W.A.R.P., d’Eoin Colfer

 

W.A.R.P.

 

Mon résumé :

  Riley vit au XVIIIème siècle ; apprenti et fils adoptif de Garrick, assassin fantaisiste aux allures d’illusionniste, il mène une vie difficile. Son maître le forme bon gré mal gré au double métier de magicien et de tueur ; Riley l’a en horreur, mais à chacune de ses tentatives pour le fuir, Garrick le rattrape toujours et le ramène de force dans leur repère…
  Après des années d’enseignement, voici le moment venu pour Riley de commettre son premier meurtre. Il s’apprête à achever un vieil homme alité, Garrick le surveille, un peu en retrait… Mais l’irrationnel s’en mêle, pour le plus grand malheur de Riley.
  Le jeune garçon se retrouve… à Londres, au XXIème siècle, dans les locaux du FBI. Par quelle magie ? Il a emprunté sans le savoir un « trou de ver », un passage scientifiquement créé entre deux époques de l’Histoire humaine. Déboussolé, perdu trois cents ans après son ère, il rencontre Chevron Savano, jeune agente du FBI chargée de surveiller le trou de ver. Tous deux se retrouvent en fuite, coursés par le diabolique Garrick qui a suivi Riley dans le passage temporel, et qui est bien décidé à s’emparer des nouvelles technologies pour régner en maître sur le siècle victorien…


 

Publié aux éditions Gallimard en 2014. Gros format. Traduit en français par Jean-François Ménard.

392 pages pour les épreuves non corrigées, mais je pense que la mise en page est restée la même dans la version définitive. Trois tomes sortis, en grand format et en poche. Titre du tome 1 : Assassin malgré lui.

Coût : 18, 50€ en grand format.


 

Comment j’ai découvert W.A.R.P. :

  Ce roman-là a passé plus d’un an dans ma PAL… Je m’y suis finalement attaquée pour le Challenge de la Coupe des 4 Maisons. Des épreuves non corrigées datant de 2014, ça ne fait pas très sérieux.


 

Une petite mise en bouche…

  – Miss, il faut me détacher avant qu’il arrive.
  Chevie prit une chaise en fer, la fit tourner sur un pied et s’assit, les coudes appuyés sur le dossier.
  – Ah oui, le fameux « Il ». La mort ne personne, c’est ça ? Il est la Mort et la Mort vient vers nous. Le croquemitaine.
  – Non, pas le croquemitaine. Garrick existe en chair et en os. C’est lui qui a effacé le vieux à sang jaune et nous aussi, il va nous effacer si on ne met pas un peu de vent dans les voiles pour filer d’ici et d’abord, où est-ce qu’on est ?
  Chevie eut presque pitié de ce gamin crasseux jusqu’à ce qu’elle se souvienne du moment où elle l’avait vu pour la première fois.
[…]
– Ah oui, Garrick. M. La-Mort-en-personne. Ou peut-être M. Personne tout court.
  – Vous vous moquez de moi, miss. Vous me prenez pour un menteur.
  Chevie se renfrogna.
  – Arrête de m’appeler « miss », petit, tu me donnes l’impression d’être grand-mère. Appelle-moi agente Savano. Et ne va pas croire qu’on est devenus copains, tous les deux, j’essaie simplement d’être polie et je ne veux pas te juger avant de connaître les faits. Pour répondre à ta question, de géographie, nous sommes à Londres, en Angleterre.
  Le garçon fut manifestement perturbé par la nouvelle.
  – Londres, vous dites ? C’est vrai, ça ? Alors il est déjà là. On n’a plus le temps, agente Sa-va-no. Il faut qu’on s’en aille.


 

Mon verdict :

  On connaît surtout Eoin Colfer pour sa fantastique saga Artemis Fowl, publiée chez Gallimard voici des années. Il est revenu discrètement avec W.A.R.P., mais je crois que la série ni fit jamais autant de bruit qu’Artemis.
  Dans W.A.R.P., nous avons droit à la recette explosive et très traditionnelle du voyage dans le temps, avec des courses poursuites endiablées et des personnages originaux à la clé. Franchement, je m’attendais à une lecture moyenne voire médiocre, au vu de la quatrième de couverture, et du titre lui-même. Mais j’ai été agréablement surprise par la qualité du tout. Je n’ai même aucun défaut majeur à pointer du doigt ; que des qualités ou presque.
  Déjà, je me dois de développer sur les personnages. Tous respectent parfaitement les clichés du genre, mais le grain d’Eoin Colfer est passé par là : ils se démarquent subtilement grâce à leurs comportements, alors que leur personnalité prise à part est on ne peut plus stéréotypée. Exceptée Chevron/Chevie peut-être, qui innove un peu question protagoniste, sans quoi l’auteur a ostensiblement repris tous les bons ingrédients des héros de roman ado fantastique pour son œuvre. Chevron est très impulsive, sûre d’elle et cela lui porte parfois préjudice ; jeune « agente » du FBI, on apprend assez vite que son titre n’est en fait que mensonger, et qu’on l’a qualifiée d’agent principalement pour son amour-propre. Rompue aux arts de combat, très bonne élève malgré sa langue bien pendue, elle est l’archétype de la brave militaire prête à tout pour respecter son code d’honneur, quelles que soient les circonstances (un voyage dans le temps, en l’occurrence). Pas grand-chose à dire sur Riley, j’ai souvent eu l’impression qu’il fait très pâle figure à côté de Chevron, un peu comme un faire-valoir, mais le terme est peut-être un peu fort. C’est en tout cas une belle paire de héros, équilibrée, et tous deux sont si différents l’un de l’autre qu’il est plus facile de s’identifier à eux.
  Et maintenant, Garrick, Garrick le grand méchant bien manichéen qui a un sombre passé pour seul élément visant à lui attirer la sympathie du lecteur. Un personnage merveilleux, outrageusement cheaté je l’avoue, mais découvrir l’étendue de ses capacités brusquement augmentées (je ne vous spoile rien dans le détail) fait peur au lecteur et le pousse à remuer ses méninges pour tenter de deviner comment Chevron et Riley pourront lui échapper. Garrick a une psyché complexe, ses manières de tueur couplées à ses tours d’illusionnistes rendent les scènes de combat juste délicieuses pour tout lecteur amateur des mises en scène dramatiques et cruelles. C’est dans Garrick que j’ai le mieux senti l’influence de l’auteur d’Artemis Fowl : un esprit torturé, cynique et sadique, accro aux mises en scènes de ses crimes. Mais Eoin Colfer a su réutiliser cette recette de personnalité sans tomber dans le plagiat de sa propre œuvre, en restant original, en s’en inspirant discrètement comme un clin d’œil aux fans de longue date. Garrick, mon perso coup de cœur, vous dis-je. Un méchant très intéressant.
  L’intrigue, je ne vous fais pas un dessin, est à mon sens parfaitement maîtrisée. L’histoire commence dans le feu de l’action, puis on se laisse porter d’une aventure à une autre avec quelques temps de repos bien dosés, et le combat final est à la hauteur des attentes portées tout au long du roman. Des décors variés, tant au XXIème siècle qu’au XVIIIème, des personnages secondaires hauts en couleurs… Mention spéciale à Tibor Charismo, mon second coup de cœur (je ne sais qui je préfère entre lui et Garrick). Le manichéisme,  il est vrai, tient une place assez importante dans l’histoire, mais ce n’est pas pesant du tout. Plus un simple repère pour le lecteur.
  Je vous le dis cash, pas d’histoire d’amour entre nos deux héros. Cela je ne peux le taire, ça m’a fait si chaud au cœur ! Tout au plus une amitié qui se consolide au fil des aventures, et en résulte une relation fraternelle. Développement intéressant encore une fois, l’auteur a échappé aux clichés du genre, à savoir le couple vaseux que tout le monde a senti venir dès les premières pages.
  L’humour est léger mais bien présent. Pas de situation particulièrement comique, sinon les réactions des personnages et leurs dialogues croustillants ; encore une fois, une caractéristique qui s’était déjà remarquée dans les romans Artemis Fowl.
  Et enfin, je veux parler un peu de l’écriture. Je me le permets rarement pour les romans étrangers que j’ai lus en VF, tout bonnement parce qu’analyser une traduction ne m’enchante pas des masses, mais ici je souhaite souligner le style qui est concis, efficace, qui dessert à merveille l’intrigue mouvementée du roman. J’ignore si c’est dû à la traduction néanmoins. Et, dernier petit détail, le vocabulaire oral datant du XVIIIème siècle est parfaitement maîtrisé. Les paroles de Riley quand il est au XXIème siècle créent un réel décalage avec son environnement, ce que les autres personnages ne manquent pas de lui reprocher : expressions, comparaisons ou raccourcis de langage, question crédibilité nous sommes servis.


 

Mes notes :

Le titre : 1/2 Assassin malgré lui, je trouve ça assez moyen.
La mise en page : 2/3
Le langage : 4/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
 
Total : 24/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//


 

CQFD :

  Un roman classique mais très prenant ; on retrouve quelques codes d’Artemis Fowl avec une bonne dose de nouveauté. De l’aventure, de la science-fiction aux allures de magie et des personnages très intéressants, pour moi, c’est une réussite.

 

 

Si tu as aimé W.A.R.P. – Assassin malgré lui, tu aimeras…

Artemis Fowl, d’Eoin Colfer
Les Héritiers de l’Aube, de Patrick McSpare


 

Amitiés,
Shishi et Chinmoku.

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