5 Mondes, d’Alexis et Mark Siegel, Boya Sun, Matt Rockefeller et Xanthe Bouma

Salutations.

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5 Mondes

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Mon résumé :

  La planète Mon Domani et ses quatre lunes sont habitées par des humains aux peaux colorées et des plantes pensantes depuis la nuit des temps. Sur chacun des cinq mondes est construit un Phare : il est dit qu’il y a mille ans, quand la reine Félidée et sa cour vivaient encore sur Mon Domani, les Phares éclairés maintenaient l’équilibre entre les peuples. Mais ils se sont éteints depuis des lustres, et tout pousse à croire que sans eux, les cinq mondes s’engagent sur un enchaînement de crises politiques et écologiques sans précédents…
  Oona Lee est une apprentie danseuse de sable : depuis des années, elle s’entraîne à contrôler le sable doré de Mon Domani pour lui donner vie et créer des aniformes, sortes de golems à son service. Théoriquement, à son service, car Oona a depuis toujours de grandes difficultés à contrôler les aniformes qu’elle génère. Un défaut qui lui apporte quotidiennement son lot de moqueries de la part de ses camarades apprentis. Tous les sept ans a lieu une cérémonie d’importance au cours de laquelle un Elu (tintintin) est désigné parmi les apprentis danseurs : il s’agit d’un élève particulièrement doué que l’on destine à tenter de rallumer le phare de Mon Domani. Il y a de cela sept ans, Jessa, la sœur aînée d’Oona, a été désignée comme Elue. Mais plutôt que d’accepter ses responsabilités, elle a fui pour une destination inconnue et n’est plus réapparue depuis. Hantée par le désastre de Jessa, Oona redoute terriblement le prochain jour du Phare… Les événements vont lui donner raison.
  Toki, la dernière lune de Mon Domani, discriminée depuis des siècles, lance une attaque sur la planète pour empêcher le Phare de se rallumer. Assistée d’An Tzu, un garçon très débrouillard, et de Jax Amboy, un célébrissime joueur de starball, Oona va tenter de retrouver sa sœur pour rallumer le Phare avant le triomphe total de Toki…

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5 Mondes

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Bande dessinée en plusieurs tomes, le premier est paru en mars 2017 aux éditions Gallimard. Initialement en anglais états-unien, traduit par Isabelle Troin. Format moyen, 253 pages. Dessins en couleurs.

Coût : 19,90€.

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Comment j’ai découvert 5 Mondes :

  J’ai découvert la BD par un pur hasard : elle m’a tapé dans l’œil alors que je parcourais vaguement du regard les étalages graphiques de la librairie Mollat. La couverture m’a directement accrochée, en le feuilletant, nouveau coup au cœur. Le prix m’a un peu fait déchanter, mais vu l’objet il est parfaitement justifié. Anniversaire aidant, je me suis retrouvée avec de l’argent à dépenser, alors je suis revenue pour en faire l’acquisition… Et diantre, je ne regrette pas d’avoir cédé à mon instinct !

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Mon verdict :

  5 Mondes se situe à l’extrême limite de mes coups de cœur absolus, et je n’attends que les tomes suivants pour officialiser ce statut. C’est dire si la BD m’a plu ! A part quelques défauts anecdotiques, pour moi c’est l’amour total.
  5 Mondes est rangé dans le rayon jeunesse des librairies et des bibliothèques, mais comme beaucoup d’œuvres il est tous publics, et si les cabrioles de ses héros amuseront les enfants, il porte des enjeux très sérieux et d’actualité qui intéresseront aussi les plus âgés. Son univers est un savant mélange de fantasy et de science-fiction : les robots et les vaisseaux spatiaux côtoient la magie du sable et les hommes-plantes. Néanmoins ici, la technologie n’est pas synonyme d’une société plus évoluée que la nôtre : les codes sociétaux diffèrent car depuis toujours, Mon Domani vit connectée à ses quatre lunes. Les vaisseaux spatiaux, c’est la base du déplacement pour eux.
  Au niveau des différentes formes de vie, je tire également mon chapeau aux auteurs : deux grandes catégories se distinguent – sans compter les androïdes : les humains, quelle que soit la couleur de leur peau, et les plantes, plus ou moins mélangées à de l’ADN humain au fil des générations : les fameuses « sèves-mêlés », comme Rameau. Mais les peuples habitant sur les lunes ont vu leur apparence influencée par leur lieu de vie – du moins je le déduis car aucune explication claire n’est fournie ; ça va de la peau bleue pour les Toki à des yeux énormes et lumineux pour les Yattans, etc. Autant les Toki semblent avoir une morphologie qui rappelle celle des peuples asiatiques terriens – cheveux noirs et raides, yeux bridés –, autant les Domaniens sont ceux qui se rapprochent le plus d’un physique typé Terrien en général, avec une jolie diversité au niveau des peaux et des corps, diversité que je souligne car trop souvent mise de côté dans la littérature. Les différences sociales entre les peuples se soulignent à chaque interaction : une haine latente entre certains d’entre eux, et une discrimination réfléchie parfois. Les Toki se retrouvent détestés de tous à cause de leur rôle dans la vieille guerre des 5 Mondes, et blâment les hommes-plantes en raison de leur grande différence avec les autres peuples, comme pour se soulager de leur propre malheur.
  Je ne sais pas pour toi mais moi, cette complexité sociale, ça me plaît énormément. Parce que ce n’est pas le sujet principal de la BD, qui reste un livre d’aventure, mais que ça s’amène avec suffisamment de subtilité pour toucher le lecteur quel que soit son âge, avec simplicité mais efficacité si on se penche un tant soit peu sur la question. Le thème de la discrimination, dans ce premier tome, n’est jamais directement évoqué ! Mais par des répliques ou des scénettes du quotidien exposées entre deux actions d’importance, il s’immisce peu à peu dans la lecture, avec beaucoup de justesse. Big up à la scène du restaurant page 65, et le fameux « Mais c’est de l’humouuur c’est toi qui sais pas rire » qui nous fait tous grincer des dents quand on nous le sort pour justifier une blague raciste ou machiste. Pour moi, ça montre un vrai engagement des auteurs et la volonté de laisser transparaître un véritable parallélisme avec notre propre société, et tout ce que cela implique. Idem pour les différences de niveau de vie au sein même de Chrysalis, la capitale de Mon Domani : entre Sao Sablo, le bidonville local, et le luxueux Château de Sable, il y a friction. Mais je n’en dis pas plus sur le sujet, histoire qu’il te reste quelques surprises.

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5 MondesTout à fait, ça ne se fait pas de se moquer de tes différences, jeune Toki.

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  L’intrigue tourne directement autour d’enjeux écologiques : rallumer les Phares servirait à arrêter le réchauffement climatique qui dérègle les cinq mondes et cause une pénurie d’eau à l’échelle interplanétaire, dont les hommes-plantes sont les premières victimes. Une solution nécessaire pour certains, utopique ou carrément mensongère pour d’autres, qu’Oona et ses alliés poursuivront comme une chimère au cours de leurs aventures. Sur Terre nous n’en sommes pas encore à la pénurie d’eau, mais le dérèglement quasi-magique des cinq mondes évoque clairement pour moi une métaphore de nos propres soucis environnementaux.
  Si ce genre de parallélisme sociétal te touche très moyennement, je tiens à te rassurer : la BD se lit très bien même sans réfléchir autant. Ce serait juste dommage de passer à côté d’autant de messages cachés qui donnent une profondeur toute particulière au livre.
  Toujours sur la morphologie des protagonistes, un petit détail qui m’a beaucoup plu : Oona n’a rien d’une top-modèle. Elle a un corps rond, des formes pas parfaitement proportionnées. Je ne sais pas si c’est mieux géré en BD que dans les romans ou les mangas, mais voir une héroïne originale sur ce plan m’a fait du bien. Je n’en peux plus des mangas avec les filles de quinze ans aux formes irréalistes et absolument pas crédibles…
Et pour en finir avec le plan graphique, je tiens à souligner la beauté du panel de couleurs : les camaïeux, les ambiances qui diffèrent uniquement selon la palette utilisée. Comparons une scène d’action au Château de Sable de Chrysalis et une dans un vaisseau Toki : voyez la différence ! Et ce n’est là qu’un échantillon des atmosphères que les auteurs ont su créer. Concernant la gestion des mouvements, une grande fluidité se dégage des danseurs de sable en action ; on fait abstraction de la gravité et les poses surréalistes s’enchaînent, mais peu importe ! La magie est là.
5 MondesChâteau de Sable…

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5 Mondes…et vaisseau Toki ! Jolies couleurs, hein ?

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  Le personnage de Jessa apparaît peu dans ce premier tome mais il est omniprésent par la parole d’Oona : Jessa représente pour elle l’unique espoir de rallumer le Phare de Mon Domani. Heureusement vers la fin, on va en apprendre de belles sur l’ancienne Elue ! Personnellement, je ne m’attendais absolument pas à ce retournement de situation lors du dénouement, mais je pense qu’avec davantage de recul – j’ai dévoré la BD et j’étais complètement prise dans l’histoire – ça pouvait largement s’anticiper. Ça n’en reste pas moins un élément que je devine décisif pour la suite de l’histoire, et qui vient chambouler bien comme il faut le semblant de manichéisme qui s’était précédemment établi entre Mon Domani et le peuple Toki. Des enjeux supplémentaires s’ajoutent au dernier moment, des deux côtés du conflit ; quoi de mieux pour relancer l’intérêt du lecteur à la fin d’un tome 1 ? La scène du dénouement, ce passage de douze pages, je le relis en boucle. Vraiment, en boucle. Je sais où ouvrir le bouquin et je me la refais plusieurs fois par semaine pour redécouvrir ce moment-clé plein de tension. Un pur plaisir.
  Finalement, l’unique défaut que je noterais pour 5 Mondes, c’est cette agaçante manie de mettre certains mots en gras dans les dialogues. Parfois, j’ai vraiment eu l’impression qu’ils avaient été choisis au hasard ; je ne pense pas que le lecteur nécessite ce genre de piqûre de rappel pour savoir se concentrer sur l’essentiel, au contraire. L’aspect assez enfantin des dialogues, en règle plus générale, pourrait aussi en décourager quelques-uns, mais je vous invite sincèrement à passer au-dessus de telles considérations pour voir tout ce que la BD a à vous offrir.

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Ma note :

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Points forts :

Belles couleurs
Problématiques sérieuses abordées sous le vernis enfantin
Enjeux transposables à notre monde
Manichéisme habilement renversé

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Points faibles :

Mots en gras dans les dialogues superflus (je n’ai trouvé que ça à reprocher)

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ShishiShishi enchanté. Coup de coeur qui emballe presque à la perfection. Quasiment dans mon élite !
 

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CQFD :

  Plus je relis 5 Mondes¸ plus j’en tombe amoureuse. Il est vraiment à deux doigts de passer dans mes coups de cœur absolus. Pour son aspect tous publics et sa finesse dans le traitement de ses problématiques, je le conseille à tout un chacun. Le plus dur, maintenant, sera d’attendre la sortie du tome 2…

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5 Mondes

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Si tu as aimé 5 Mondes¸ tu aimeras…

Le réveil du Zelphire, de Karim Friha
Amulet, de Kazu Kibuishi

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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