La Fille-Sortilège, de Marie Pavlenko

Salutations.

 

La Fille-Sortilège

 

Mon résumé :

  Au beau milieu du désert resplendit la Cité des Six, vaste ville-état partagée en six quartiers distincts : un par Clan. Chaque Clan maîtrise un type de Magie : les Sourciers contrôlent l’eau, les Dresseurs prennent soin des animaux, les Guérisseurs font office de médecins quasi-miraculeux… Grâce à la Magie, les habitants de la Cité ne manquent de rien et vivent en harmonie. Mais, comme pour chaque idylle, la Cité dissimule l’envers de son décor, et il n’est pas des plus plaisants… A ses frontières vivent, dans la misère, la saleté et entassés les uns sur les autres, les « hors-Clans » ou « orklas », qui n’ont pas eu la chance d’être initiés à la Magie et qui, pour la plupart, se sont retrouvés expulsés de leurs Clans respectifs pour finir leurs jours dans les zones d’orklas, au nord et au sud de la Cité. Et dans ces zones désolées, l’espérance de vie est très limitée !
  Erine est l’une de ces pestiférés : rejetée par les Dresseurs dans des circonstances que je vous tais, elle fait de son mieux pour survivre, et a même pris sous son aile un jeune garçon plein de vie, Arkadi, sur qui elle veille comme sur son propre frère. Erine échappe à la misère grâce à un travail des plus officieux : elle doit fournir, pour des raisons qu’elle ignore complètement… des cadavres raisonnablement frais à un homme qu’elle appelle l’Ombre, dont elle ne connaît même pas le visage. Peu moral, mais c’est là sa seule source de revenus.
  Jusqu’à ce que la décadence se fasse insidieusement une place dans la Cité… Les discordes entre les Clans gagnent en intensité, l’Ombre disparaît du jour au lendemain, et il se murmure dans les rues que la sacro-sainte Magie est en train, lentement mais sûrement, de disparaître. Le quotidien d’Erine et Arkadi s’écroule. Erine l’ignore encore, mais elle seule sera en mesure d’exhumer les plus anciens secrets de la Cité et de sa genèse, pour éviter sa fin funeste.

 

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Roman publié en 2013 par les éditions du Pré aux Clercs. Réédition prévue par Folio SF en 2017. One-shot, grand format, 427 pages.

Coût : 16€.

 

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Comment j’ai découvert La Fille-Sortilège :

  Je suis l’actualité de Marie Pavlenko depuis plusieurs années. J’entendais régulièrement parler de La Fille-Sortilège, mais j’ai attendu un sacré bout de temps avant de l’emprunter à la bibliothèque. Si j’avais su, j’aurais moins tardé.

 

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  Une petite mise en bouche…

  « Je suis en bas de chez nous, étalée par terre. Je ne me souviens pas de la façon dont je suis arrivée. Ils m’ont relâchée. Il faisait si chaud, dehors. J’ai dû ramper. Mes genoux sont à vif, mes jambes sont énormes. Je ne vois plus.
  – Erine ! Sang de kork, Erine ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
  Arkadi. Sa voix qui mue est partie dans les aigus. En le sentant tout près, quelque chose en moi se détend. Il me saisit derrière les genoux. Je geins.
  – Doucement, La Pince, c’est vilain ! Prends-la aux chevilles.
  Je reconnais Touma, la voisine de la deuxième hustissa. Elle a dû descendre avec Arkadi, qu’elle surnomme La Pince. Des mains me soulèvent, m’emportent. »

 

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Mon verdict :

  J’avais lu je ne sais plus où que La Fille-Sortilège est un roman de science-fiction ; soit j’ai manqué des ficelles importantes du roman, soit c’est complètement faux. C’est de la fantasy, de la vraie, de la dure ! Je ne savais pas que Marie Pavlenko était adepte du genre, je la classais plus dans le fantastique avec La Mort est une femme comme les autres et Le Livre de Saskia. Mais ici elle prouve son aisance avec la fantasy.
  L’univers du roman m’a beaucoup rappelé certains aspects du Livre de Saskia : les mots du jargon notamment, inhabituels et exotiques. La nature prédomine dans la Cité des Six, grâce aux Clans ; l’ambiance est au semi-médiéval. En somme, l’immersion est rapide et efficace, malgré un début un peu compliqué : durant les premières pages, on nage en plein délire en suivant notre Erine qui déterre ses cadavres, d’un point de vue totalement interne, sans disposer de la moindre information sur son environnement et les raisons de cet acte blasphème. Néanmoins, je pense que c’est surtout là pour instaurer de l’action dès le début, et les explications arrivent bien assez vite. Un background de qualité, qui sait se démarquer des autres romans de fantasy tout en respectant les normes du genre, ça s’admire toujours.
  Se sent une très bonne maîtrise de l’intrigue et de ses subtilités. Un plan certes un peu bateau (le schéma narratif développé étape par étape se flaire à des kilomètres) mais qui nous embarque sans difficulté. Il y a de l’aventure, du suspense, et une bonne dose de mystère qui ne cesse de s’épaissir au fur et à mesure qu’on avance dans l’intrigue. Que ce soit dans le quotidien d’Erine ou concernant le destin de la Cité des Six, tension il y a, et tension bien gérée de surcroît. Les révélations arrivent un peu toutes au même moment, c’est lourd à porter, mais elles sont à la hauteur des attentes portées. Quelques mentions au préalable des Enfants-Sortilèges m’auraient plues, mais on fait très bien sans.
  Les protagonistes maintenant ! Vous savez à quel point la qualité des personnages d’un roman m’est chère. Ici, pas de déception non plus : de leurs prénoms à leur caractère, un sans-faute. La relation d’Erine et Malcor est juste magnifique, malgré sa particularité (on apprend dès les premières pages que ce Malcor est décédé avant le début de l’histoire), c’est beau et original, même moi j’ai sauté dedans à pieds joints. Arkadi est très attachant (même si par moments il m’énerve un peu), Erine fait une super héroïne, avec un passé conséquent qui fait sa force et des défauts bien tangibles. Il y a en revanche beaucoup de personnages secondaires, je me perds complètement dans les dirigeants des Clans par exemple.
  J’insiste sur la personnalité d’Erine et la façon dont son vécu est abordé : son expérience se sent mais elle garde une grande sensibilité. Une vraie héroïne qui, malgré ce qu’elle a traversé et ce qu’elle endure au quotidien, est ressortie fragilisée de ces épreuves et fait face aux rigueurs de sa vie sans paraître invincible. C’est d’une grande justesse et d’une bonne construction, une héroïne en or.
  Ce n’est pas pour rien si La Fille-Sortilège se classe parfois en littérature adulte : certaines scènes sont très dures, de la violence physique à quelques agressions sexuelles. Le milieu des orklas est loin d’être un paradis et pour nous faire intégrer cela, la mort et les descriptions crues ont rendez-vous à presque chaque tournant, surtout au début. Mais c’est un mal nécessaire, la chose est gérée comme il faut. A ne pas mettre entre toutes les mains, ceci dit. Selon moi, pas avant quatorze ans, et encore.
  Et enfin, l’écriture. On ne retrouve pas ici l’humour typique des derniers romans de Marie Pavlenko (Le Livre de Saskia, La Mort est une femme comme les autres…), mais quelques touches de légèreté tout de même disséminées assez régulièrement pour faire retomber la tension. Trop d’humour aurait de toute manière nuit au roman. Une précision bienvenue dans les descriptions sans en faire des tonnes, un style épuré dans les scènes d’action, que dire de plus ? L’écriture est autant maîtrisée que l’intrigue, c’est-à-dire, parfaitement.

 

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Mes notes :

Le titre : 1/2 Certes on découvre son sens assez tard et alors, il paraît cohérent, mais on reste malgré tout dans le flou une bonne, une trop grosse partie du roman. Pas terrible à mon goût.
La mise en page : 2/3
Le langage : 4/4
La nature : 2/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 2/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
 
Total : 25/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

 

 

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CQFD :

  De la fantasy traditionnelle avec un background délicieux et des interactions de personnages instructives. J’approuve complètement.

 

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Si tu as aimé La Fille-Sortilège, tu aimeras…

Le Livre de Saskia, de Marie Pavlenko

L’impératrice des Ethérés, de Laura Gallego Garcia.

 

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Bonus :

Ma chronique de La Mort est une femme comme les autres, de la même auteure

Ma chronique du Livre de Saskia, de la même auteure

Le site de Marie Pavlenko

Une interview de Marie Pavlenko par le Monde Fantasyque !

 

Marie PavlenkoMarie Pavlenko au SLPJ 2015 !

 

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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2 commentaires sur “La Fille-Sortilège, de Marie Pavlenko

    • Apparemment la collection a été arrêtée donc il ne sera plus trouvable en librairie jusqu’au 2 février, jour de la réédition chez Folio SF. Mais il devrait être en bibliothèque, c’est comme ça que je l’ai lu 🙂

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