I.R.L., d’Agnès Marot

Salutations.

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I.R.L.

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Mon résumé :

  Chloé Blanche a dix-sept ans ; jeune fille effacée, elle se laisse porter par un quotidien mitigé entre l’angoisse du bac à passer et la douloureuse absence de son père à la maison. Depuis longtemps, elle a le sentiment que les malheurs qui lui tombent dessus avec une régularité qui force l’apitoiement ne sont pas uniquement issus du hasard ; malheureusement, c’est plus qu’une impression.
  Chloé, comme les centaines d’autres habitants de Life City, est en réalité une IA, une Intelligence Artificielle. Elle évolue dans un univers virtuel créé spécialement pour animer l’émission télévisée Play Your Life, qui fait un carton depuis près de vingt-cinq ans. Chloé est dirigée par un joueur du monde réel et les déconvenues qui l’accablent sont calculées pour faire grimper l’audience : les spectateurs la prennent en pitié, s’identifient à elle, et suivent avec avidité chaque rebondissement de sa vie.
  Quand Chloé découvre la supercherie, elle a soif de vengeance, mais cela l’attriste aussi : programmée pour se penser humaine, elle n’est en fait qu’une marionnette… Surveillée de toutes parts et incapable de retrouver son innocence d’antan, saura-t-elle se faire des alliés, dans les mondes réel et virtuel, pour libérer les habitants de Life City et prouver l’authenticité de son humanité ?

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Roman publié en mars 2016 chez les éditions Gulf Stream. Format moyen, 442 pages.

Coût : 18€.

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Comment j’ai découvert I.R.L. :

  Le roman a été publié presqu’en même temps – et chez la même maison d’éditions – que Memorex, de Cindy Van Wilder ; je voulais absolument lire l’un des deux dès sa sortie, il fallut faire un choix : j’ai pris Memorex. J’ai failli acheter I.R.L. au SLPJ de Montreuil, ça ne s’est pas fait pour de bêtes raisons budgétaires. Trois mois plus tard, je l’emprunte enfin à la médiathèque de Bordeaux. Mieux vaut tard que jamais.

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Une petite mise en bouche…

  « Eluard a écrit ce poème à une époque où il était pourchassé et devait changer régulièrement de nom. « J’écris ton nom. » Il fut diffusé sur la BBC, une radio anglaise clandestine, il y a plus d’un siècle. Et aujourd’hui, je ne fais rien qu’Eluard n’a déjà fait. Je suis là et je prononce ce nom pour vous qui l’avez oublié, dans la clandestinité, parce que nous sommes nés pour le faire. Pendant des siècles, des hommes et des femmes se sont battus pour cette liberté. Ils l’ont arrachée au prix de leur vie, de leur famille, parce que le besoin d’être libre était inscrit dans leur sang.
  « Et qu’est-ce qu’on en a fait ? On l’a laissée sombrer, année après année, pour la remplacer par une prétendue sécurité qui nous permet de vivre confortablement. ON est devenus esclaves de nos propres faiblesses. »

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Mon verdict :

  Comme pour Phobie, de Sarah Cohen-Scali, j’ai trouvé que l’histoire s’éloignait assez vite du résumé proposé sur la 4ème de couverture. Néanmoins, le contraste est moins marqué que dans Phobie, qui se divise tout de même en deux parties distinctes ; I.R.L., plutôt que de décevoir les attentes créées par sa 4ème de couverture, nous propose plutôt quelque chose qui va au-delà de nos premières espérances.
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  Le personnage de Chloé est extrêmement bien construit : loin des héros sans consistance qui réunissent pour tout caractère une panoplie d’instincts propres à tous les êtres humains, elle a des comportements qui lui sont propres, des défauts autant physiques que psychologiques. Le roman explore sa vie jusqu’à ses moindres zones d’ombre, avec justesse quand Chloé se trouve démunie face à l’omniscience des spectateurs de Play Your Life, le lecteur se sentirait presque coupable de partager, en quelque sorte, ce voyeurisme. Chloé traverse de dures épreuves, et son évolution est marquée à long terme. D’effacée elle devient assurée et courageuse, leader presque, et ce presque par la force des choses : pas question ici d’une héroïne soi-disant timide qui change de caractère sans explications sous la plume de l’auteure. Chloé change à cause de ce qu’elle vit et c’est bien mieux ainsi.
  Au vu du résumé, j’attendais l’intrigue amoureuse au tournant ; heureusement, ce fut une bonne surprise. On ne change pas une équipe qui gagne, la fin reste prévisible, mais le personnage de Link – sûrement mon préféré – apporte une profondeur et une complexité bienvenues aux problèmes de cœur de notre Chloé. Défense d’en dire plus pour ne rien gâcher du roman, mais laissez-moi vous dire que je n’avais plus vu de protagoniste de ce genre depuis belle lurette et son caractère particulier est jubilatoire. Sa relation avec Chloé vaut clairement le détour. Plus de déception du côté d’Himli, mais ça doit être mes goûts personnels qui interfèrent, puisqu’objectivement je ne trouve rien d’assez concret à lui reprocher. Chloé fond littéralement à chaque fois qu’elle le voit et ça, je trouve ça un peu fort, mais que connais-je vraiment de l’amour ? Je ne peux pas juger. Le réalisme du roman concernant les caractères de ses personnages est trop bien travaillé pour que je me permette de critiquer quelque chose que je ne connais pas assez.
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  L’histoire aborde sans s’en cacher un thème complètement d’actualité : la téléréalité. Bien que le phénomène soit poussé à l’extrême dans I.R.L., il fait remarquablement écho à des problématiques de notre époque : considérer ou pas des IA comme des êtres vivants et pensants ? Jusqu’à quel point peut-on, éthiquement parlant, tolérer certains concepts de la téléréalité ? A la lecture d’I.R.L., tous les lecteurs sont-ils obligatoirement choqués par la situation que vivent tous les habitants de Life City ? Pour moi c’était inhumain, mais je m’interroge néanmoins sur l’avis de personnes amatrices elles-mêmes de téléréalité. Nous suivons cette problématique à travers les yeux de Chloé, mais pas uniquement : ont également leur place une mère et sa fille qui sont des spectatrices habituées de Play Your Life, Link évidemment, et quelques autres protagonistes quand le moment s’y prête. En somme, le sujet est très creusé et le roman se donne les moyens de ses ambitions : points de vue internes et croisés mais toujours cohérents, c’est la clé d’une analyse de sujet subtile, au top pour faire réfléchir le lecteur.

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Ma note :

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Points forts :

Psychologie des personnages très développée
Véritable message à faire passer par l’histoire du roman

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Points faibles :

Intrigue amoureuse un peu trop prévisible

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ShishiShishi heureux. Coup de coeur modéré, très bon moment de lecture mais pas assez emballée.

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CQFD :

Que rajouter ? I.R.L. allie action et psychologie. Des monologues angoissés de Chloé qui voit son monde s’écrouler aux scènes à suspense qui font tenir tous les enjeux de l’intrigue et les espoirs des personnages, le combo est parfait et je m’en suis régalée. Pour moi, I.R.L. est quasiment un sans-faute.

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Si tu as aimé I.R.L., tu aimeras…

Memorex, de Cindy Van Wilder
Animale, de Victor Dixen
La mort du temps, d’Aurélie Wellenstein

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Amitiés,

Chinmoku.

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