Iliot, de Baptiste Piriou

Salutations.

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Iliot - Le Pays des TénèbresPas de Shishi sur cette photo, et pour cause : comme j’ai lu Iliot au format numérique, alors pas moyen de l’incruster dans la présentation.

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Mon résumé :

  Iliot est un jeune Parisien de quinze ans, plutôt rêveur et passionné d’Histoire. Au cours de l’une de ses excursions quotidiennes à la bibliothèque, il découvre un livre étrange, intitulé « Le Pays des Ténèbres », dont toutes les pages sont blanches exceptée la première, marquée d’une sorte de prophétie…
  Ce livre s’avère être un passage entre les mondes : il relie la Terre au Pays des Ténèbres, une terre magique créée il y a des siècles par un magicien fuyant la chasse aux sorciers en Europe.
  Iliot a un grand rôle à jouer dans l’Histoire du Pays ; colonisé par les Stosym, une race humanoïde malfaisante, le royaume perd peu à peu son indépendance et ses richesses. Iliot serait leur seule chance de rééquilibrer la balance ? Lourd poids sur les épaules du garçon. Mais il fera tout pour s’en montrer digne et sauver son nouveau peuple…

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Roman publié le 10 avril 2017 aux éditions Boz’Dodor. Trilogie, un seul tome paru pour le moment. Disponible aux formats papier et numérique. 286 pages.

Coût : 3,99€ en ebook, 16€ au format papier.

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Comment j’ai découvert Iliot :

  Il s’agit d’un partenariat établi avec son auteur, Baptiste Piriou. Merci d’avoir fait confiance au Monde Fantasyque ! J’ai lu le roman au format numérique, exceptionnellement, sur mon téléphone portable.

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Une petite mise en bouche…

 – Bonjour Iliot, ça fait si longtemps, dit-elle comme si tout était normal.
  – Euh… Je… Comment connaissez-vous mon nom ?
  La femme se mit à rire, d’un rire qui n’avait rien de chaleureux. Il était même glacial et le mit mal à l’aise.
  – Je m’appelle Rose, je viens du Pays des Ténèbres. Ce livre est la clef pour suivre ta destinée.
  – Je ne comprends pas… Quelle… destinée ?
  Anxieux, Iliot ne pouvait s’empêcher de se balancer d’avant en arrière.
  – Revenir dans ton monde.
  La porte d’entrée de l’appartement claqua. La mère d’Iliot venait de rentrer. Il eut à peine le temps de cligner des yeux que la mystérieuse femme avait disparu. Le livre était toujours ouvert sur le lit. Il s’en approcha prudemment. L’ouvrage se referma alors violemment.
  – Iliot, je suis rentrée ! Tu veux cuisiner avec moi, je viens de faire les courses ?
  Même s’il n’avait aucune envie de cuisiner ni de passer du temps avec sa mère, il se sentit obligé de dire oui.
  – J’arrive, Maman, je finis mon chapitre !

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Mon verdict :

  Ma lecture d’Iliot – Le Pays des Ténèbres s’est avérée très mitigée : en cause, non pas de gros défauts handicapants, mais une multitude de petits détails qui m’ont gâché le plaisir et que je me dois de mentionner. Pour bien faire les choses, je vais commencer par parler des défauts et je finirai avec les qualités pour te laisser une bonne impression, parce que la trilogie d’Iliot, à mon avis, méritera quand même le coup d’œil. Je compte suivre sa progression de près, d’ailleurs.
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  Les défauts du Pays des Ténèbres tiennent, majoritairement, plus à la forme qu’au fond ; c’est en tout cas ce qui m’a le plus dérangée. Et pour moi, bien que je ne vise personne, il manque quelques relectures au roman d’un point de vue technique. Déjà, le rapport au temps à court terme. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais à force de répétitions… Par exemple, le héros dispose de trente minutes pour se préparer le matin : en vingt minutes, il s’habille et mange une pomme, et ce en se dépêchant. Distorsion d’espace-temps non mentionnée ou problème de logique ? C’est ce genre de petites incohérences répétées qui gênent le récit (en plus, je suis du genre maniaque) et qui, à mon sens, traduisent un manque de recul et de soin dans la relecture. Ce genre de conseil vaut pour tous les écrivains en herbe ! Ne sous-estimez pas l’importance de ces détails. Dans la même veine, les tics verbaux ou narratifs. C’est assez courant, en fait : pour marquer une transition, relancer l’action ou mettre deux concepts en relation, l’auteur a tendance à en abuser : des « donc » dans sa narration, et des « bon » dans ses dialogues. Par exemple, je cite : « Bon, je suppose que tu sais où l’on va ce matin ? » Ce type de « bon », je veux dire. Ça fait très « relance artificielle » de l’attention du lecteur, je trouve, et même plus objectivement, une répétition de ce genre n’est jamais souhaitable, sauf évidemment s’il y a un intérêt direct pour l’intrigue. Certes, ça peut aussi servir à appuyer le style oral des dialogues avec un vocabulaire peu intellectuel, mais ça ne fonctionne pas dans Le Pays des Ténèbres, étant donné que les personnages ont une fâcheuse tendance à mélanger termes oraux et littéraires au petit bonheur la chance (c’est particulièrement flagrant pour l’un des personnages, mais j’y reviendrai). Un autre défaut, ou un étrange parti pris : entre réalisme et littéraire, il faut savoir choisir, ou au moins séparer les styles selon le personnage qui parle pour leur créer une identité, et utiliser cette diversité à profit. Excuser ce genre de faux pas en prétextant une spécificité de style n’aidera pas non plus à progresser, bien que je n’accuse personne ici non plus.
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  De même, les personnages commencent régulièrement leurs phrases par des formules telles que « je pense », « j’ai l’impression », « je remarque que »… De nouveau,  les dialogues prennent une saveur superficielle avec ces relances et nous touchons là le principal souci d’écriture du Pays des Ténèbres : montrer plutôt que décrire. Savoir faire confiance à son lecteur. Cela m’a frappée dès les premiers chapitres du roman : les pensées d’Iliot sont décrites à tout bout de champ, son quotidien et ses relations avec ses parents aussi. Tout est décrit, puis mis en place dans la narration, mais bien plus brièvement. Je trouve ça très dommage, parce qu’on a toutes les bonnes idées sous les yeux, malheureusement elles sont mal exprimées. Le style se fait lourd, surchargé, quand quelques détails physiques ou allusions suffiraient à faire passer le message au lecteur. Par exemple, dire qu’un personnage frissonne au lieu de dire qu’il a peur. Se contenter des disputes d’Iliot avec son père pour exposer la nature de leur relation au lieu de l’expliquer au tout début du roman. Il y a cette inquiétude que le livre semble brouillon au lecteur, qu’il ne saisisse pas certains liens, certaines nuances. Mais tout préciser explicitement, même si cela l’éclaire sur quelques scènes, risque surtout de le lasser sur le reste du roman. En résulte une vraie surcharge de la narration, dans laquelle la véritable action peine à se démarquer, d’autant plus que certains actes importants se retrouvent, sans raison apparente, réduits à une simple préposition sujet-verbe-complément alors que justement, on voudrait plus de descriptions pour le coup. Par exemple, sans trop situer, quand notre héros fait face à une situation problématique et que, je cite : « Une trappe apparut soudain. ». Comme ça, sans plus de précisions, alors qu’on aurait bien aimé en savoir plus… En général, les descriptions physiques sont souvent légères, qu’elles concernent les décors ou les protagonistes. Je trouve un peu dommage qu’aucune vraie référence architecturale ne soit donnée, et de même pour les vêtements : qu’Iliot mène quelques réflexions dessus, lui qui est féru d’Histoire, aurait apporté au roman. Enfin, et après j’en ai fini avec les critiques de style : le personnage de James. Je n’ai rien contre lui, mais contre son parler, si : James parle avec un accent, il avale des syllabes parfois. Très bon point en soi, malheureusement, son accent disparaît régulièrement à la faveur d’un langage plus soutenu – j’en parlais tout à l’heure, c’est à lui que je faisais allusion. Une autre incohérence inexpliquée qui m’a déçue. Mais j’approuve l’idée de l’accent à Porteus, ça apporte de la crédibilité.
  Concernant l’intrigue, elle suit les grandes lignes de l’histoire classique de fantasy jeunesse. C’est un choix. Les ficelles scénaristiques se devinent parfois, c’est dommage, mais j’ai vu pire.
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  Pour conclure sur les défauts du Pays des Ténèbres, je dirais qu’en se lançant dans un roman avec autant de codes stéréotypés, Baptiste Piriou a pris des risques très importants : ce genre de clichés, ça marchait à coup sûr il y a quelques années, mais ce manque d’originalité peut porter préjudice désormais. Pour ce genre de roman, il faut un style en béton armé, et ce n’est pas encore le cas de Baptiste. Je dis pas encore, parce que son écriture a beau être très verte, je ne doute pas de ses progrès à venir.
  J’ai parlé avec lui avant de commencer ma chronique et quelque chose est ressorti de notre échange. En effet, il reste quelques points qui m’ont posé problème dans Le Pays des Ténèbres, des affaires de clichés plus dérangeantes, quant aux personnages de Rose et d’une mystérieuse reine dont je ne dirai rien ici… Baptiste m’a dit qu’il aimait les clichés quand il savait que ceux-ci finiraient par évoluer positivement. Sibyllin ! C’est pour ça que je ne mentionne pas ces points ici : leur critique serait particulièrement subjective et l’auteur a déjà prévu un retournement de situation. La seule chose que je lui reproche ici, c’est que si le lecteur ne discute pas avec lui de sa lecture du Pays des Ténèbres, il ne pourra pas deviner tout seul que les clichés seront renversés. Et si comme moi, ledit lecteur mène une lourde chasse aux clichés dans sa bibliothèque, il ne lira certainement pas la suite de la trilogie… Parmi ces points à élucider, il y a notamment le fait que le monde de Luoj s’appelle le « Pays des Ténèbres », et qu’il soit mentionné que les Stosym utilisent de la magie noire, ennemie donc des humains… Paradoxe pour moi, pas pour l’auteur. J’ai hâte de voir comment il va justifier ça, parce que pour moi le souci demeure.
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  Respirons, évacuons ! Maintenant, on passe aux qualités du roman. Pas trop tôt, c’est éprouvant pour moi aussi d’autant développer sur ses défauts, mais la démarche me semble nécessaire pour le profit de tous.
  Je critiquais les paroles des personnages mais concernant le reste, ils assurent clairement. Diversité, développement… Ils ne sont pas si nombreux que ça par rapport à d’autres romans de fantasy et chacun d’eux a suffisamment de spécificités pour accrocher le cœur du lecteur. La lecture a  beau être parasitée par les défauts cités ci-dessus, le voyage d’Iliot reste intéressant à suivre et si j’ai pu terminer le roman, c’est principalement par envie de découvrir les enjeux de l’intrigue. Les Stosym manquent un peu de description mais leurs caractéristiques mystérieuses – quoiqu’un peu manichéennes – attisent la curiosité du lecteur. Enfin, le Pays des Ténèbres se fait parfois métaphore de notre monde et se plaît à représenter des enjeux d’actualité comme les conflits entre tradition et innovation, minorité et majorité mal pensante… Intéressant à découvrir.
   Et un mini-mot sur la couverture : n’est-elle pas ma-gni-fique ?? Je l’adore.

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Ma note :

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Points forts :

Bons personnages
Enjeux intéressants
Métaphore de notre société

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Points faibles :
Style à travailler
Confusion entre langage oral et soutenu pour les personnages
Montrer plutôt que décrire

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ShishiShishi mitigé. Bonne lecture, mais des défauts qui ternissent l’ensemble.

 

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CQFD :

  Iliot – Le Pays des Ténèbres ne restera pas un bon souvenir pour moi, mais je fais confiance à son auteur pour travailler son tome 2 et redresser la barre. Pour moi, Le Pays des Ténèbres a tout d’un premier jet sans travail en profondeur ; pour pousser la comparaison, on dirait le premier jet d’un passionné de fantasy qui n’est pas encore très assuré en écriture. Le bon côté de la chose, c’est qu’il ne peut qu’aller de l’avant.
  Je précise avoir conscience que mes critiques restent subjectives et que j’ai tendance à m’attarder sur des détails qui peuvent sembler insignifiants, mais j’espère sincèrement que mes conseils aideront Baptiste Piriou à progresser. J’ai tout de même hâte de lire le tome 2 de la trilogie, pour avancer dans l’histoire et découvrir comment évolue son écriture.

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Si tu as aimé Iliot – Le Pays des Ténèbres, tu aimeras…

Le Monde d’En-Bas, d’Héloïse de Ré
Trazélénia, de Lilou Scheele (ou L’Archipel Sacré, de la même autrice)

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Bonus :

Comme toujours pour une chronique négative, j’indique ci-dessous un lien vers l’avis d’un lecteur qui, lui, a apprécié Le Pays des Ténèbres. Histoire de nuancer un minimum mes propos.
Le site de l’auteur

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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