Oraisons, de Samantha Bailly

Salutations.

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Oraisons

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Mon résumé :

  Noony, Aileen et Mylianne sont sœurs, héritières de la célèbre famille Manérian. En Heldérion, les Manérian sont les chefs de la corporation des oraisonniers : leur travail est d’assurer les oraisons, rites funéraires culturels, au profit de l’Astracisme, religion-maîtresse du continent. Quand Noony se destine à prendre la succession de son père à la tête de la corporation, ses deux jeunes sœurs sont encore scolarisées dans une coûteuse pension pour se former à leur future vie de noble.
  Mais le passé d’Heldérion n’est pas plus reluisant que son futur proche : après une conquête sauvage et cruelle du royaume de Thyrane, un continent voisin, pour le convertir de force à l’Astracisme, il s’attaque désormais aux « Terres Impies », troisième continent découvert par des navigateurs heldérinois voici une dizaine d’années. Une nouvelle guerre se prépare et tous les peuples en tremblent d’avance, quel que soit leur continent.
  La fratrie Manérian va se retrouver malgré elle mêlée à ce conflit d’ordre mondial. La pension d’Aileen et Mylianne se situe en Thyrane, où de nombreux rebelles anti-heldérinois luttent encore contre la suprématie de l’Astracisme : un beau matin, Mylianne est retrouvée assassinée en pleine rue, et tous les indices récoltés désignent lesdits rebelles pour coupables. A l’insu de sa famille, Aileen quitte la pension pour mener personnellement l’enquête sur la mort de sa jeune sœur, avide de vengeance. Quant à Noony, sur le point de commencer son voyage initiatique d’oraisonnière à travers tout Helédrion, elle verra ses projets d’avenir tout tracés bouleversés par la guerre en approche avec les Terres Impies. Contrainte de se rendre sur le front pour pratiquer l’oraison sur les futurs combattants morts, elle s’émancipera de l’autorité paternelle en prenant la fuite aux côtés d’Alexian, un jeune homme aux origines mystérieuses qui fera tout pour lui faire comprendre que l’Astracisme a tout d’une usurpation nationale…

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Diptyque premièrement publiés aux éditions des Mille Saisons en 2009 ; réédité en 2013 sous forme d’intégrale aux éditions Bragelonne. Gros format, 716 pages. Tome 1 : 330 pages ; tome 2 : 383 pages.

Coût : 25€ l’intégrale.

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Comment j’ai découvert Oraisons :

  Je suis une grande fan des œuvres de Samantha Bailly. Après avoir lu tous ses romans d’imaginaire les plus récents, au lieu de me tourner vers ses romans réalistes, j’ai préféré un petit retour en arrière dans son parcours, avec sa toute première série, j’ai nommé Oraisons. L’achat de l’intégrale fut un cadeau d’anniversaire, de moi-même à moi-même. Petite déception en le recevant : je m’attendais à ce que la couverture soit rigide. Dommage, parce qu’elle est tellement souple que je peux former un cornet avec, même si le bouquin fait plus de 700 pages. Pas très bel objet-livre, donc, mais le désagrément reste mineur.

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Une petite mise en bouche…

  – Bonsoir. Nous sommes aujourd’hui réunis pour apaiser les cœurs, et surtout l’âme de Verga. Rien ne pourra faire oublier ni le sang ni la douleur. J’espère pourtant, comme nous tous, que les astres auront raison de ce qui sème tant de souffrance dans notre beau royaume. La mort est mon métier. Mon rôle est de sécher vos pleurs, de vous aider à faire votre deuil.
  Le discours de Noony fut ponctué par des hochements de tête et des reniflements. Elle poursuivit la cérémonie, se tenant aussi droite et humble qu’on le lui avait appris. Elle relata alors la vie de Verga. L’oraisonnière embellissait des détails ajoutait sa touche personnelle, le tout avec un ton dramatique, particulièrement convaincant, dont elle seule détenait le secret. A la fin du discours, les proches quittèrent la salle d’un pas lourd. Ils savaient qu’à présent, c’était à Noony d’exercer son savoir-faire, seule.
  Elle détestait ce moment de la cérémonie d’oraison. Elle se plaisait à faire l’hommage du défunt, mais elle appréciait beaucoup moins de manipuler une force mystérieuse.

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Mon verdict :

  Tout d’abord, je tiens à souligner l’avantage de lire la série en intégrale : une bien meilleure immersion dans l’histoire, la belle sensation de tenir la totalité d’un monde entre ses mains, et le fait de pouvoir enchaîner les tomes d’une traite, ça vaut le coup. Et le coût.
  Avec le monde Ollien (véritable nom peu utilisé pour les trois continents réunis), Samantha Bailly s’est fait plaisir : il s’agit là d’un univers de fantasy médiévale, avec ce souffle de fraîcheur que, plusieurs années après mes premières lectures de ses livres, je n’arrive toujours pas à clairement définir. Un petit truc en plus, vous dis-je, la touche de Samantha dans ses romans de fantasy. Tant d’un point de vue géographique qu’idéologique, d’ailleurs : les continents sont autant séparés par la distance entre leurs côtes que par leurs différentes conceptions du monde. Entre les Heldérinois obsédés par leur sacro-saint Astracisme et les habitants des Terres Impies qui font passer la paix avec la nature en premier commandement au quotidien, il y a tout un monde… L’architecture et la mode des Olliens sont largement développées, ce qui donne de longues descriptions, jamais pesantes, quant à l’un ou à l’autre des domaines concernés. Tu veux visualiser avec davantage de précision telle arche, tel balcon d’Abranelle, ou le corset de la nouvelle robe d’Aileen ? Pas de souci, tout est là pour ça. Avec efficacité mais simplicité, un vocabulaire toujours adapté.
  A la base, je le rappelle, l’oraison funèbre est un texte déclamé lors des cérémonies funèbres en mémoire d’un défunt ; l’oraison a aussi des accents religieux dans certaines circonstances. Ici, un joli mix est fait des différentes définitions du terme pour nous proposer quelque chose d’original mais pas trop exotique, qui s’inscrit également dans notre culture. L’aspect religieux du roman est très important : Aileen et Noony sauront-elles remettre en question leurs croyances, pour le meilleur ou pour le pire ? Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière la cérémonie de l’oraison et le pouvoir de l’Astracan, dirigeant d’Heldérion ? La problématique de la religion, de la foi qu’elle engendre et de ses travers a énormément d’importance, et je loue la qualité de son traitement. Nous suivons les questionnements progressifs de nos héroïnes, leurs doutes et les certitudes nouvelles qu’elles acquièrent peu à peu.

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  Des « interludes » séparent chaque chapitre : on y découvre des scènes, courtes, entre des personnages éloignés des protagonistes, des précisions supplémentaires quant à l’intrigue… Ici, le parti pris est très clair : le lecteur disposera toujours d’une longueur d’avance sur les héros. En suivant ces personnages dans l’ombre, tantôt amis ou ennemis d’Aileen et Noony, il en apprendra beaucoup sur les enjeux du roman et tirera très rapidement ses propres conclusions, quand les héroïnes tâtonneront longtemps encore dans l’obscurité. Il y a là des avantages comme des inconvénients : le lecteur peut trépigner en voyant un protagoniste se jeter dans un piège tête la première, admirer le jeu d’acteur d’un autre qui trompe tout son monde pour ses propres intérêts. Il perd par contre pas mal de la tension de certaines scènes avec les deux sœurs, qui feront d’importantes découvertes qui les chambouleront psychologiquement parlant, quand le lecteur sera déjà au courant depuis trente pages. C’est un parti pris, je vous dis ; ça passe ou ça casse, ça dépendra des lecteurs, je pense. Personnellement, je n’ai pas clairement tranché ; il y a des points dans ces interludes que j’ai appréciés, et d’autres qui m’ont déçue. Certains détails, aussi, devaient paraître trop gros pour pouvoir n’être dévoilés que par les yeux des héroïnes : mieux valait les présenter un peu plus tôt au lecteur pour qu’il ne crie pas au deus ex machina au dernier moment.
  Au niveau de l’écriture, il y a de tout : l’émotion est au rendez-vous, mais j’ai parfois regretté une certaine simplicité dans les termes, et des expressions ou des dialogues tout faits. Le discours indirect domine souvent les retrouvailles de certains personnages, et j’ai trouvé que cela minimisait l’impact de certaines scènes importantes. Ça casse un peu l’émotion.

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  Il y a… beaucoup de personnages. Sur un diptyque aussi gros, pourquoi pas, mais certains manquaient un peu de profondeur à mon goût. J’ai longtemps confondu Merion, Gide, Joscard… Et je n’ai compris que Joscard était le Maître de la pension qu’au troisième quart de l’intégrale, c’est dire ! Il y a un pépin, qu’il vienne de moi ou de la narration. Sinon, la dimension psychologique de l’intrigue est superbement gérée : des amourettes – pas trop décevantes même pour moi – aux traîtrises insoupçonnées de certains, il y en a pour tous les goûts et toutes les couleurs.
  La fin se laisse sentir, mais elle n’en reste pas moins profondément satisfaisante après tout ce que les personnages se sont pris dans les dents. Un petit mot sur les deux rebondissements finaux, dans les dernières pages ? Pour le premier, disons que j’ai remarqué qu’Aileen avait quand même une sacrée tendance à pourrir indirectement le bonheur de son aînée (réfléchis bien à ce fameux rebondissement et à l’histoire de la potion de cendres avec Heptiel, y a corrélation tout de même…). Et pour le second, c’est mignon comme tout, et facilement justifiable sans paraître déplacé. Je ne goûte pas trop à ce genre de détail alors ça ne m’a plus émue plus que de raison, mais à mon avis, beaucoup de lecteurs s’avèreront agréablement surpris.

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Ma note :

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Points forts :

Univers de fantasy original
Problématique de la religion sous tous ses aspects
Relations des personnages
Beaux passages descriptifs

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Points faibles :

Formules toutes faites dans le style littéraire
Discours indirect un peu trop présent

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ShishiShishi enchanté.Coup de coeur qui emballe presque à la perfection. Quasiment dans mon élite !
 

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CQFD :

  Oraisons tient le parfait équilibre entre l’action, les relations inter-personnages et les problématiques sociétales, le tout dans un univers de fantasy aux petits oignons. Une certaine facilité parfois dans le style littéraire, mais rien de suffisant pour gâcher la lecture : le fond est au top, la forme un peu moins, mais l’alchimie fonctionne quand même. (alchimie, Alchimia, tu l’as ?)

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Si tu as aimé Oraisons, tu aimeras…

Souvenirs perdus, de Samantha Bailly
Zalim, de Carina Rozenfeld
La Fille-Sortilège, de Marie Pavlenko

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Petit bonus : Samantha Bailly au SLPJ 2015 !Samantha Bailly

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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Un commentaire sur “Oraisons, de Samantha Bailly

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