Légendes abyssales [recueil collectif]

Salutations.

Légendes abyssales


Mon résumé :

  Le monde des abysses, qu’ils soient marins ou mentaux, a quelque chose d’inquiétant, un parfum d’inconnu dangereux ; cela, les auteurs du recueil Légendes abyssales l’ont bien compris. Chacun à sa manière, ils vont nous emmener à bord de leur sous-marin ou dans les tréfonds de la psyché de leurs personnages, à la découverte de leurs abysses. Frissons garantis.

 

rr

Anthologie du Salon Fantastique, édition 2015. Publié aux éditions Mythologica. 13 nouvelles, grand format, 196 pages.

Coût : 15€.

 

rr

Comment j’ai découvert Légendes abyssales :

  Patrick McSpare, auteur dont je suis fan, est l’un des auteurs de ce recueil. C’est pour lire sa nouvelle « Selanka » que je l’ai acheté ; j’ai découvert avec plaisir que beaucoup d’écrivains qui figurent déjà dans ma bibliothèque avaient aussi participé ! J’en attendais beaucoup du recueil et damn, je n’ai pas été déçue.

 

 

Pas d’extrait cette fois-ci. Pas envie de sélectionner une nouvelle à mettre en avant au détriment des autres, et pas envie de mettre trente-six extraits différents non plus…

 

 

Mon verdict :

  Il serait bien dur de faire un verdict d’une seule partie alors que ce recueil contient six histoires différentes. Ainsi, je vais donner mon avis sur chacune des nouvelles séparément, puis conclure avec ma pensée globale sur l’ouvrage. Je les présente dans mon ordre de lecture.

 

« Je t’appartiens », de Céline Guillaume

  Nouvelle très courte pour commencer ; le thème des abysses n’est que peu évoqué. J’ai trouvé un charme certain au personnage principal malgré le peu de description. Le texte est léger, c’est un aspect attirant et presque idyllique de l’océan qui est mis en avant. Une fin un peu facile par contre, qui nous conforte dans la dimension fantastique, mais qui est amenée trop vite à mon goût. Davantage développer autour de la mythologie finalement évoquée n’aurait pas été de trop pour rajouter en crédibilité, ou au moins en suspense. Le suspense, c’est souvent crucial pour une nouvelle…

 

« Un radeau sur le Styx », de Régis Goddyn

  Cette nouvelle tient plus du conte que d’un vrai texte à suspense : deux récits s’y mêlent par la mise en abyme. Deux parents racontent une histoire à leur fils pour l’aider à s’endormir.
  La chute du conte est agréable, bien que prédomine un aspect très enfantin. C’est une nouvelle de science-fiction au background très développé mais qui, pour le coup, sert vraiment de décor à l’action, puisque celle-ci se concentre exclusivement sur le récit du conte dans la chambre de l’enfant. Vu la complexité de cet univers, j’aurais aimé qu’on s’attarde davantage dessus, quelle que soit la manière. Chute étrange tout de même, une espèce de parallélisme est fait entre le conte et la réalité, je reste sceptique, mais pourquoi pas.
  La philosophie des personnages, leur façon d’aborder l’espace et le temps, est très intéressante. Ils ne vivent guère plus vieux que nous mais fonctionnent à une échelle complètement différente : au lieu d’appréhender des événements selon leur durée de vie, ils raisonnent sur des centaines, des milliers d’années. Prévoir sur plusieurs générations ne leur fait pas peur. Une belle évolution de notre actuelle façon de penser. C’est un point de vue intrigant ; j’ignore s’il paraîtra original aux habitués de la science-fiction, mais moi j’ai beaucoup aimé.

 

« Les Naufragés de Calypso », de Barbara Cordier

  La meilleure chute pour l’instant, selon moi : ça pourrait un peu ressembler à celle de « Je t’appartiens » mais en mieux travaillé. L’horreur qui s’installe à petites doses vers la fin et l’espèce de fatalité qui est présentée dès la première page fonctionnent parfaitement. Une nouvelle encore une fois assez courte, avec un style plus entraînant que les précédents. Les protagonistes qui entourent l’héroïne ont une vraie consistance malgré la brièveté de leur apparition.

 

« L’étreinte de la Médulaire », de Benedict Taffin

  Cet auteur a lui aussi recours au système de mise en abyme : notre héros, évoluant à la première personne et très peu décrit, écoute un récit conté dans tout le confort d’une auberge à la douteuse réputation. Cette nouvelle-ci ne m’a rien inspiré de particulier, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à la découvrir : l’évolution de l’ambiance dans le monde réel tandis que Karl raconte son histoire nous saisit dans l’action à l’instar des autres personnages. La fin est bien trouvée et correspond à l’atmosphère du reste du texte, elle donne une résonance au ton de Karl et à ce qu’on perçoit de sa personnalité. Entre l’auberge et les abysses il y a tout un monde, et ce décalage entre les deux univers dans lesquels a lieu l’action rend la lecture plus plaisante, les changements de sensations selon le moment du récit sont clairement perceptibles, entre les dangers des abysses et la quiétude de l’auberge.

 

« Une robe couleur d’océan », d’Estelle Faye

  Alors là, Estelle Faye nous gâte… Je me suis totalement immergée dans le récit du début à la fin ! Un remake assez libre du conte de La Petite Sirène, avec des problématiques novatrices et une histoire d’amour qui rendra fou votre petit cœur sensible – pas le mien, mais il a battu plus vite, je vous l’accorde. En inculte que je suis, j’ai majoritairement trouvé des allusions au dessin animé Disney car je n’ai pas lu le conte d’origine… Le thème des abysses est un peu laissé de côté mais au profit d’une bien belle histoire d’amour. Chute bien amenée, mignonne comme tout. Dimension intéressante d’un homme qui change de genre pour plaire à celui qu’il aime. Bref, que du bon !

 

« Notre règne », d’Anthony Boulanger

  J’ai découvert Anthony Boulanger dans le recueil collectif Dans l’ombre… publié aux éditions Elenya. Je le retrouve ici par hasard et c’est un vrai plaisir ! Une nouvelle un peu barrée, avec des céphalopodes particulièrement évolués qui nous content les aléas de l’évolution de leur espèce. Je ne vous dis rien sur le fin mot de l’histoire bien sûr. Autant le début est un peu vague et il faut lire avec attention pour comprendre correctement les tenants et les aboutissants du récit, autant une fois toutes les subtilités maîtrisées la lecture est agréable ; elle a des accents sérieux mais de notre point de vue d’humains, ils sont assez drôles, ces céphalopodes…

 

« Délivrance », de Jean-Luc Marcastel

  Une nouvelle courte et… assez gore, berk. Je ne m’y attendais pas ; bien que connaissant Jean-Luc Marcastel de nom, je n’avais lu jusque-là lu qu’un seul de ses livres, Un monde pour Clara, bien plus soft. Oh, le passage violent est court, mais il y a une vraie rupture avec le début de la nouvelle. La montée du suspense est progressive (la scène n’est pas effrayante au début, mais bon, on sent vite le coup venir…), la fin ne contient pas de surprise majeure. Ça se termine en douceur, joli contraste.

 

« Selanka », de Patrick McSpare

  C’est principalement pour lire cette nouvelle que je me suis décidée à commander Légendes abyssales ! Selanka est un personnage de la trilogie des Héritiers de l’Aube que j’avais a-do-ré et je me réjouissais d’avance d’en apprendre plus sur elle et ce qui lui arrive après sa fin brutale dans la série. C’est un point de vue totalement différent de ce à quoi je m’attendais qui a été développé ; impossible à anticiper ! Une partie plus fragile de Selanka est mise à nu malgré elle, et même si à mon sens la fin lui rend sa suprématie d’antan, la voir aussi différente tout au long du récit m’a attristée, moi qui l’avais connue si vaillante contre les Héritiers. Mais c’est la preuve que Mr McSpare a bien géré son personnage. En revanche, j’ai trouvé la structure de la nouvelle très difficile à intégrer, surtout pour quelqu’un qui ne connaissait pas cet univers auparavant : les Fomoré, les Thuata De Danann, Selanka elle-même m’étaient déjà familiers. La nouvelle s’étant plus centrée sur son histoire personnelle que « La Maison des araignées » sur Arthus, son compagnon, un autre « méchant » des Héritiers (cf le recueil Dans l’ombre…), les clins d’œil à la série d’origine se multiplient et si le récit en sort beaucoup plus appréciable par les fans de longue date, j’ai peur que cela en ait effrayé quelques-uns. Bon bilan néanmoins ; revoir Selanka m’a fait un bien fou !

 

« Le Whi N’gho Waa », de Sébastien Péguin, alias Jonh Ethan Py

  Je connaissais Sébastien Péguin pour son incroyable roman Le songe d’Adam, un petit bijou de fantastique teinté d’horreur que je recommande chaudement à tous les amateurs de frissons. « Le Whi N’gho Waa » ressemble, par certains aspects, beaucoup à ce roman : un univers forestier et de vieilles légendes locales qui resurgissent… Moins de tension peut-être dans les scènes d’action, mais sûrement est-ce dû au format plus court du texte. Plus facile d’instaurer un malaise et du suspense quand on a un roman entier devant soi. Grande fan d’ »Until Down », un jeu vidéo d’horreur déconseillé aux sensibles, j’ai tout de suite accroché à la thématique des wendigos. Ce sont des créatures cauchemardesques qu’on retrouve encore rarement dans les œuvres de fiction, une mode serait-elle en création ? Quoi qu’il en soit, que ce soit dans « Until Down » ou dans « Le Whi N’gho Waa », l’effet d’horreur est saisissant et je n’en décroche pas. Le folklore amérindien est mis à l’honneur, pour le meilleur et pour le pire. Je trouve un peu dommage que le thème des abysses soit aussi peu traité ; ou alors il s’agit d’abysses métaphoriques, les abysses de l’Histoire peut-être ? Toujours est-il que pour cet aspect-là je suis restée sur ma faim. La fin est très « douce » aussi, comparée aux moments de suspense de la nouvelle. Un peu comme des attentes pas entièrement satisfaites.

 

« Quitter Charybde », de Fabien Clavel

  J’ai beaucoup aimé cette nouvelle. Les points de vue qui changent à chaque chapitre donnent une omniscience particulière au lecteur, même si parfois il est un peu compliqué de deviner qui est en train de parler. On ressent parfaitement toute l’ambigüité de l’univers construit, l’effet salvateur qu’il a eu pour le peuple des hommes, mais à que point il limite leurs possibilités de vie. La fin ouverte donne un nouvel espoir, même si le titre de la nouvelle nous laisse sceptique quant à ce que vont découvrir les personnages par la suite…

 

« Les ruines du monde, la quête de l’Arche », de David Bry

  Un peu limite comme titre, on dirait une suite de mots-clés… Sinon, très bonne lecture. Le mystère des premiers paragraphes sont peu à peu dévoilés grâce aux flash-backs. Et si le cœur de l’histoire se devine assez facilement, le dénouement surprend malgré tout. C’est émouvant, triste ; l’héroïne s’avère au final terriblement égoïste. Mais cette chute figure pour moi parmi les meilleures du recueil, dosée avec subtilité pour provoquer autant de dégoût que de surprise chez le lecteur. De plus, ce texte met en avant l’un des dangers écologiques qui menacent actuellement la Terre, et qui sonne douloureusement juste pour une apocalypse : la montée des eaux de l’océan, causées par le réchauffement climatique, qui pourrait bien nous détruire.

 

« Quelques grammes de chair (Les contes de la mille deuxième nuit) », de Patrick Eris

  Nous changeons complètement d’ambiance : direction les côtes d’un empire mystérieux, Hujride, à la culture orientale. Il s’agit bien d’un conte, comme c’est annoncé dans le titre, et un très beau conte, même s’il me semble exempt de toute morale affichée. Quasiment que de la narration ou de la description, du fantastique, et quelques scènes assez sanglantes… Je n’ai pas beaucoup aimé cette nouvelle par rapport aux autres. Moins de suspense certainement, et je trouve le coup des « quelques grammes de chair » évoqués un peu facile.

 

« La Plongée », de Nathalie Dau

  Une nouvelle touchante pour clore ce recueil en beauté. « La Plongée » traite des abysses mentaux et non marins ; ce fut plus rare dans l’ensemble des nouvelles (j’ai failli dire « corpus de textes », merci le lycée…). Le déroulé des premières pages, s’il peut sembler assez confus, prend rapidement son sens et nous laisse mesurer toute la gravité de ce qu’est en train de vivre le narrateur. Les images disséminées tout au long de son délire onirique ont toutes un deuxième sens, et pas très gai, le deuxième sens. Seul bémol pour moi, la « voix  off » du début, qui finalement n’est jamais expliquée et qui sonne comme un détail surnaturel alors qu’une moindre importance lui est donnée. Les deux dernières phrases sont très belles, expriment quelque chose de très grave avec une certaine poésie. Toute la nouvelle raconte une histoire triste avec poésie, c’est très agréable à lire.

 

Mon verdict sur le recueil :

  J’ai énormément apprécié ma lecture de ce recueil ; j’ai retrouvé des auteurs qui me sont familiers, j’en ai découvert d’autres. Les textes sont très divers, alors qu’ils fonctionnent tous sur le même mot d’ordre : les abysses. Il y a une majorité de dystopies ou de textes post-apocalyptiques, ça m’a un peu étonnée quand le recueil est une anthologie du « Salon fantastique », mais j’imagine qu’on ne change pas une équipe qui gagne, et que les auteurs ont été davantage inspirés par la science-fiction. Même si le thème des abysses marins est resté majoritaire, tous ont su tirer leur épingle du jeu, pour notre plus grand plaisir de lecteur.
  (Petit bémol de mise en forme que je tenais à mentionner : la quatrième de couverture du recueil. Un petit texte de cinq lignes pour introduire le thème, et qui contient… quatre fautes. D’inattention ou d’accord, toujours est-il que ça pique sacrément les yeux…)

 

rr

Pas de notes pour un recueil de nouvelles !

  Je souligne juste la beauté de la couverture, les camaïeux de bleus sont superbes et rendent très bien l’ambiance sous-marine. L’objet-livre est très beau, malgré les disgrâces de la quatrième de couverture. Cette anthologie contient une préface de Christophe Thill, que j’ai lue (pour une fois) et qui est très bien menée.

 

rr

CQFD :

  Une anthologie au thème original, pleine de textes de qualité. Que du bon pour moi.

 

rr

Si tu as aimé Légendes abyssales, tu aimeras…

Dans l’ombre…, recueil collectif

 

rr

Bonus :

Ma chronique d’Un monde pour Clara, de Jean-Luc Marcastel

Ma chronique des Héritiers de l’Aube, de Patrick McSpare

Ma chronique de La Voie des Oracles, d’Estelle Faye

Ma chronique du Songe d’Adam, de Sébastien Péguin

 

rr

Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

Publicités

2 commentaires sur “Légendes abyssales [recueil collectif]

  1. Salut~ je tenais juste à commenter pour deux éléments ; premièrement, c’est pas grand chose mais je crois que c’est Until Dawn et pas Until Down. J’en suis quasiment sûre, et puis au niveau de la signification ça semble plus logique…
    Sinon, pour la nouvelle « remake de la petite sirène », tu avais l’air de sous entendre un couple homosexuel ? Si c’est le cas, juste pour la petite histoire qui est intéressante a connaitre, j’ai entendu dire que Anderson avait écrit ce conte comme une lettre d’amour a un homme. Donc peut-être une référence a ça dans la nouvelle ?
    Voilà, sinon, encore une très bonne chronique qui me donne encore envie de remplir ma PaL déjà très très pleine..

    Aimé par 1 personne

    • Salut 🙂
      Ah oui c’est certainement Until Dawn ! Moi et l’anglais, ça fait deux, j’ai remplacé par un mot que je connaissais^^ Je corrige ça.
      Et oui c’est un couple homosexuel, alors l’auteure a certainement dû penser à cette référence. Merci de cette anecdote !
      Si tu veux l’ajouter à ta PAL je te conseille de te dépêcher, je ne sais pas jusqu’à quand il sera disponible~ Mais merci !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s