La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio

Salutations.

La Horde du Contrevent

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Mon résumé :

  Ils sont vingt-deux. Golgoth le neuvième, Pietro, Sov, Caracole, Erg, Talweg, Firost, Tourse, Steppe, Arval, Darbon, Horst et Kast, Oroshi, Alme, Aoi, Larco, Léarch, Callorhoé, Boscavo, Coriolis, Sveziest et Barbak. Depuis leurs six ans, ils n’ont qu’une loi de vie : ils contrent le vent.
  Tous, ils forment la 34ème Horde. Leurs raisons de vivre ? A pied, remonter, remonter leurs terres, toujours plus haut, vers l’Extrême-Amont encore inexploré à cause des conditions extrêmes qui en interdisent l’accès. Et découvrir les neuf formes de vent qui existent en ce monde, chacune avec ses spécificités et sa nature propres. Trente-trois Hordes ont tenté leur chance avant eux, ont consacré leur existence à cette quête chimérique ; l’aventure a son lot de dangers, beaucoup de hordiers meurent bien avant d’avoir atteint leur objectif. Mais une Horde a-t-elle jamais atteint son objectif ? L’origine du monde a-t-elle déjà connu un pied humain, alors que pas un des hordiers dont jamais la mort ne fut appuyée de preuves n’est revenu pour en parler ?
  Golgoth neuvième du nom, comme ses ancêtres avant lui, guide sa Horde à contrevent depuis l’Extrême-Aval, qu’ils ont quitté à leurs onze ans après leur formation. Depuis certains sont morts, ont déserté, d’autres voyageurs se sont joints à leur groupuscule autarcique qui ne reconnaît nul endroit comme son foyer. On dit de la 34ème Horde qu’il s’agit de la meilleure de toutes, celle qui a des années d’avance sur les précédentes, avec un Golgoth dur comme la pierre et l’élite des hordiers derrière lui. Mais les épreuves ne les épargneront pas pour autant. La 34ème sera-t-elle celle qui lèvera le mystère sur ce que tous imaginent comme étant la genèse de leur univers, derrière les terrifiants territoires glaciaires de Norska ? Et s’ils parviennent à surmonter chaque obstacle qui se dressera sur leur chemin, à quelle vérité seront-ils confrontés ?

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Roman publié en 2004 aux éditions La Volte. Repris par les éditions Gallimard, collection Folio SF, en 2015. Format poche. 701 pages. One-shot.

Coût : 11,10€.

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Comment j’ai découvert La Horde du Contrevent :

  Je confesse : il est resté dans ma PAL un an. J’ai longtemps repoussé sa lecture surtout à cause de sa taille… 700 pages, même en poche, ça fait une petite montagne. Je l’avais acheté comme ça dans une librairie, sans préméditation, parce que beaucoup de gens m’en parlaient et que je voulais l’avoir sous la main pour quand ça me chanterait de le lire.

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Une petite mise en bouche…

  – Bien les enfants ! Allez, on se reconcentre s’il vous plaît ! Je récapitule : pourquoi la horde doit-elle remonter la Terre à pied, et non pas en navire comme nous ?
  – Moi, moi !
  – Oui, Ninaccia ?
  – Parce que sinon, ils pourront pas rencontrer les neuf formes de vent, et alors leur horde sera pas… sera pas bonne quoi !
  – Elle ne sera pas valable, oui. Et ce savoir leur manquera en Extrême-Amont où ils en auront absolument besoin pour achever leur quête. Ainsi l’ont écrit les sages. Quelqu’un peut-il maintenant me dire combien de fores de vent la horde a déjà rencontrées ?
  – Cinq !
  – Six ! !
  – Oui, c’est six. Et pouvez-vous me donner ces six premières formes du vent, par ordre de difficulté ?
  – La zéfirine, le slamino, le choon, la stèche… Euh… le crivetz et le furvent !
  – Oui, très bien. Un bon point pour Ninaccia ! Maintenant, concours de vitesse ! Celui qui trouve le premier gagne un hiboo dédicacé par… Golgoth.
  – Ouaaaaiiis ! !

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Mon verdict :

  La Horde du Contrevent est sans conteste un gros, gros coup de cœur. Une claque monumentale en matière de fantasy. Mais peut-on vraiment parler de fantasy ? Il s’agirait plutôt d’une chimère, croisement entre de la fantasy, de l’aventure, un chouia de science-fiction… Un véritable OVNI. Un très, très bel OVNI.
  La narration se partage entre les vingt-deux héros de l’histoire, et les narrateurs se distinguent les uns des autres par un petit signe de ponctuation au début du paragraphe : ) ; > ; ~ ; ]]… Il y en a autant que de hordiers. Au début, ce grand bazar de points de vue peut déconcerter : comment s’y retrouver quand on connaît à peine les prénoms des uns et des autres, et qu’un change de guide à toutes les pages ? Heureusement, chaque signe et son correspondant sont indiqués au début du roman. Voire, luxe, il y a moyen de se dégoter un marque-page qui les résume tous ; il y en avait un glissé dans mon exemplaire en tout cas. Plus pratique que de devoir constamment retourner aux premières pages du livre.
  Nous suivrons, au fil des pages, l’histoire de cette Horde que beaucoup voient déjà comme la dernière de l’Histoire : les technologies avancent, bientôt il n’y aura plus besoin de faire la route à pied. Et si la 34ème, si performante, ne parvient pas à franchir l’obstacle Norska, alors personne n’y parviendra… L’histoire débute quand les hordiers avoisinent la trentaine : la première scène n’est autre qu’une progression contre un furvent, soit la sixième forme de vent, et l’une des plus dures à contrer… La confusion est au rendez-vous, l’ensemble tient beaucoup plus du chaos que de l’introduction à un univers si différent du nôtre. Entre la compréhension du vocabulaire très spécifique de la Horde, les personnages qui se partagent déjà la narration et l’adrénaline de l’instant présent, le lecteur a 90% de chances de complètement se paumer dès les premiers paragraphes. En effet, jamais les termes spécifiques à l’art du contrevent ne seront explicités : il vous faudra déduire par vous-même leur signification et leurs associations. Exercice fort complexe au début, mais croyez-moi, vous aurez tôt fait d’intégrer toutes ces mécaniques par la force de l’automatisme : l’immersion est totale et on apprend à différencier une formation en diamant d’une en delta, un choon d’un slamino, par réflexe une fois les premiers chapitres passés. Néanmoins, si je devais attribuer un défaut majeur à La Horde du Contrevent, il concernerait cette hallucinante diversité de vocabulaire qui mettrait à mal plus d’un lecteur pas assez motivé pour tout saisir et retenir.
  La galerie de personnages m’a impressionnée. Vingt-deux protagonistes, est-il possible de s’attacher à chacun d’entre eux dans cette folle quête du contrevent ? La réponse est oui : tous, de Golgoth l’antipathique à Tourse et Darbon si discrets, sauront toucher ton petit cœur de lecteur laissé bouche bée par les terribles épreuves qu’ils traversent. Certains y laisseront la peau, ce n’est pas une surprise au vu de leur train de vie. De quoi nous les rendre plus proches encore, et fragiles pour ceux qui restent. Suivre des héros sur plusieurs années, de la sorte, est une expérience très forte qu’Alain Damasio a menée avec brio. Tous ces visages, différents mais inextricablement liés dans la tourmente, forment un patchwork précieux et qui, peu à peu, prendra la teinte d’usure et de poussière de ce qu’il devra traverser. Mon petit préféré est Caracole, sans trop de surprise. Par contre, j’ai deviné dès les premières allusions les caractéristiques de sa nature profonde. Effet voulu, ou me suis-je avérée trop perspicace ? L’émotion n’est pas ternie malgré tout. Je me suis aussi attachée à Callirhoé, principalement pour son caractère, son nom à coucher dehors et ses capacités de feuleuse. Son histoire émouvante dans le lac de Lapsane.
  La Horde du Contrevent se compose en réalité d’une infinité de petits instants de quotidien volés à la Horde. De leurs soirées agrémentées des contes de Caracole aux moments les plus cauchemardesques de leur quête, en passant par leurs rares contacts avec des peuplades sédentaires ou fréoles (très joli mot, qui me fait penser à « frivole », ça doit être voulu), leurs personnalités multiples et l’esprit de leur groupe se décrit par des points de vue croisés, des expériences relatées, des échanges ambigus. Les personnages sont présentés au lecteur dans toute leur force dans les instants cruciaux, puis avec plus de délicatesse, presque une pudeur, quand l’action retombe et que vient le moment de panser ses plaies.
  La Horde du Contrevent, c’est aussi un roman philosophique. Il n’y a qu’à voir ces héros qui partent en quête de l’origine de leur monde ! J’avoue que parfois, les sujets sont carrément pointus, et les messages compliqués à saisir. Mais qu’on file ce bouquin à un philosophe, et il n’est pas prêt de redescendre de son petit nuage… Entre les formes de vent (il y en a des philosophiques, ah si, je vous jure), les maximes de Caracole, les états d’âme des uns et des autres, et l’intrigue en elle-même, cet objectif si titanesque qu’ils lui voueront leur existence… La tour d’ær et ses livres de pierre, les fréoles nomades et leur jeu du flambeau, les chrones par dizaines et leurs capacités qui défient l’imagination ; encore une fois, les symboles ne manquent pas, et une véritable leçon de vie se dessine. Les protagonistes sont constamment aux prises avec leur conscience : sacrifier leur vie pour le rêve chimérique d’atteindre l’Extrême-Amont, ou se résigner à renoncer et vivre plus paisiblement, loin de la tourmente du contre en pleine nature, mais au risque d’attirer sur soi l’opprobre ? Le jeu en vaut-il la chandelle ?

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Ma note :

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Points forts :

Ecriture magnifique
Personnages variés et très construits
Philosophie des vents qui a beaucoup à nous apprendre
Soins graphiques : symboles des narrateurs, compte des pages à rebours

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Points faibles :

Immersion dans l’univers difficile au début

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ShishiShishi fanboy. Coup de coeur absolu, livre à jamais dans mes annales, à conseiller à chaque occasion.

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CQFD :

  Enorme coup de cœur pour La Horde du Contrevent. A lire absolument, même si les romans de type pavés vous font peur. C’est une expérience à vivre, au moins une fois dans une vie de lecteur d’imaginaire !

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Si tu as aimé La Horde du Contrevent, tu aimeras…

Vango, de Timothée de Fombelle
Sorceleur, d’Andrzej Sapkowski

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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6 commentaires sur “La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio

    • C’est vrai que vu le poids du mystère de l’Extrême-Amont, ça pourrait être douloureux de le relire, de revoir toutes les interrogations en connaissant le fin mot de l’histoire… pourtant une relecture, en connaissant à l’avance les secrets des vents, ceux de Caracole, etc, aurait de quoi être enrichissante ! Il y a matière à hésiter 🙂

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  1. J’en suis au tiers, à peu près et je continue avec grand plaisir. Je ne sais pas trop pourquoi. Une espèce de fascination des mots qui m’entraîne à lire encore. Pas trop de problèmes de vocabulaire, la mécanique des fluides j’ai quelques bases. Et le vocabulaire spécifique de la horde on le saisit assez vite et même si on ne comprend pas un mot on survit ! Par contre je suis étonné que tant d’ados soient capables de le lire alors qu’ils s’enfuient devant Jules Verne. Rien à voir bien sûr ! 🙂 Il y a une drôle de magie dans ce roman. Des personnages attachants et intrigants… Bref merci à toi et à Vincent pour m’avoir fait découvrir ce bouquin.

    Aimé par 1 personne

    • Héhé, déjà le tiers ! Et ce n’est pas fini. Dans le dernier quart, tu seras incapable de le lâcher ! En effet, je le trouve moi-même super ardu niveau style et vocabulaire, mais j’ai rencontré d’autres ados, même de petits lecteurs, qui m’ont dit l’avoir lu et adoré. Il doit y avoir une alchimie qui se fait !

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