Les étranges talents de Flavia de Luce, d’Alan Bradley

 

Salutations.

 

Les étranges talents de Flavia de Luce

 

Mon résumé :

Angleterre, époque incertaine – dans les années 50 à 70 à vue de nez.
  Les de Luce sont une famille anglaise aux nobles origines et à la grande influence, quoique retirée du milieu mondain depuis le décès prématuré d’Harriet de Luce, épouse du colonel de Luce, actuel chef de famille. Le colonel et ses trois filles vivent dans Buckshaw, leur manoir, près du petit village campagnard de Bishop’s Lacey ; un cadre calme et pittoresque qui se verra pourtant bouleversé d’une ignoble façon.
  Flavia, onze ans, est la benjamine des filles de Luce ; martyrisée par ses aînées depuis son plus jeune âge et passionnée de chimie, elle a l’esprit très pragmatique et voit le poison fait maison comme le remède à tous les problèmes du quotidien. Aussi est-elle ravie de trouver, un beau matin dans le potager du manoir, un parfait inconnu qui meurt sous son nez avec pour dernière parole un « Vale !  » aux accents mystérieux. C’est qu’elle va enquêter, Flavia, sur l’identité de cet inconnu, et pour cela elle déterrera des secrets de famille vieux de plusieurs dizaines d’années, de sombres histoires de suicide par passion philatélique et de timbres volés.
  Flavia mène son enquête personnelle de Buckshaw à Bishop’s Lacey avec l’assistance de Gladys, sa fidèle bicyclette, surmontant tous les obstacles, toujours en avance sur les policiers parallèlement chargés d’élucider l’affaire. Mais à force d’être débrouillarde et un peu trop maligne, elle risque de se retrouver en première ligne et sans assistance face au tueur…

 

 

Publié en 2013 par les éditions 10/18. Format poche. 376 pages. Traduit de l’anglais canadien par Hélène Hiessler.

 

 

Comment j’ai découvert Les étranges talents de Flavia de Luce :

  C’est un roman qu’on m’a offert à mon anniversaire voici six mois. Il était temps que je le lise ! Depuis le temps que je le voyais sur les tables de Mollat…

 

 

Une petite mise en bouche…

  Le lendemain matin, j’étais en plein travail au milieu des fioles et ballons quand Ophélia fit irruption dans mon laboratoire de chimie.
  – Où est mon collier de perles ?
  – Comment veux-tu que je le sache ? rétorquai-je en haussant les épaules.
  – Je sais que c’est toi qui l’a pris. Mes pastilles de menthe se sont volatilisées du tiroir à lingerie. Et j’ai remarqué que, dans cette maison, les bonbons finissent toujours dans ta sale petite bouche.
  Je réglai la flamme d’une lampe à alcool sur laquelle chauffait un vase à bec rempli d’un liquide rouge.
  – Si ma bouche n’est pas assez propre pour toi, je ne te retiens pas.
  – Flavia !
  – Sérieusement, j’en ai assez qu’on m’accuse toujours de tout, Fély.
  Ma juste indignation cessa dès l’instant où Ophélia se mit à loucher sur le mélange couleur rubis.
  – Qu’est-ce que c’est que ce truc collant, tout au fond ? demanda-t-elle en tapotant le verre du bout de l’ongle.
  – C’est une expérience. Attention, Fély, c’est de l’acide !
  – Mais ce sont mes perles ! blêmit Ophélia. Elles appartenaient à Maman !

 

 

Mon verdict :

  Dans Les étranges talents de Flavia de Luce, nous avons affaire à une singulière enquêtrice : Flavia a onze ans, est capable de concocter du poison quels que soient les ingrédients qu’elle aura sous la main, elle raffole des bonbons à la menthe et a horreur qu’on l’appelle « petite fille ». Une héroïne au charme inhabituel qui mènera les investigations à sa façon, pour le meilleur comme pour le pire. La narration, vous l’aurez vu plus haut, est au passé simple et à la première personne. J’apprécie peu le passé simple à la première personne : le côté précieux et très littéraire de cette conjugaison, couplé à ce pronom, enlève selon moi beaucoup à la spontanéité d’un roman, à son charme, et instaure une espèce de distance entre lui et le lecteur. C’est un avis personnel, évidemment. Mais Flavia a la langue bien pendue, un pragmatisme qui ferait froid dans le dos si elle avait été un peu plus âgée (là, il prête surtout à rire), aussi la distance du passé simple est finalement considérablement réduite par la complicité créée entre elle et nous.
  Tout le roman baigne dans une atmosphère aux accents surréalistes : le cadre de l’action est restreint, campagnard, et Flavia évolue dedans comme le ferait un héros de rpg (role playing game, un type de jeux vidéo). Elle va d’un lieu à l’autre avec sa fidèle Gladys, résout des énigmes, s’entretient avec divers personnages, et peu les contours de l’affaire se précisent, au même rythme à ses yeux qu’aux nôtres.
  En cela, ce roman adopte un style policier à la fois dans les normes et novateur : un cadavre est retrouvé dans le potager d’un vieux manoir, voici la police qui débarque, des secrets vieux de plusieurs décennies retrouvent leur actualité ; le coupable est soupçonnable car il fait partie des protagonistes, mais il est impossible de clairement pouvoir l’accuser du crime avant d’avoir découvert la totalité des fils de l’intrigue. Ainsi – et comme partout – l’histoire donne l’impression d’avoir été construite du début à la fin en toute connaissance de cause, sans que le lecteur puisse devancer l’enquêteur dans ses recherches – ce ne serait plus drôle… Mais tout le personnage de Flavia donne une énergie nouvelle à ce type d’enquête vue et revue, y apporte des péripéties nouvelles et une bonne dose d’humour pince-sans-rire qui n’est pas déplaisante, au contraire. A travers les yeux de Flavia, ce cadavre mystérieux n’est pas un drame, sinon un objet de curiosité bienvenu dans son quotidien trop monotone. Elle ne semble pas prendre l’affaire assez au sérieux, et pourtant, de par son ingéniosité et du deus ex machina à petites touches (pas assez pour que je puisse l’en blâmer), elle parviendra toujours à devancer les policiers dans leurs recherches. Seulement elle le fait plus pour se divertir que par réel sens de la justice…
  Le background des étranges talents de Flavia de Luce est très soigné, et je l’ai fortement apprécié. Il apporte énormément aux autres aspects du roman. C’est un milieu aristocratique, très précieux, presque intemporel : après tout, aucune date n’est clairement énoncée… C’est à nous de nous faire une idée de l’époque à laquelle a eu lieu cette histoire, et ce n’est pas plus mal. Ce flou quant à la période historique donne une dimension poétique supplémentaire à l’œuvre. Les thèmes des timbres et de la chimie sont très présents, et font partie intégrante de l’intrigue. Les timbres car ils sont liés au meurtre et aux vieilles histoires qui seront déterrées par Flavia au cours de ses recherches, et la chimie parce qu’elle en est fada, tout simplement, et qu’elle l’évoque à tout bout de champ. Cette omniprésence de la chimie aurait pu gâcher ma lecture (je suis une grande littéraire, allergique aux sciences) si elle avait été moins bien gérée. Mais le cas échéant, c’est une discipline intégrée si légèrement et si familièrement au fil des pages que ça ne m’a pas du tout rebutée, au contraire. Tout l’amour que Flavia ressent pour la chimie, elle qui semble si insensible à toute autre discipline, se ressent parfaitement à travers sa narration, et serait presque contagieux – je dis bien presque, j’ai mes limites. La philatélie est elle aussi utilisée à bon escient, par touches plus discrètes peut-être, mais ce sont deux thèmes atypiques qui sont ici mis en valeur et qui apportent beaucoup à l’originalité du roman.
  Pour tout vous dire, l’ensemble du livre est très calme : Flavia enquête mais jamais elle n’est confrontée à une quelconque violence tout au long de ses investigations. L’unique passage un peu brutal se situe à la fin, et c’est le dénouement ; une scène riche en émotions, pleine de tension. Je ne veux rien vous spoiler, mais elle entre dans un contraste très réfléchi avec le reste du roman. La violence affichée et la peur que ressent Flavia sont nettement perceptibles, malgré le flegme qu’elle s’efforce toujours d’afficher. Une idée remarquable que de créer cette opposition, pour renforcer l’intensité du final.
  Pour tout vous dire, je viens d’avoir une illumination : un parallélisme que je viens de découvrir, et qui me paraît désormais évident, criant de vérité : Les étranges talents de Flavia de Luce, on dirait une aventure du professeur Layton, tout simplement. Vous ignorez qui est Layton ? Il s’agit du héros d’une série de jeux d’énigmes sortis sur DS ; la série s’est terminée en 2013 avec son sixième opus, Professeur Layton et l’héritage des Aslantes (même si un cross-over avec Phoenix Wright est sorti un peu après, mais ça ne compte pas). La série des Layton, c’est mon enfance, clairement. Et c’est cette atmosphère si particulière que j’ai retrouvé dans le roman… Des PNJ (« personnages-non-joueurs ») aux allures d’hurluberlus, des énigmes pour toute action, des secrets de famille et une aventure sans violence qui contraste avec un final haut en couleurs, je suis sous le charme…
Je ne me permets pas de parler ici du style de l’auteur : c’est un roman traduit, aussi je me juge inapte à pouvoir le commenter avec justesse et efficacité.

 

 

Mes notes :

Le titre : 1/2 Un titre plus en lien avec l’intrigue aurait été préférable, plutôt que cette mise en valeur de l’héroïne.
La mise en page : 2/3
Le langage : 4/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 3/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
 
Total : 23/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

  Que dire de plus ? Ce n’est pas une lecture coup de cœur, mais j’ai passé des heures fort agréables aux côtés de Flavia. Une aventure pittoresque aux allures surréalistes, qui plairont à tous les publics.

 

 

Si tu as aimé Les étranges talents de Flavia de Luce, tu aimeras…

Les aventures du Professeur Layton, jeux d’énigmes à l’ambiance savoureuse sortis sur Nintendo DS et Nintendo3DS.
Le bizarre incident du chien pendant la nuit, roman de Mark Haddon.
Détective Conan, manga de Gôshô Aoyama.

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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