais je vous assure que si vous en prenez la peine, vous en ressortirez beaucoup plus cultivé qu’avant votre lecture. J’ai lu le roman en deux jours, et j’étais tellement prise dedans que je n’entendais plus rien de ce qui se passait autour de moi (normalement, je suis capable de lire tout en restant attentive à mon entourage), et même ainsi, certains paragraphes me restaient trop obscurs.
  Les points de vue sont partagés entre les différents protagonistes, chacun mène sa petite enquête bon gré mal gré de son côté, et seul le lecteur, en possession de chacune de leurs découvertes, saisit réellement l’ampleur de ce qui se trame dans les méandres de la Forêt-Noire. L’oppression gagne en puissance au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, et surtout : l’ambiance est tellement sombre que nous n’avons aucune garantie d’avoir une happy end. Et ça mine de rien, ça colle vraiment des frissons, parce que la direction que prend l’auteur est libre de toutes entraves, et à chaque moment fort, on craint que tel ou tel y laisse un membre, sa vie, ou une nouvelle strate de sa santé mentale. Evidemment, moi non plus, je ne vous garantis pas l’arrivée d’une happy end, héhé. Ce serait trop facile. Vous angoisserez au moins autant que moi pendant votre lecture, parole de Chinmoku.
  Liée aux enseignements bibliques complexes, la dimension philosophique du roman est aussi très développée. Vous l’aurez constaté dans le court extrait que je vous ai livré plus haut. La quasi-personnalisation de la Forêt-Noire donne aussi une affinité particulière entre la nature et les protagonistes et, dans les moments oppressants, cette Forêt nous apparaît comme un autre personnage, ou une entité omnipotente dont on ne sait jamais si elle est bonne ou mauvaise…
  Bon, je dois bien l’avouer, j’ai frisé le coup de cœur absolu avec Le songe d’Adam, mais deux-trois détails m’ont quand même un peu freinée dans mes ardeurs. Concernant le style d’écriture, premièrement, j’ai trouvé beaucoup de répétitions dans certains passages, qui auraient pu facilement être évitées. Des accords manqués à certains participes passé, qui m’ont un peu chagrinée, et même une petite faute de frappe, que je n’ai malheureusement pas notée sur le moment (un « sn » à la place de « son », que je ne saurais situer). Après, c’est un peu chipoter que de dénoncer pareils mauvais points ; à part ça, l’écriture est très sensitive, directe et efficace, tout en sachant devenir assez chargée dans les passages documentés par les mythologies. Très bien dosé.
  Les défauts qui m’ont le plus gênée tiennent dans les petits détails de l’intrigue et certaines réactions des personnages. Je m’explique : déjà, le premier élément fort perturbant du roman, que subit Morgane dans le chapitre 3, sous-partie « Le cauchemar ». Morgane a un an de moins que moi, alors je peux facilement appréhender ses réactions… et je peux vous assurer que, si j’avais dû vivre la même chose qu’elle, je n’aurais certainement pas repris le cours de mon quotidien comme elle l’a fait. Je me serais mise en position fœtale sous mon lit pendant des jours, ou j’aurais fait une fugue, je ne sais pas… Je ne suis pas facilement impressionnable mais ça, franchement, c’est plus que perturbant… Ah et aussi, Morgane n’a pas d’amis. Mais vraiment, pas un seul. Qu’elle soit un peu solitaire, je veux bien, mais aucune des personnes qu’elle forcément connues avant son arrivée en Forêt-Noire n’est évoquée, pas même une hypothétique connaissance de son ancien collège, rien, ça m’a un peu dérangée question crédibilité. Après, ça a dû faciliter la tâche de l’auteur pour son intrigue, et ce n’est pas important du tout pour le roman. En revanche, vers le chapitre 6, dernière sous-partie, il y a l’un des plus majestueux deus ex machina que j’aie jamais croisé au cours de ma carrière de lectrice. Un truc crucial évoqué en une seule sous-partie (soit en environ cinq pages) qui est décisif pour le reste de l’intrigue, et justifié d’une manière affreusement pauvre pour l’ampleur de la chose. Le prétexte de la magie des faunes est sous-entendu pour expliquer le phénomène qui est pourtant tout ce qu’il y a de plus anormal, et on passe très vite dessus une fois que son utilité a été montrée (l’utilité en question, je peux vous le spoiler, c’est de prolonger le séjour de Morgane et Hugo en Forêt-Noire). Pour pareille conséquence, autant annoncer la couleur dès le début en leur prescrivant un séjour d’un an au lieu de dix mois, ça aurait évité cette disparition subite de la crédibilité.
  Et enfin, mon dernier petit regret, c’est la fin du roman. Une fois le dénouement passé, la situation finale n’est pas du tout développée : nous quittons directement l’histoire juste après que la tension soit retombée, et nous n’avons aucune idée de comment vont évoluer la Forêt-Noire et les protagonistes ayant subsisté  après tant de péripéties. Pourtant, il est certain que ce qu’ils ont tous vécu les changera à jamais, et observer ces changements dans un roman qui laisse une aussi belle place aux démêlés psychologiques m’aurait beaucoup plu. Peut-être est-ce volontaire, pour conserver l’atmosphère oppressante du livre et ne pas repartir dans un contexte calme qui apaiserait le lecteur (on va le laisser stresser le lecteur, c’est plus drôle), mais personnellement j’ai trouvé ça un peu dommage. Après, je fais bien attention en ne vous parlant pas trop en détails de cette fameuse fin…

 

 

Mes notes :

Le titre : 1/2 Le titre est original, mais je pense qu’on aurait quand même pu trouver mieux.
La mise en page : 3/3 Un travail tout particulier fut réalisé sur les typographies, vous verrez. C’est très intéressant.
Le langage : 3/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2 J’ai eu beaucoup de mal à cerner clairement le contexte historique : quelques incohérences par rapport aux technologies de notre époque, des facilités qui n’ont pas été explorées et qui ont semé le doute dans mon esprit.
L’intrigue : 3/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
 
Total : 25/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

  Le songe d’Adam n’atteint pas mes coups de cœur absolus uniquement en raison de ses petits caprices scénaristiques. Une lecture oppressante, qui prend aux tripes, un roman horrifique qui colle les plus délicieux des frissons. Gare aux sensibles ; et les avertis, prenez votre pied…

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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4 commentaires sur “Le songe d’Adam, de Sébastien Péguin

  1. J’ai lu il y a peu « Le miroir de Peter » du même auteur – que j’ai adoré – et j’avais en tête de lire « Le Songe d’Adam » par la suite, ton avis m’a conforté dans mon choix 😀

    Aimé par 1 personne

      • En fait, c’est le même auteur qui écrit sous le pseudonyme John Ethan Py , et si j’ai bien compris, « Le Songe d’Adam » va bientôt être réédité avec le nom John Ethan Py, comme « Le miroir de Peter » ! Il a aussi écrit le roman « Chesstomb », que je n’ai pas lu non plus, mais « Le Songe d’Adam » me tentait plus :p

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