Les Guerres du miroir, de Frank Beddor

 

Les Guerres du miroir

 

Mon résumé :

  Alyss de Cœur a sept ans. Elle est l’héritière du Pays des Merveilles, un monde fantastique que se partagent Chenilles devineresses, Maravilliens et membres de la Chapellerie, la prodigieuse garde royale. Elle est détentrice d’une imagination extraordinaire, de loin supérieure à celles de ses futurs sujets, qui lui confère des pouvoirs incroyables : tout ce qu’elle imagine prend vie dans la seconde…
  Le Pays des Merveilles se relève d’une guerre civile sans précédent, qui a opposé les familles de Trèfle, de Carreau et de Pique ; et même après le retour de la paix il règne au Pays des Merveilles une atmosphère un rien pesante – annonciatrice de nouveaux malheurs en devenir ?
  Le roi Arch, dirigeant d’un royaume voisin du Pays des Merveilles, et Redd, la diabolique tante d’Alyss exilée depuis des années, complotent dans l’ombre, et l’harmonie du Pays ne sera bientôt plus qu’un vague souvenir… Le jour de l’anniversaire d’Alysse, la capitale est attaquée par des Jeux de Cartes avides de sang. Pour être épargnée, Alyss est envoyée par le Chapelier Madigan dans l’Etang des Larmes, un point de passage entre le Pays des Merveilles et notre monde.
  Londres, 1872. Alice Liddell vit dans notre monde depuis treize ans maintenant. On l’a longtemps traitée d’affabulatrice quand elle contait les aventures et mœurs du Pays des Merveilles, qu’elle se prétendait princesse de Cœur et qu’un jour elle rentrerait dans son royaume… Elle s’est assagie après que son confident de l’époque, le révérend Dodgson, ait écrit un livre ridicule, sous le pseudonyme de Lewis Caroll, en déformant atrocement les souvenirs personnels d’Alice.
  Aujourd’hui c’est une jeune femme respectable et cultivée, d’agréable compagnie, mais son passé et le Pays des Merveilles sauront la rattraper et la rappeler à son rôle de future reine…


 

Trilogie éditée chez Bayard Jeunesse de 2006 à 2010. Grand format. Tome 1 : 353 pages. Tome 2 : 349 pages. Tome 3 : 368 pages. Un ensemble très équilibré ! Traduit de l’anglais états-uniens par Danièle Laruelle.


 

Comment j’ai découvert Les Guerres du miroir :

  La trilogie coule des jours heureux dans les étagères d’une bibliothèque que je visite régulièrement. Avec pareil titre et d’aussi belles couvertures, je n’ai pas tardé à m’intéresser de plus près à la série, pour mon plus grand bonheur…


 

Une petite mise en bouche :

  – Tu seras la reine la plus puissante de tous les temps, prédit-elle [Geneviève] à sa fille. Ton imagination fera l’orgueil de ce pays. Mais tu devras travailler dur pour la mettre au service des principes fondateurs de la dynastie des Cœurs : l’amour, la justice et le devoir envers le peuple. Une imagination indisciplinée est pire que pas d’imagination du tout, car elle peut causer plus de dégâts. Rappelle-toi ce qui est arrivé à ta tante Redd.
  – Je sais ! fit Alyss, boudeuse.
[…]
  Soudain, une paire de bottes appartenant au roi Nolan vint flotter derrière la porte du balcon, avant d’entamer une petite danse sous les yeux de la princesse morose. La reine ne put que constater, une fois de plus, l’extraordinaire imagination de sa fille.
  – Alyss !
  Son intonation incita la fillette à interrompre sa rêverie. Les bottes retombèrent sur le sol.
  – Tout est dans ta tête, soupira Geneviève. N’oublie jamais cela, Alyss : quoi qu’il arrive, tout est dans ta tête.


 

Mon verdict :

  C’est un remix d’Alice au pays des Merveilles si original que je me devais obligatoirement de vous le faire connaître. Les trois tomes sont respectivement appelés Alice en exil, Le spectre de la reine et La conspiration des Oracles.
  Génial, ce roman-là. Je publie cette chronique alors que je l’ai écrite voici bien un ou deux ans, mais cette lecture est restée imprimée au fer dans ma mémoire. L’univers d’Alice est très à la mode ces dernières années, ça fait daaark de l’aimer (sérieusement, parmi les fans, qui a vraiment lu le bouquin ?), mais il faut reconnaître que de beaux bijoux ont vu le jour grâce à cette hype. Et encore, Les Guerres du miroir sont sorties en 2006, ce qui me laisse penser que Frank Beddor fut un précurseur de la mode actuelle.
  Tous les personnages du livre original ont été revus de manière à mieux s’adapter à l’intrigue un peu plus trash de ce remake. Franchement, je trouve la tante Redd bien plus appréciable que la Reine de Cœur originelle. Sans compter les éléments qui ont été rajoutés à cette nouvelle version, la Limitrophie, la Bêtasauvagie, le roi Arch, Dodge… Autant de noms d’oiseaux pour vous, c’est certain, mais ne font-ils pas terriblement exotiques ?
  Il est mieux, je pense, d’avoir lu Alice au pays des Merveilles avant Les Guerres du Miroir, pour mieux apprécier cette série (nota bene, c’est mon cas). On voit mieux de quelle manière Frank Beddor a réutilisé les éléments de l’œuvre de Lewis Caroll, c’est un bonus non négligeable dans la lecture. D’autant plus qu’Alyss a un caractère assez semblable à celui d’Alice Liddell, ça doit être fait exprès. Alyss a néanmoins gagné un petit côté Mary-Sue qui ne me plaît guère : des pouvoirs cheatés, égérie de tout un peuple, elle n’a pas de défauts majeurs, sinon son caractère bien trempé. Un peu dommage, mais ça reste dans les limites du tolérable, rien de comparable avec Tara Duncan par exemple.
  Nous découvrons dans Alice en exil un univers riche et plein de surprises, foisonnant d’imagination et de drôleries, mais menacé par un terrible péril… Et le fabuleux Pays des Merveilles vire vite au cauchemar, envahi par les Jeux de Cartes de Redd la renégate et la guerre civile. Ce contraste m’a plu car il est très bien dosé, ce qui fait que malgré l’apparente innocence de cet univers on comprend très bien qu’il peut basculer à tout moment, et cette sensation de désastre imminent ravit notre soif de suspense. Tout en s’appuyant sur une œuvre déjà existante, et culte de surcroît, Frank Beddor a parfaitement su tirer son épingle du jeu pour nous concocter une intrigue radicalement différente de l’originale, avec tenants et aboutissants indépendants de l’univers dont il s’inspire, tout en conservant une admirable harmonie entre inspiration et innovation. Un pur délice pour tous les amateurs de fantasy.
  J’ai préféré les tomes 2 et 3 au premier, sûrement parce que le premier livre est surtout composé de la vie d’Alice dans notre monde, et de beaucoup de baston pour reprendre le Pays des Merveilles aux mains ennemies. Alors que les deux suivants sont plus subtils, nous permettent d’en apprendre plus sur le Pays et ses environs. Il y a beaucoup de combats dans le premier volume, mais les actions sont plus variées et intéressantes par la suite.
  Il n’y a somme toute pas beaucoup de mystère dans l’intrigue, on sait très vite où les personnages veulent en venir, et ce sont les péripéties qui rendent le contenu intéressant. Il y a vraiment beaucoup de personnages, on peut avoir parfois du mal à s’y retrouver, d’autant que certains peuvent difficilement être représentés mentalement (le personnage de la Tour, des esprits-chiens, des Jeux de Cartes…) comme malgré leur physique qu’on devine inhabituel ils ne sont jamais décrits dans l’histoire. Tant mieux, ainsi chacun est libre d’imaginer ce qu’il croit. Certains sont  parfois un peu trop brouillons ; mais vu leur nombre, difficile de tous les développer. Même dans l’œuvre originale, ils prolifèrent et rivalisent d’incongruité : on comprendra que Frank Beddor ait préféré se limiter à l’essentiel.
  En parlant d’imagination, je vais revenir sur les pouvoirs d’Alyss et des habitants du Pays des Merveilles : ce qu’ils imaginent prend aussitôt vie, avec plus ou moins de succès selon leur puissance évidemment. Une capacité bien pratique et que l’on pourrait même juger un peu cheatée (j’en ai parlé plus haut pour Alyss), puisqu’avec un don pareil les protagonistes devraient être capables de faire à peu près tout ce qui leur chante… Néanmoins, comme les deux camps ennemis possèdent cette arme, les forces s’équilibrent forcément, et l’Imagination est surtout un petit plus pour les scènes de combat, qui les rend encore plus folles et attrayantes.
  Cet aspect fou et déjanté, omniprésent dans Alice au pays des Merveilles, est toujours présent dans Les Guerres du Miroir mais prend une autre résonance. Je veux dire par là qu’il sonne plus sérieux, plus crédible, plus grave. Il sert à merveille l’intrigue plus sombre de la série, tout en s’y mariant parfaitement, rendant l’histoire plus originale encore, par le contraste constant de la guerre et de ces détails enfantins. Nous connaissons tous l’histoire d’Alice au pays des Merveilles, via le livre ou les films, et nous comparons automatiquement la VO avec ce remake, d’où ce constat. Pour ma part, je crois bien que je préfère Les Guerres du Miroir
  Un petit paragraphe tout de même sur les Imaginations Noire et Blanche, soit les magies noire ou blanche vous l’aurez compris, qui régissent le Pays des Merveilles. Les valeurs de l’Imagination Blanche m’ont parues un chouia poussées à l’extrême, tant elles prônent l’amour, la joie et la justice, d’une manière un peu trop naïve. Tout le contraire de l’Imagination Noire, et ce manque de subtilité m’a un peu déçue il est vrai, même si le personnage de Dodge peut amener un peu d’ambiguïté entre ces deux aspects du pouvoir. Pas suffisant, à mon avis. C’est beaucoup de manichéisme pour un univers somme toute assez sombre, qui aurait mérité plus de nuances dans son éthique.


 

Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 2/3
Le langage : 4/4
La nature : 2/2
Le thème : 2/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 5/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 1/3 Pas assez de descriptions, même si c’est un parti pris de l’auteur. Les paysages auraient mérité davantage d’explications. Nous n’avons même pas de carte, malgré la complexité de l’univers présenté.
Le plaisir de la lecture : 2/3
 
Total : 23/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//


 

CQFD :

  Les Guerres du miroir ne datent plus d’hier mais je me porte garante de leur qualité. Une lecture un chouia trop manichéenne mais pleine de charme, un univers complexe et des personnages attrayants. Pour moi, c’est un pur chef-d’œuvre. Je ne suis pas loin du coup de coeur (je suis très difficile en coups de coeur !).


 

Si tu as aimé Les Guerres du miroir, tu aimeras…

Alice au Pays des Merveilles, de Lewis Carroll. Mais j’enfonce certainement des portes ouvertes en mentionnant le roman ici.
Alice Madness Returns, jeu vidéo d’horreur sur PC. Attention, il est déconseillé aux moins de 18 ans ! Des graphismes hallucinants, une intrigue glauque à souhait, et de nouveau l’univers d’Alice est admirablement revisité… Un petit aperçu de ce bijou ?


 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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