Louis Pasteur contre les loups-garous, de Flore Vesco

 

Salutations.

 

Louis Pasteur contre les loups-garous

 

Mon résumé :

  Paris, septembre 1840. Premiers jours de classe à la prestigieuse Institution Royale Saint-Louis ; dans cette école de renom, on enseigne à la fois aux demoiselles et aux jeunes hommes (mais pas les mêmes choses, ne mélangeons pas les torchons et les serviettes). Cette année, un élève tranche dans la masse de bons Parisiens tout droit venus des plus grandes familles de la société : il s’appelle Louis Pasteur, il vient des profondeurs du Jura, et c’est l’Etat qui paye ses études à l’Institution Royale faute de moyens personnels. Autant de particularités qui font d’ores et déjà le miel des plus taquins de ses camarades. Heureusement pour lui, Louis privilégie tant les sciences aux relations humaines que pas une moquerie sur sa condition de campagnard ne saurait l’atteindre. Et surtout, il est tellement doué en chimie que son seul talent suffira à rabattre le caquet de ses détracteurs…
  A l’Institution, Louis enchaîne les observations, les expériences, les découvertes. En l’espace de quelques mois, il fait plus de progrès en médecine que tous les autres savants de son siècle. Mais bien vite, il est détourné de ses beaux projets par des événements mystérieux, blessures inexplicables et autres bizarreries, qui apparaissent dans l’Institution. Rares mais inquiétantes, ces anomalies attirent l’attention de Louis et il va se pencher dessus dans l’espoir d’élucider leurs énigmes. Et pourquoi pas faire avancer la science au passage ? Il recevra, par concours de circonstances, l’aide de Constance de Villeneuve-Lestang, demoiselle d’excellence qui étudie dans l’aile féminine du bâtiment. Constance est bien élevée et redoute quelque peu de fréquenter ce paysan, mais elle remplacera peu à peu la bonne conduite par des escapades nocturnes au profit de leurs recherches, et sa danse classique par l’escrime pour défendre leur peau contre les créatures de l’ombre qui se dresseront sur leur chemin…

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Roman publié en septembre 2016 aux éditions Didier Jeunesse. One-shot. Format moyen. 204 pages et un dossier de 7 pages sur Louis Pasteur et ses travaux.

Coût : 15€.

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Comment j’ai découvert Louis Pasteur contre les loups-garous :

  Depuis septembre je rongeais mon frein pour acheter et lire ce roman ; je préférais attendre le SLPJ (Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil) pour avoir moins de livres dans ma valise en allant à Paris. Mais me retenir fut dur ! Je l’ai acheté le vendredi, lu le samedi, et fait dédicacer le dimanche. Un planning idéal. Je connaissais Flore Vesco pour son précédent roman De cape et de mots, un gros coup de cœur.

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Une petite mise en bouche…

  On envoya les étudiants à l’étude. Au cours suivant, tous chuchotaient fébrilement, incapables de se concentrer sur la leçon. […] A midi, Louis nota la présence d’un phénomène galvanique généralisé chez les élèves. Les nerfs tendus des étudiants dégageaient une faible électrolyse. Par contact mutuel, ces décharges s’intensifiaient, produisant une ambiance électrique dans le réfectoire.
  Louis avalait mécaniquement sa purée, ses pensées tournées vers la bête mystérieuse. Il avait procédé à une observation rigoureuse des faits. Pour autant, il ne parvenait pas à en tirer de conclusions pénétrantes. D’ordinaire, Louis arrivait toujours à dissocier un corps chimique en différents éléments. Ici, le problème refusait de se laisser décomposer. Il cherchait en vain la solution qui, une fois versée dans le tube à essais, résoudrait la concrétion.

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Mon verdict :

  Comme beaucoup de lecteurs, je portais des attentes considérables sur les épaules de ce Louis Pasteur farfelu, grâce à la ravissante et fantasque Serrine, l’héroïne de De cape et de mots, le premier roman de Flore Vesco. Elle m’avait enchantée tout au long de ma lecture. Je dois confesser avoir régulièrement comparé De cape et de mots à Louis Pasteur contre les loups-garous ; ce n’est pas très objectif, mais ce fut plus fort que moi.
 
  La plume de Flore Vesco est décidément très vive, pétillante, digeste aussi : la chimie qu’elle décrit dans Louis Pasteur a tout pour plaire, même à moi qui suis pourtant très réfractaire à tout ce qui touche aux sciences. Vous pouvez le constater dans l’extrait ci-dessus : Louis Pasteur prône la science dans la vie quotidienne et, à ce titre, il nous en distribue à toutes les sauces dès qu’on suit son point de vue. Ça en devient – je reprends l’adjectif qui me plaît bien – complètement digeste, tant ça lui paraît naturel de tout y associer. Cela crée une ambiance à part dans tout le roman, aussi et surtout dans les scènes à suspense. Flore Vesco parvient à maintenir la tension dans les moments importants tout en distillant une dose d’irréalisme qui amuse le lecteur sans briser les enjeux.
  Son style est délicieux, l’atmosphère qu’elle instaure marche complètement ; quelques mots sont un peu trop récurrents à mon goût (« étudiants » par exemple, je comprends son utilité ici, mais parfois ça manque de synonymes) mais c’est loin d’entacher l’ensemble. La plume s’avère peut-être un peu moins volubile que dans De cape et de mots, mais je pense que ça tient principalement au cadre de l’univers : nous sommes ici dans un cadre historique précis, ça limite les digressions, et la narration domine sur le dialogue. Le style indirect est très présent : choix de l’auteure ou orientation inconsciente ? Ce déséquilibre m’a gênée parfois, ça crée des paragraphes assez compacts, mais encore une fois, ce n’est pas suffisant pour gâcher la lecture.
 
  Moins de personnages que dans De cape et de mots, mais la qualité est toujours au rendez-vous ; les changements de point de vue favorisent la découverte de leurs caractères respectifs sans tomber dans la lourdeur. La maxime « montrer plutôt qu’expliquer » prend tout son sens ici : certains aspects de leur personnalité sont plus décrits que mis en situation, il faudrait (ça se répète aux écrivains de tous poils) faire davantage confiance au lecteur. Au fur et à mesure que l’histoire avance, il comprendra bien tout seul la psyché des protagonistes, si l’intrigue avance correctement. Et ici, c’est le cas ! Insister sur l’asociabilité de Louis à chaque fois qu’elle prend de l’importance n’est pas forcément très utile mais, je le rappelle, ce n’est pas un élément décisif pour apprécier le roman. Tout au juste une petite maladresse. Que voulez-vous, Louis Pasteur n’a pas de défaut majeur, alors je m’attarde sur ce que je peux !
  J’ai beaucoup aimé l’évolution de Constance : celle qui agit à la fin du roman est bien différente de celle du début, c’est amusant de les comparer. Sa transformation est progressive et à mon sens, c’est un très bon moyen de dénoncer la condition des femmes au XIXème siècle qui, bien qu’en cours d’amélioration, attendait encore beaucoup de progrès. Sa relation avec Louis ne manque pas de charme, malgré une fin prévisible : intéressante ; très amusante par moments, elle déborde de petites surprises ou d’anecdotes attendrissantes. Je trouve un peu dommage qu’on n’ait eu qu’un seul personnage féminin très développé ; une autre camarade de Constance aurait pu faire un protagoniste digne d’intérêt. Mention spéciale au médecin, au doyen, à la gouvernante : des personnages sans nom, comme dans De cape et de mots. Ça m’a moins gênée dans Louis Pasteur, peut-être parce qu’ici ils ont un rôle moins important que le conseiller de la reine dans les aventures de Serrine. Et avec le style indirect prédominant, on les entend très peu parler ; ils perdent en présence.
 
  Concernant l’intrigue, ça oscille rapidement vers le fantastique, mais Louis nous fait douter du caractère surnaturel de ces événements avec sa science infuse. Il décortique et explique tout, c’est à la fois déconcertant et captivant. Alors, les étranges phénomènes qui surviennent à l’Institution Royale, magie ou prouesses scientifiques ?
  Je me suis laissée surprendre par le dénouement. Dénouement ficelé avec art, qui fait frissonner le lecteur et permet à chaque personnage de dévoiler son potentiel final. De l’action à foison, des retournements de situation, une conclusion à la hauteur des attentes portées par le roman. Une situation finale plus décevante, j’ai trouvé les dernières révélations moins soignées, comme une fin en soi pour laquelle on n’aurait pas préparé de mise en scène particulière.

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Mes notes :

Le titre : 2/2 Simple mais efficace ! Il annonce directement la couleur et ça sert bien l’ambiance détendue du roman.
La mise en page : 3/3 Mention spéciale aux composants de chaque chapitre, qui sont annoncés sous leur numéro. Exemple de composition de chapitre :  5ml de soude, 10 ml de dichlore, 2 g de bizutage et 100 ml d’apparition mystérieuse
Le langage : 3/4
La nature : 1/2 Beaucoup, beaucoup de narration !
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 3/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
 
Total : 26/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

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CQFD :

  J’ai préféré De cape et de mots à Louis Pasteur contre les loups-garous, mais cela tient plus à mon ressenti personnel qu’à un souci de qualité. Des personnages atypiques, une aventure rocambolesque, une ode à la chimie (alors que Flore Vesco est une grande littéraire, elle me l’a affirmé !), de l’historique revisité pour notre plus grand plaisir ; bref, encore une fois, je suis conquise et j’espère qu’il en sera de même pour vous.

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Si tu as aimé Louis Pasteur contre les loups-garous, tu aimeras…

De cape et de mots, de Flore Vesco
Le dernier songe de Lord Scriven, d’Eric Senabre

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Bonus :

Ma chronique de De cape et de mots, de la même auteure
Le site de Flore Vesco. Prenez le temps de l’explorer à fond, il y a plein de bonus comme des quizz, des fanarts…
Explications sur mon système de notation

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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4 commentaires sur “Louis Pasteur contre les loups-garous, de Flore Vesco

  1. Coucou Miss !
    Un petit mot pour te remercier de cette critique si précise et si complète. Je suis ravie que tu aies digéré les passages sur la chimie, hé hé hé !
    Ta remarque sur le style indirect m’a fait sourire… C’est mon péché mignon, le style indirect et le style indirect libre ! J’adore en mettre partout, je l’utilise beaucoup, je crois, pour prendre une légère distance ironique avec le personnage dont on rapporte les paroles… Mais tu as raison, point trop n’en faut ! Je vais essayer de me contrôler… 😀
    Quant au style moins volubile, c’est très juste aussi. Là, c’est un choix conscient : on m’avait fait beaucoup remarquer à quel point le style était soutenu dans de « De cape et de mots », et c’est vrai que l’univers (avec le roi, la reine, etc) était plutôt enfantin. Du coup, pour ce deuxième roman, j’ai essayé de rétablir un peu l’équilibre, de remettre la balance droite : un univers un tout petit peu plus adolescent, et un style un poil moins complexe. Bon, ce sont des différences assez légères… Mais voilà quelle était l’idée, en gros.
    Bon, allez, j’arrête là ma super analyse littéraire… Mais merci encore pour ta lecture si attentive !

    Aimé par 1 personne

    • Je préfère le style direct à l’indirect, ça donne plus de vie aux personnages, mais ça n’a pas manqué aux tiens ; tu as réussi à me les faire aimer malgré tout 🙂 Les autres S.S.S.S.S.S. (je sais plus combien de S) seront dans la même ligne plus « sérieuse » que Louis Pasteur ? Ou ça dépendra du scientifique présenté ?

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