Samedi 14 novembre, de Vincent Villeminot

Salutations.

Sameid 14 novembre

Mon résumé :

  Vendredi 13 novembre, au soir, terrasse de café lambda dans la rue Bichat. B., jeune homme de presque vingt ans, fête son anniversaire en avance avec son grand frère Pierre. Il est face à la rue, il voit la voiture noire s’arrêter devant la terrasse, deux hommes armés en sortir… Ces quelques secondes d’avance sur les premiers tirs, qui lui permirent de se jeter sous sa table, furent-elles celles qui lui sauvèrent la vie ?
  Sain et sauf à l’hôpital, B. a perdu tous ses repères. Il quitte le bâtiment, désorienté, sans attendre la venue de ses proches. Mais, dans le métro parisien, il croise fugacement un visage qui lui est familier. Un visage qu’il a connu pas plus tard que la veille, au café rue Bichat. Le visage de l’un des hommes qui, vendredi 13 novembre, se trouvaient la voiture noire.
B. ne réfléchit pas : sans hésiter, il prend l’individu en filature. Il est encore indécis quant à ses intentions le concernant, mais il a une certitude : sa soif de vengeance le glace de l’intérieur et il ne retrouvera pas sa sérénité s’il reste inactif…

 

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Publié en novembre 2016 aux éditions Sarbacane. Format moyen. Nombre de pages inconnu (203 en épreuves non corrigées).

 

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Une petite mise en bouche…

  L’Arabe avait un visage fin, presque trop, des yeux très sombres, le nez busqué, des cils et des lèvres de fille. Ses cheveux gominés en arrière accentuaient un peu sa ressemblance avec Franck Nitti, dans le film The Untouchables de Brian de Palma – ça avait frappé B., cette ressemblance, l’instant d’avant qu’ils tuent.
  Ce visage. Ce regard. Hier soir.
  Il lui avait semblé sentir ce regard sur lui, à travers la vitre de la voiture. Est-ce pour cela qu’il avait tourné la tête assez tôt, vu les deux autres descendre ? Qu’il avait plongé ?
  Peut-être. Il ne se rappelait plus.
  Ce dont il se souvenait, c’est que cet Arabe-là n’était pas sorti de la Seat noire. Il était resté les yeux écarquillés, derrière la vitre arrière, pendant que les autres tiraient.

 

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Mon verdict :

  Samedi 14 novembre est un roman qui traite des tristement connus attentats du 13 novembre, sous un angle très particulier. En effet, l’intrigue flirte avec le surréaliste : une chance sur combien de milliers que notre héros recroise et reconnaisse l’un des terroristes dans la rue ? Tout le roman se construit autour de cette infime probabilité, et développe à loisir avec ses hypothèses des plus macabres.
  Les écrits de Vincent Villeminot sont souvent teintés de surréalisme : voyez Les Pluies par exemple, ou encore Réseau(x). Mais celui qui est à l’œuvre dans Samedi 14 novembre se limite à son concept de base. Le reste est cruellement crédible. C’est une façon à part, très osée pourrais-je dire, d’aborder le sujet des « survivants » aux attentats. M’est avis que pour avoir cette idée et en faire un livre, Mr Villeminot était tout désigné : parmi les auteurs que je connais, je ne vois que lui pour écrire ce genre de roman. Un peu tordu comme concept, mais le résultat est là, et il vous prend aux tripes… J’avais la conviction que l’on verrait fatalement, dans les sorties littéraires, des ouvrages d’hommage aux attentats, mais malgré ces prévisions, j’étais loin de me douter de ce que Samedi 14 novembre me réservait…
  Le roman est, dans sa majeure partie, un huis clos. Je ne vous en révélerai pas les circonstances pour ne rien spoiler. Et c’est un huis clos effrayant… Trois personnages en sont victimes, parmi lesquels B., notre héros. Je trouve intéressant le fait que son nom nous soit masqué : préserver son anonymat, favoriser l’identification du lecteur, mettre une importante distance entre lui et le héros ? Finalement, je pense que c’est un peu de tout ça qui motiva Mr Villeminot à faire ce choix étrange. Et ce détail sera bien exploité par l’intrigue.
  Ces trois personnages vont, dans les quelques jours que durera ce huis clos, vivre des expériences traumatisantes. Les épreuves qu’ils traverseront leur seront pour la plupart imposées par B., mais au final, lui-même en pâtira. Le point de vue est interne, pourtant B. nous apparaît souvent comme un étranger : prisonnier de ses propres psychoses, il agit sans réfléchir, ou avec une logique qui fait froid dans le dos et qu’il est bien dur d’appréhender. En résulte un malaise grandissant au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, que l’étau se resserre : jusqu’où ira-t-il pour venger le vide abyssal que la mort de son frère a créé en lui ? Parviendra-t-il à conserver un minimum d’objectivité, ou tombera-t-il finalement aussi bas que ceux qui l’ont blessé ?
  Je suis sûre que ce roman a plusieurs niveaux de lecture, que nous aurons tous une façon différente d’appréhender les événements narrés, mais il est certain qu’il vous mettra mal à l’aise plutôt que d’apaiser votre tristesse… Mais c’est un bon malaise, un malaise perturbant dans le sens où il met en avant des comportements qu’on sait crédibles mais dont l’éthique est difficilement discutable. Par difficilement discutable, j’entends qu’il est dur de déterminer clairement à partir de quel moment B. « va trop loin ». Par le point de vue interne, nous sommes pris dans son chagrin, emportés par sa soif de vengeance, et il nous inspire à la fois empathie et répulsion.  De l’empathie quand on voit ce qu’il a traversé et à quel point il en ressort détruit, de la répulsion quand il devient pour nous un étranger, quand ses actes dépassent sa pensée et détruisent à leur tour. Mieux vaut lire Samedi 14 novembre avec une certaine maturité et en sachant à quoi s’attendre ; peut-être même qu’une lecture en milieu scolaire (mais pas avant la 3ème) apporterait son lot de résultats.
  Le roman transmet des sentiments très forts de ses premières pages à son dénouement. L’abattement et les divagations de B. suite aux attentats, puis l’incroyable tension du huis clos et ses épreuves. L’écriture de l’auteur, sèche, concise, sert à merveille l’expression de cette palette d’émotions. Il trouve toujours les mots justes, évite les fioritures, va à l’essentiel ; un indéniable avantage dans ce genre d’ouvrage, qui demande une certaine rigueur pour entretenir son ambiance tout au long de l’histoire.
  En revanche, je reste un peu sceptique quant à la fin, toute gaie, très ouverte… Et cette idylle qui se dessine, je trouve qu’elle sonne atrocement faux. C’est un dénouement heureux pour pousser les lecteurs vers la perspective d’un avenir optimiste ; c’est peut-être parce que je suis désillusionnée du genre, mais je trouve ça assez décevant malgré tout.

 

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Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 3/3 Couverture minimaliste mais efficace. L’édition des épreuves non corrigées que j’ai lue est assez semblable avec la version finale, donc je peux noter la mise en page sans souci.
Le langage : 3/4
La nature : 1/2
Le thème : 3/3
Le genre : 1/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 3/3
 
Total : 26/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

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CQFD :

  Samedi 14 novembre est une œuvre poignante, qui vous prend aux tripes et vous amène les larmes aux yeux. Un roman d’hommage très spécial qui ne prend pas de gants et se détache nettement des normes pour faire passer ses émotions.

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Si tu as aimé Samedi 14 novembre, tu aimeras…

A la place du cœur, d’Arnaud Cathrine.
U4, quatre romans (bientôt cinq) de Vincent Villeminot, Carole Trébor, Yves Grevet et Florence Hinckel.
Transfert, de Rémi Stefani.

 

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Bonus :

Ma chronique d’U4, du même auteur

Ma chronique d’Instinct, du même auteur

Ma chronique des Pluies, du même auteur

Ma chronique de La prochaine fois ce sera toi, du même auteur

 

 

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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