Et je danse, aussi, d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

 

Et je danse, aussi

Mon résumé :

  Le 24 février 2013, Pierre-Marie Sotto, célèbre écrivain pressenti pour le Nobel, reçoit une épaisse enveloppe au contenu inconnu, expédiée par une certaine Adeline Parmelan dont il ne sait rien. Pierre-Marie entre en contact avec elle grâce à son adresse mail indiquée au dos de l’enveloppe et l’informe qu’il ne lit jamais les manuscrits envoyés par ses lecteurs. Et Adeline de répondre qu’elle s’en trouve fort déçue, mais que son colis est loin d’être ordinaire…
  Ainsi démarre une étrange correspondance, qui se construit presque malgré eux, d’abord autour de ce paquet envoyé – dont Adeline refuse de dévoiler le contenu – mais qui dévie rapidement sur leurs vies respectives, et sur tout un tas de futilités qu’ils échangent sans même y penser ; et ainsi, de message en message, en viennent-ils à se créer sans le vouloir une singulière complicité.
  Mais tandis qu’ils se dévoilent, qu’ils affabulent, qu’ils multiplient les « poussins perdus en bord de route », l’ombre de l’enveloppe mystérieuse ne les lâche pas ; sera-ce elle qui finira par réduire en miettes la belle idylle dans laquelle ils se complaisent désormais ?

 

rr

Roman publié en 2015 aux éditions du Fleuve (désormais disponible en poche aux éditions Pocket). Format moyen. 280 pages.

Coût : 18, 90€.

 

rr

Une petite mise en bouche…

De : Adeline
A : Pierre-Marie
Le 27 février 2013
 
Cher Pierre-Marie,
On peut dire que vous avez l’art de souffler le chaud et le froid ! D’ailleurs, je me suis réveillée ce matin avec un gros rhume, il n’y a pas de hasard. Cela dit, je ne veux pas vous faire porter le chapeau : ce coin de campagne où je me trouve « cloîtrée » (je vois que la pesanteur de mon adresse je vous a pas échappé, et je regrette de ne pas avoir eu votre clairvoyance avant de m’installer ici il y a neuf ans) est particulièrement humide. […]
  Ainsi donc, vous n’allez pas me renvoyer mon enveloppe tout de suite ? Je ne sais plus quoi dire. Enfin, si : pour l’instant je préférerais qu’elle reste là où vous l’avez mise.
  Votre image d’os m’a beaucoup fait rire. Personne ne m’avait jamais comparée à un os. Le portrait que j’ai fait de moi est hélas parfaitement fidèle… Durant toute mon adolescence, j’ai souffert du regard cruel de mes « camarades » de classe.
[…]
Si vous avez une autre insomnie, faites-le-moi savoir : je fabrique des tisanes formidables pour soigner à peu près tout.
 
Votre « os »,
Adeline Parleman

 

rr

Comment j’ai découvert Et je danse, aussi :

  Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat sont des auteurs de littérature jeunesse reconnus ; un roman écrit à quatre mains, ça promettait d’être explosif ! J’ai néanmoins beaucoup attendu avant de le lire, à cause des priorités imposées par ma PAL, d’un tas de petites broutilles du quotidien… Et puis parce que j’oubliais systématiquement de l’emprunter à la bibliothèque, aussi, accessoirement. Je l’ai finalement emprunté un an après avoir décidé de le lire (glups), mais mieux vaut tard que jamais, et si j’avais su, je n’aurais pas attendu aussi longtemps.

 

rr

Mon verdict :

  Un roman écrit par Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, ça promettait un cocktail explosif ! Un jour et sans préméditation, Mr Mourlevat envoya à Mme Bondoux le premier message de Pierre-Marie, et ainsi débuta leur échange (presque de rp (role playing) pourrais-je dire), qui alla jusqu’à détourner Anne-Laure Bondoux du projet de roman sur lequel elle travaillait à ce moment-là. Ils ne se sont pas concertés pendant une bonne partie de leur écriture, jusqu’à l’intervention des premiers personnages extérieurs je crois – ils étaient intervenus dans une librairie pour parler d’Et je danse, aussi et expliquer sa genèse, mais cela remonte et j’ai oublié les détails.
  Rien que le procédé d’écriture donne très envie de découvrir le roman ; jusqu’où leur plume a bien pu les mener, dans ce cadre d’improvisation où il leur fallait essentiellement se fier à leur partenaire ? J’ignore s’ils se sont concertés pour organiser la fin de l’aventure (car c’est un roman à suspense de surcroît !) mais ils ont pris énormément de liberté tout au long du roman et cela se sent. Toute l’histoire est portée par deux écritures de genres divergents, complètement décomplexées. Ce projet un peu fou est passé d’un délire entre amis à un véritable ouvrage publié.
  Les romans épistolaires ont ça de particulier qu’ils parviennent à faire passer toute une histoire uniquement par des messages interposés. En somme, pas de narration, rien que du dialogue ! Fortiche, non ? Et les romans épistolaires écrits à quatre mains, je ne vous fais pas un dessin, ça doit être un véritable plaisir à mener comme aventure… Mais au lieu de chanter sans cesse les louanges d’Et je danse, aussi, je vais davantage me centrer sur de l’analyse. Sinon, ce n’est guère intéressant…
  Nous avons affaire à des personnages du quotidien, qui ne se dévoilent que par leur prose : nous ne disposons que de descriptions physiques ou caractérielles subjectives, qu’elles viennent de l’un ou de l’autre, et cela leur confère, à mon sens, une grande humanité. Ici, pas de point de vue de l’auteur extérieur à ses protagonistes, qui les décrit à son lecteur tels qu’il les visualise. Les personnages se présentent eux-mêmes et sans la moindre intervention extérieure. Le résultat est criant de crédibilité et donne une grande sensibilité au roman. Adeline se trouve passablement moche ; Pierre-Marie est complètement blasé de sa propre vie et ne trouve plus goût à l’écriture ; Adeline s’attache davantage aux biens matériels que Pierre-Marie qui estime sa vie déjà bouclée ; autant de petits détails qu’ils énoncent avec clarté ou bien que nous devinons en lisant entre les lignes, des subtilités qu’eux-mêmes semblent ignorer sur leur propre personnalité (et pour cause, ils ne sont pas omniscients, ce sont des gens ordinaires !). Au-delà de l’humour du roman et de l’évolution de l’intrigue, il est aussi important de considérer l’évolution des personnages grâce à ce genre d’éléments, les interactions qu’ils ont et les répercussions sur leur comportement, conscientes ou non encore une fois. Je m’identifie avec peine parce que les protagonistes ne me ressemblent pas du tout, tant physiquement que mentalement, mais le roman se classe dans la littérature adulte, et j’imagine qu’il doit s’avérer absolument croustillant pour un lecteur qui compte plus de points communs avec nos héros.
  Pierre-Marie le dit lui-même dans l’un de ses premiers courriers : dans cette correspondance, il se sent complètement libre, loin des rigueurs ou de la pression qu’il s’impose quand il écrit un roman. Cette souplesse de style qu’ont adoptée les auteurs, qu’ils traduisent à travers la plume de leurs avatars, donne au roman des tons décontractés, décomplexés comme je l’ai dit plus haut ; aucune pression, juste une incroyable liberté d’expression, tant dans le fond que dans la forme. C’est si bon de lire un roman si singulier, avec cette prose farfelue, aux accents personnels qui varient au gré des narrateurs…
  Et puis l’humour, damn. Et je danse, aussi est indéniablement un roman humoristique, bien que la dimension burlesque y soit modérée et sous-jacente. Certains m’ont dit s’être tordus de rire durant leur lecture ; ce ne fut pas mon cas, mais je pense que c’est dû à une différence de niveau d’humour. Le mien ne vole pas très haut, vous savez. Plus c’est débile, plus je me marre, or ici, il s’agit davantage d’un humour subtil que clairement affiché en tant que tel. L’incongruité d’une situation, les termes employés par l’un ou par l’autre des héros, les sentiments stimulés ou le fait de découvrir les émotions d’un personnage d’un point de vue totalement extérieur (Lisbeth est excellente pour ça !), autant de petits messages légers qui m’ont mise de bonne humeur sans me sembler hilarants.
  Et pourtant, le roman n’est pas drôle H24. La mystérieuse enveloppe envoyée par Adeline, véritable épée de Damoclès, se balance au-dessus de leurs têtes ingénues pendant une bonne partie du roman, au point que parfois on l’oublierait presque pour mieux goûter à la douceur de leurs courriers… Les fils de l’intrigue se tissent à notre insu, et quand le problème ressurgit, toujours entier mais plus oppressant que jamais, il est déjà trop tard. A nous de mesurer toute la gravité supposée de son contenu grâce au comportement d’Adeline, et de craindre que Pierre-Marie finisse par l’ouvrir. Que découvrirait-il à l’intérieur ? Serait-ce suffisant pour saborder la belle amitié qu’ils se sont créée par messages interposés ? Je ne vous dis rien, évidemment, mais croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle.

 

rr

Mes notes :

Le titre : 1/2 Un joli titre, très poétique tout ça tout ça, mais question rapport avec l’histoire je reste un peu sur ma faim.
La mise en page : 3/3
Le langage : 3/4
La nature : 1/2 Que de l’épistolaire, donc pour « l’équilibre entre le récit et les dialogues », on repassera.
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 5/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
 
Total : 24/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

rr

CQFD :

  Et je danse, aussi est un parfait équilibre entre humour, gravité et délicatesse. Un quasi-sans-faute pour moi. Je recommande absolument, surtout aux adultes, qui y trouveront davantage leur compte que des ados, grâce à l’identification notamment. Certes, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat ont gagné leur célébrité avec leurs romans ados (qui peuvent, pour la majorité, se lire à tous les âges de toute façon), mais même si ici l’ambiance est décidément plus à la littérature adulte, tout le monde y trouvera son compte d’une manière ou d’une autre.

 

rr

Si tu as aimé Et je danse, aussi, tu aimeras…

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais
Terrienne, de Jean-Claude Mourlevat

 

rr

Bonus :

Explications sur mon système de notation des romans

Ma chronique de La Princetta et le capitaine, d’Anne-Laure Bondoux (attention les yeux, la chronique est vieille, ne vous fiez pas à la date de publication affichée)

 

tr

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

 

Publicités

4 commentaires sur “Et je danse, aussi, d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s