A la place du coeur, d’Arnaud Cathrine

 

A la place du coeur

 

Mon résumé :

  Janvier 2015. Caumes Artaud vient d’avoir dix-sept ans, le 6 janvier plus précisément. Il a fêté ça avec des amis et quelques bouteilles d’alcool ; à la fin de la soirée il a même eu droit, cadeau inespéré, à un doux baiser de la fille qu’il aime…
  Le lendemain il va en cours, pas très frais mais gai comme un pinson ; des retrouvailles toutes mignonnes avec sa nouvelle copine, quelques heures de cours lambda, la pause de midi… Vers 13 heures, Caumes reçoit un sms de son frère aîné, qui est journaliste à Paris : « Putain : Charlie ! « . Une erreur de destinataire, pense-t-il.
  Mais bien vite, la funeste nouvelle se répand et l’enfer commence.
  En trois jours, à peine, une foule d’événements se succèdent : des aventures d’amour et de mort… A Caumes de s’y retrouver et de ne pas se laisser submerger.


 

Publié en septembre 2016 aux éditions Robert Laffont. Format moyen. Nombre de pages encore inconnu (243 en épreuves non corrigées).

 

 

A la place du coeurJe vous donne tout de même un petit aperçu de la vraie couverture, faite à la main, n’est-ce pas sublime…


 

Comment j’ai découvert A la place du cœur :

  J’ai lu le roman en épreuves non corrigées, comme vous pouvez le voir sur la photo plus haut ; ces épreuves, je les ai eues grâce à ma participation au club lecture Ados de la librairie bordelaise Mollat.


 

Une petite mise en bouche…

  – Dans notre République, on a le droit de caricaturer tout le monde, dit Théo.
  – Voilà effectivement la problématique essentielle : d’un côté, la tradition française qui a toujours fait place à la caricature et, de l’autre…
  – Les musulmans choqués, dis-je.
  Et je lance un regard aussi discret que possible vers Hakim qui flippe sa race depuis tout à l’heure, je le sens bien.
  – Oui. Et puis, il y a les terroristes islamistes qui s’en servent de prétexte pour semer la terreur, hélas, conclut Mme Barsacq. Y a-t-il d’autres éléments que nous aurions omis pour votre compréhension de la situation ?
  – Madame, en fait ils l’ont bien cherché, Charlie Hebdo !
  – C’est une question ou une affirmation, Claire ? Tu as suivi ce qu’on vient de dire ou quoi ?
  Mme Barsacq se lève et passe derrière le bureau, signe qu’on est repartis pour le grand sommeil.
  – Pour finir, je vous pose cette question : pourquoi suis-je contre vous voir passer des heures devant les chaînes d’info en continu ?
  – Parce que c’est des mythos, dit Kevin.
  – Non, pas du tout.
  Kevin, mouché, la défie du regard.
  – Je fais partie d’une génération qui a vu les tours du World Trade Center à New York s’effondrer en direct à la télévision, dit-elle.
  Un silence particulier enveloppe la classe brusquement.
  – Nous avons été des milliers à passer des heures incalculables à voir et revoir ces images affreuses. Alors je ne dis pas qu’il n’aurait pas fallu les voir, mais rester des heures aimanté devant l’écran finit par tout « déréaliser ».
  – C’est quoi Madame, « déréaliser » ? demande Hakim qui intervient pour la première fois.
  – Le réel finit par se transformer en un film à suspense, Hakim. Et je ne crois pas que ce soit la meilleure façon pour comprendre le monde et la gravité des choses.


 

Mon verdict :

  J’ai beaucoup entendu parler d’A la place du cœur avant sa sortie, via les réseaux sociaux, car sa couverture a été faite à la main, au crochet ; très beau n’est-ce pas ? Le sens de ce titre m’échappe toujours, par contre. Ça doit être une petite référence à un passage du livre que j’aurais survolé.
  Le début du roman laisserait à présager une énième histoire des premières amours lycéennes, entre un adolescent un peu paumé et une jeune fille idéalisée ; au fil de leurs aventures, le damoiseau gagnerait un nouveau niveau de conscience… Ce genre de roman marche bien, ceci dit. Mais A la place du cœur a ça de particulier qu’il nous conte une belle histoire d’amour et de mort : les deux aspects se côtoient, parfois violemment, pour le meilleur et pour le pire. Il y a là tout le paradoxe pour Caumes de vivre sa première vraie histoire d’amour au moment où la France entière est en état de choc, aux prises avec des événements hors du commun qui plongent les mentalités dans un cauchemar diffus. L’amour doit avoir une saveur bien particulière dans ce genre de contexte. Il est rare de trouver un roman aux thèmes aussi divergents qui se complètent aussi bien ; l’amour et le drame s’équilibrent étrangement dans l’histoire, et chacun apporte sa part de sensibilité. Le premier amour, nous devons tous l’avoir vécu ; quant aux événements du 7 janvier 2015, c’est aussi le cas, bien que cela nous réjouisse moins. Le réalisme du roman est accentué par cette impression de déjà-vu, nos propres ressentis qui se mêlent à ceux de Caumes et qui donnent plus d’intensité encore à notre lecture.
  L’histoire commence le 6 janvier et s’achève le 10. Nous suivons le quotidien de Caumes avant, pendant et après l’attentat Charlie. Une manière efficace de nous montrer de quelle manière sa vie de tous les jours sera perturbée, à quel rythme et avec quelle conséquence. La façon dont Caumes découvre le drame est d’ailleurs, à mon sens, très révélatrice sur ce qu’on reprocha aux médias quant aux attentats, mais je ne dirai rien de plus pour ne pas spoiler, c’est tout de même un passage assez important. Et ce qu’a vécu Caumes est très réaliste, quand bien même l’auteur n’a plus vraiment l’âge d’aller au lycée, il a su trouver et retranscrire avec justesse ce que ressent un adolescent dans ce genre de situation.
  Du reste, le vocabulaire du roman est assez particulier. Adapté au jargon de nos jeunesses encore scolarisées, on y retrouve des expressions typiques qui seront, peut-être, un peu compliquées à saisir pour les novices, mais également une bonne dose de vulgarité qui pique un peu les yeux… Des mots forts crus qui reviennent un peu trop régulièrement à mon goût – s’il se passe vraiment tout ça dans la tête de la gent masculine de mon âge je m’inquiète un peu pour eux –, c’est pour moi le principal souci du roman.
  Je suis bien obligée de parler de la fin du roman, mais je dois m’astreindre à des mots voilés, pour ne rien vous gâcher des derniers événements… C’est que ceux-là, bien que liés à l’affaire Charlie, n’ont pas fait le tour du pays. A mon sens, ils furent même plus puissants et plus durs que les malheurs du 7 janvier ; quelque chose de plus local mais tout aussi inadmissible si ce n’est plus, qui toucha directement Caumes et son entourage. Quelque chose qui tient une place à part dans le roman mais dont je ne peux parler librement…


 

Mes notes :

Le titre : 1/2 Le fait de ne pas avoir pigé la référence du titre a un peu gâché mon appréciation.
La mise en page : 2/3 Difficile de juger de la mise en page vu que je ne dispose que des épreuves non corrigées… J’enlève tout de même un point pour la forme des dialogues, que je n’apprécie guère ; pour ça, je suis assez puriste.
Le langage : 2/4
La nature : 1/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
 
Total : 23/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

CQFD :

  A la place du cœur est un roman d’une grande justesse, qui n’hésite pas à jouer la carte de la brutalité pour émouvoir son lecteur. Un bon moyen de se remémorer les attentats Charlie – ce n’est pas quelque chose qu’il faut oublier… – avec un roman young adult aux puissants ressentis.


 

Si tu as aimé A la place du cœur, tu aimeras…

Samedi 14 novembre, de Vincent Villeminot.
Macha ou l’évasion, de Jérôme Leroy.


 

Bonus :

Le blogueur Nathan a réalisé une petite interview d’Arnaud Cathrine. Clique ici pour la découvrir !


 

Amitiés,
Shishi et Chinmoku.

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