Le jardin des épitaphes, de Taï-Marc Le Thanh

Salutations.

 

Jardin des Epitaphes

 

Mon résumé :

  Le monde s’est transformé en un jardin des épitaphes ; les épitaphes, ce sont les quatre catastrophes qui se sont abattues une à une sur la Terre, qui ont transformé ses trésors en des territoires inhabitables et remplis par des mutants de tous poils. Qu’est-ce qui les a déclenchées ? Les raisons sont encore obscures, mais l’une de leurs clés semble se trouver dans les souvenirs perdus d’Hypoténuse.
  Hypoténuse a dix-sept ans. Rescapé des épitaphes, il parcourt la France du nord vers le sud avec Poisson-pilote et Double-peine, son petit frère et sa petite sœur. Leur objectif : atteindre San Fransisco, contre vents et tempêtes, car là-bas se trouvaient leurs parents au moment de la catastrophe.
  Hypoténuse a oublié l’entièreté des deux dernières années de sa vie, mais il vit bien avec : amener sa fratrie à bon port, c’est tout ce qui l’importe. Poisson-pilote a neuf ans, Double-peine en a six. Et Hypoténuse fera tout ce qui est en son pouvoir pour préserver, dans leur cœur, la petite flamme de l’innocence enfantine menacée par les atrocités de leur monde post-apocalyptique.

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Roman publié en septembre 2016 aux éditions Didier Jeunesse. Premier tome d’une série. Gros format. 364 pages.

Coût : 16,90€.

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Comment j’ai découvert Le jardin des épitaphes :

  Je suis de près le parcours de Taï-Marc Le Thanh depuis le début de sa série JONAH, également publiée chez Didier Jeunesse. Le sixième et dernier tome de JONAH est sorti il y a environ un an, et Taï-Marc s’est attaqué à un sujet un peu moins feel good qu’un garçon dont le pouvoir est de rendre son entourage heureux : la fin du monde. Et elle ne manque pas de cachet, la fin du monde à la sauce Taï-Marc.

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Une petite mise en bouche…

  Le souvenir de mon véritable prénom sonne comme un carillon dans les tréfonds de mon esprit. Mais désormais on m’appelle Hypoténuse, et c’est ainsi qu’il convient de me nommer.
  Dix-sept ans. L’aîné d’une famille de trois enfants. Grand… enfin, disons que j’ai rencontré une majorité de gens plus petits que moi. J’en déduis donc que je dois être grand. Sympathique. Peut-être. En tout cas je m’efforce de l’être.
  Sauf avec les indésirables.
  Je suis sorti du cratère et je les ai vus. Ils n’avaient pas bougé, mais je sentais qu’ils s’apprêtaient à descendre. J’ai eu envie de leur hurler :
  – Ne vous donner pas cette peine ! Je vais monter, moi !
  Mais ils n’auraient pas compris. Je voulais en terminer au plus vite, alors j’ai commencé l’ascension. La pente n’était pas si raide que ça. Les pillards se sont légèrement agités. […] Je me suis retourné brièvement vers l’ouverture de la station Auber, juste pour m’assurer que Double-Peine et Poisson-pilote étaient bien restés cachés. Les pillards étaient bien armés et ça allait saigner.

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Mon verdict :

  Quand on a lu Jonah, on retrouve facilement la marque de fabrique de Taï-Marc Le Thanh dans Le jardin des épitaphes : un surréalisme poétique, qui faisait partie intégrante de l’intrigue de Jonah, mais qui a un rôle bien plus discret dans cette nouvelle série. L’ambiance a considérablement gagné en gravité, en sérieux : la poésie sert davantage à l’alléger un peu qu’à la sublimer comme par le passé. ça se manifeste par petites touches, la plupart du temps grâce à la présence de Poisson-Pilote et Double-Peine, qui débordent d’innocence. Hypoténuse s’est promis, quoi qu’il arrive, de les préserver au maximum des horreurs environnantes, et pour cela il multiplie les blagues enfantines, les petites attentions. Il leur apprend de nouvelles règles, des règles parfois fantaisistes qu’il invente lui-même pour qu’elles correspondent à leur nouvelle Terre détruite. La démarche est admirable au vu de leur quotidien de vagabonds ; les vagabonds du jardin des épitaphes, comme Hypoténuse appelle sa petite famille. Je tiens à souligner qu’à chaque fois qu’une nouvelle règle est évoquée par la narration, elle est présentée en plein milieu du texte écrite en gros et dans un petit cadre ; une mise en page bien stricte pour mettre ladite règle en vigueur, même quand elle est un peu farfelue.
  Les épitaphes ont complètement remodelé la planète : d’immenses cratères parsèment les routes, les machines s’animent d’une énergie propre, et pullulent tous types de mutants : certains sont humanoïdes, d’autres non, la diversité est au rendez-vous. Il y a même un genre particulier de mutation, assez à la mode en ce moment, qui s’est manifesté, typique des fictions post-apocalyptiques… Bref, un univers riche et surprenant qui a conservé un aspect feel good entraînant, de l’optimisme et de l’insouciance dans toute cette désolation, qui transforme le voyage presque sans espoir de la fratrie en une épopée rocambolesque pleine de rebondissements.
  La galerie de personnages a pris des proportions impressionnantes, en partie grâce aux portraits qui décorent l’intérieur de la jaquette du roman : des photos de connaissances de l’auteur qui ont accepté de poser et de se déguiser pour donner des visages aux protagonistes. Il y a Taï-Marc Le Thanh dans la collection d’ailleurs, l’avez-vous reconnu ? Ce soin apporté à leur design est représentatif de leur diversité : qu’ils soient juste de passage ou qu’ils appartiennent au paysage, chacun a son importance et l’auteur a pris le temps de leur construire une essence. Vous savez à quel point je suis attachée aux designs des personnages de fiction ; avec Le jardin des épitaphes, j’ai été servie ! Le look post-apocalyptique leur va bien. La petite note de surréalisme les a touchés eux aussi et leurs accents poétiques participent au bon esprit de l’histoire.
  L’intrigue tient évidemment principalement du road trip, assaisonnée de références musicales dans tous les sens (allez, j’ai dû en comprendre une sur l’entièreté du bouquin) : des morceaux de rock que la fratrie trouve au cours de son périple sur une radio, avec un CD dans une voiture… Oui, il n’y a quasiment que du rock (ça me revient, la seule chanson que j’ai reconnue, elle venait du dessin animé Robin des Bois) mais l’auteur en connaît un rayon sur le sujet et ça se sent. Quand en plus le lecteur reconnaît les chansons, ça doit le plonger dans l’action d’une manière beaucoup plus efficace… Il est plus familier de la bande-son du roman, quoi.
  La fin de leur quête est incertaine : trouveront-ils leurs parents à San Fransisco ? Statistiquement parlant, les chances sont faibles, malgré le statut… particulier de leur père. En revanche, ce qui apparaît vite au lecteur comme une évidence, c’est que malgré les innombrables péripéties qui parsèment déjà leur route, nos trois artistes sont bien partis pour s’en sortir indemnes avec une constance qui force l’admiration. Les enfants ont une totale confiance en Hypoténuse, il est si fort ! Heureusement que vers la fin du roman, un nouveau danger plus insidieux surviendra et remettra en cause leurs certitudes. Tout est à craindre pour le tome 2… Dans Jonah, Taï-Marc Le Thanh jouait sur le fait qu’une fin triste soit absolument inenvisageable pour la série, que toujours demeure l’assurance d’un dénouement heureux. Avec Le jardin des épitaphes, prendra-t-il ses lecteurs à leur propre jeu ?
  Niveau écriture, rien à redire. Faire de ce monde détruit le cadre d’une aventure aussi poétique et touchante, c’est tout un art, dans lequel Taï-Marc Le Thanh est passé maître. Entre les déclarations émouvantes des personnages et leurs petits bonheurs quotidiens qui rehaussent la pauvreté de leur vie, je ne me suis pas lassée de les suivre au fil de leur périple. Le rôle de grand frère va comme un gant à Hypoténuse, bien que ce soit beaucoup de responsabilités pour un adolescent de dix-sept ans. De petites faiblesses dans les dialogues parfois, mais rien qui mérite une attention accrue.

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Mes notes :

Le titre : 2/2
La mise en page : 3/3
Le langage : 4/4
La nature : 1/2
Le thème : 3/3
Le genre : 2/2
L’intrigue : 4/5
Les personnages : 3/3
Le style littéraire : 2/3
Le plaisir de la lecture : 2/3
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Total : 26/30.
//petit rappel : à mon sens, ce n’est pas vraiment le total qui compte, mais plutôt les notes par catégorie : il est plus intéressant et instructif de noter à quel endroit le livre a perdu des points, et pourquoi.//

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CQFD :

  Après le succès de Jonah, Taï-Marc Le Thanh a su se renouveler sans perdre les caractéristiques atypiques de son écriture. Une nouvelle saga à suivre, qui creuse son trou dans la mode des romans post-apocalyptiques, et qui a bien fait ! Un peu d’humour, beaucoup de poésie et de créativité, ce sont les mots d’ordre du Jardin des épitaphes.

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Si tu as aimé Le jardin des épitaphes, tu aimeras…

Jonah, de Taï-Marc Le Thanh
U4, la saga en cinq tomes indépendants
Les Pluies, de Vincent Villeminot

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Bonus :

Le site du Jardin des épitaphes, qui regorge d’infos exclusives : elles valent le détour !

 

Taï-Marc Le ThanhTaï-Marc Le Thanh au salon du livre de Montreuil (SLPJ) 2015 !

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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