La mort du temps, d’Aurélie Wellenstein

Salutations.

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La mort du temps

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Mon résumé :

  Callista se réveille, déboussolée, sur un lit d’hôpital parisien dont elle n’a aucun souvenir ; dehors, le chaos règne. Tremblements de terre, fuite des populations en masse… Dans quel enfer se retrouve-t-elle d’un seul coup, alors que ses souvenirs les plus récents semblent se dérober à sa mémoire ?
  Dans sa fuite effrénée du centre-ville, Callista assiste à des phénomènes ahurissants à la limite du cauchemar : le temps semble souffrir, se distordre… Sous ses yeux, des humains rajeunissent d’un seul coup, pour l’instant d’après n’être plus que des tas d’os blanchis.
  Enfin la tempête s’apaise, mais elle laisse le Paris de 2016 défiguré à jamais. Nul autre survivant que Callista alentour, et les bâtiments détruits en côtoient d’autres inhabituels et sortis de nulle part, qui semblent appartenir à des époques révolues depuis des siècles.
  Callista comprend rapidement : c’est la mort du temps. Toutes les époques de la Terre ont fusionné dans un énorme maelström et ont laissé la planète dévastée, sans repères, seulement animée de rares êtres vivants issus d’ères disparates dont les routes se croiseront pour le meilleur ou pour le pire.
  Etrangement, l’origine de la distorsion semble être Paris : une explosion récurrente l’a prise pour épicentre, et à chaque nouveau coup détruit un peu plus de territoire en accroissant son diamètre. Callista appelle ce phénomène le Flash et le fuit éperdument après avoir vu les paysages se faire désintégrer par son enveloppe de lumière. En errance dans les campagnes françaises, elle n’a plus qu’un but désormais : survivre jusqu’à atteindre, dans l’Est, le domicile de sa meilleure amie qui y vivait avant l’explosion. L’espoir qui la fait tenir ? Retrouver Emma en vie et affronter leur nouveau monde à ses côtés.
  Au cours de son périple, elle va rencontrer d’étranges personnages qui, contrairement à elle, ne sont pas ressortis indemnes du chamboulement temporel. Certains l’assisteront dans sa quête, quand d’autres lui seront complètement hostiles. Les épreuves de Callista ne font que commencer. Peut-être même découvrira-t-elle, dans les ruines de son monde, les origines de la mort du temps…

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Roman publié en mai 2017 aux éditions Scrinéo. One-shot. Nombre de pages encore inconnu.

Coût : inconnu.

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Comment j’ai découvert La mort du temps :

  Les libraires de Mollat m’ont prêté cet ouvrage qu’ils avaient en épreuves non corrigées ; merci beaucoup !

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Une petite mise en bouche…

  Ils marchaient depuis plusieurs heures au milieu des plaines et des champs tondus lorsqu’une montagne d’acier s’érigea à l’horizon.
  Jamais je ne m’habituerai, pensa Callista en considérant, la bouche à demi ouverte, les monceaux de métal qui brillaient au soleil.
  Ils approchèrent, les détails du curieux édifice se révélant à eux mètre après mètre. Des immeubles s’entortillaient en une tour de béton, parcourus des veines sombres des routes ; des cheminées saillaient comme des gargouilles ; des milliers de fenêtres étincelaient dans la lumière ; et, au beau milieu de cette folle torsade, on distinguait même une cathédrale. Des piliers, des colonnes et des chapiteaux s’entrelaçaient à des clochetons, à des balustrades ouvragées et des aiguilles garnies de crochets. Le soleil jouait sur une immense rosace, ouverte comme un œil dans le chaos architectural.
  – Est-ce l’un de vos bourgs ? s’enquit Roland.
  – Pas vraiment. Je n’ai jamais vu un tel truc de ma vie.
  Manifestement, le cataclysme s’était emparé de la ville, de ses habitants, de ses plantes et de ses animaux, et les avait froissés dans son poing pour construire cette folie agglomérée. Callista pensa à de la pâte à modeler. Y avait-il des gens dans ces édifices monstrueux ?

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Mon verdict :

  Après Le roi des fauves et Les loups chantants, Aurléie Wellenstein s’est lancée dans un nouveau roman-bombe, en conservant des caractéristiques scénaristiques précédemment apparues dans Le roi des fauves : des héros dont la destinée semble fatalement toute tracée, une place importante dédiée à la nature et surtout, une bestialité presque typique dans son écriture.
  Tu l’auras compris, j’ai adoré La mort du temps.
  Le principal enjeu du roman, à savoir la fuite permanente du Flash à travers un espace-temps complètement chamboulé, apparaît très rapidement après une introduction haute en couleurs, aux allures de fin du monde. Ce Flash rythmera toute l’histoire de son battement funeste : il gagne du diamètre toutes les demi-heures environ, et coupera systématiquement toute possibilité de retraite aux personnages. Une seule voie : aller tout droit. Et ne jamais s’arrêter trop longtemps, même pour dormir, sous peine de mourir… Cette épée de Damoclès abîme proportionnellement la psyché de nos héros et il y a de quoi : ils voient peu à peu, dans leurs dos, les terres qu’ils viennent de traverser se faire désintégrer. On a vu plus joyeux, mais certes pas plus motivant pour avancer.
  Le quotidien des protagonistes est très rude. Ils errent en pleine campagne et les descriptions ne les épargnent pas ; gare aux plus sensibles ! Les blessures sont décrites et leurs tourments, tant physiques que mentaux, tout autant. Des personnages vrais de vrais, avec leurs fêlures qui vont s’agrandissant, avec toutes leurs différences et leurs coups d’éclats. Callista est très ancrée dans son quotidien d’adolescente du 21ème siècle : des références régulières aux réseaux sociaux, aux jeux vidéo, à des lieux de Paris aussi. Tout pour permettre une identification facile du lecteur, et ça marche. Callista se retrouve vite aux prises avec des sentiments d’impuissance, de culpabilité (dans quelles circonstances, ça, vous le verrez en lisant…), qui nous paraissent justifiés mais qui souvent font défaut aux héros de roman. Quand on n’a pas carrément affaire à des quasi-Mary-Sue ou Gary-Tsu, mais c’est plus rare. Calli est loin d’être parfaite, elle réagit comme n’importe quel autre ado de son âge pourrait réagir. Pas d’embellissement, à l’instar des héros du Roi des fauves.
  Effectivement, en découvrant le résumé du roman, on s’attendrait à un chaos historique complexe mais très contrôlé par l’auteure, des constructions bluffantes, de la documentation en pagaille sur les époques mélangées, des personnages célèbres peut-être, que sais-je encore… Mais nous avons là affaire à Aurélie Wellenstein : pour la douceur et le pittoresque, on repassera. Son univers est violence, sauvagerie, chaos et indépendance. Cette distorsion temporelle n’est pas tissée de l’étoffe habituelle des romans Young Adult de SFF. Ici, il y a du gore, de grandes souffrances, de la monstruosité aussi. Mais La mort du temps se distance des codes et ne s’en porte que mieux. Déception au début en découvrant cette Terre détruite jusqu’aux entrailles par les terribles ravages de la distorsion, sans plus un être vivant indemne, et qui n’est plus maintenue en un seul morceau que par les espoirs chimériques d’une adolescente désabusée ? Tu t’en remettras vite pour goûter davantage l’essence même du roman et à sa beauté sauvage. Ce fut mon cas. On ne regrette pas longtemps ses illusions en découvrant quel monde Aurélie Wellenstein nous a ficelé pour le plaisir des yeux.
  L’intrigue du roman semble à premier abord assez simple, et je l’ai résumée plus haut : Callista et ses compagnons d’infortune fuiront le Flash dans l’espoir insensé de parvenir, un jour, à le distancer ou à atteindre des terres protégées. N’aie crainte, les origines du Flash ne demeureront pas inconnues jusqu’à la fin : elles seront découvertes et expliquées, plus tôt que ce à quoi je m’attendais d’ailleurs. L’intrigue se trouvera altérée par le chaos du temps, d’une façon que je ne dévoilerai pas pour ne rien gâcher de la surprise. Mais jouer cette carte, en s’exposant à des paradoxes temporels, était quelque peu risqué, et Aurélie s’en est très bien sortie. Concernant la fin, je la sentais un peu venir, dans la mesure où elle a quelques points communs avec celle du Roi des fauves. Je parle ici de manière assez générale, les deux fins n’ont pas grand-chose à voir, mais j’avais cru distinguer une tendance quant au… traitement des héros en fin de route. Mais la chute a su rester surprenante et fait une très belle conclusion pour le roman.
  La narration étant du point de vue de Callista et assez introspective, les autres personnages nous restent assez obscurs d’un point de vue psychologique. En revanche, niveau caractère, ils ont de la consistance et de la répartie. Ma petite préférée ? Jeanne, elle est géniale cette petite. Elle apporte une innocence bienvenue à l’histoire et m’a poussée jusqu’au rire à de nombreuses reprises – c’est rare. Les « chevaliers » de Callista ont aussi leur charme, malgré des caractéristiques particulières que je garderai encore sous silence. Néanmoins, je souligne qu’ils m’ont rappelé les berserkirs du Roi des fauves ; bestialité quand tu nous tiens, impossible de te délaisser trop longtemps… Néanmoins, ça tient largement plus de l’anecdote que de l’inspiration franche. Une coïncidence, presque.

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Ma note :

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Points forts :

Héroïne au caractère travaillé
Travail intéressant du chaos temporel
Background et designs des personnages

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Points faibles :

Détails crûs et pas toujours au goût du lecteur

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ShishiShishi enchanté. Coup de coeur qui emballe presque à la perfection. Quasiment dans mon élite !

 

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CQFD :

  Je ne trouve quasiment aucun défaut à La mort du temps. Un roman exceptionnel qui, je l’espère, décrochera son lot de prix littéraires. Un travail de maître, bravo !

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Si tu as aimé La mort du temps, tu aimeras…

Le roi des fauves, d’Aurélie Wellenstein
Le songe d’Adam, de Sébastien Péguin
Le Premier, de Nadia Coste

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

 
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