Les lionnes de Venise, de Mireille Calmel

Salutations.

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Les lionnes de Venise

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Mon résumé :

  Lucia de Seva, fille d’imprimeur, vit à Venise avec son père et Luigi, l’apprenti de leur boutique. Une romance se profile doucement entre les deux tourtereaux, qui envisagent déjà une future alliance… Malheureusement, le passé des de Seva va les rattraper.
  Isabella Rosselli, célèbre courtisane du palais des Doges, vient à l’imprimerie pour faire reproduire une étrange gravure, qui appartenait au grand-père de Lucia voici des décennies. Le lendemain, trois hommes masqués pénètrent l’imprimerie de force, enlèvent le père de Lucia et mettent le feu au bâtiment. En sauvant la gravure de justesse, Lucia prend la fuite et, avide de vengeance, s’acoquine avec les puissants dans les belles maisons de Venise. Séduction et armes blanches sont les nouvelles cartes dont elle dispose pour découvrir l’histoire de la gravure et, envers et contre tout, tenter de retrouver son père…

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Roman publié en mai 2017 chez XO Editions. Gros format, 339 pages (c’est écrit gros). Premier tome d’une série.

Coût : 19,90€.

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Comment j’ai découvert Les lionnes de Venise :

  J’ai reçu ce livre grâce à l’événement Masse Critique de Babelio.com. Merci à Babelio et aux éditions XO pour cet envoi !

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Une petite mise en bouche…

  Je réussirai, décida-t-elle en enlevant un verre sur un plateau qui passait à sa portée.
  Sirotant son vin de rose, si hautaine et superbe qu’on détaillait avec autant d’envie que de respect, elle poursuivit sa progression jusqu’à parvenir devant un mur d’hommes avinés.
  L’un d’eux, il Dottore, qui lui faisait face, se liquéfia dans son costume noir colleté de blanc.
  Toi, mon héron, tu vas t’écarter !
  Il s’embarrassa tant sous la morsure veloutée de son regard que la barrette de notaire qu’il portait sur la tête manqua choir. Les autres, Brighella, Pantalone, Arlecchino, qui faisaient cercle autour de lui, pivotèrent d’un bloc, puis, troublés à leur tour, s’écartèrent, incapables d’un mot, d’un sifflement ou même d’une des facéties propres à leurs personnages.
  Un sentiment de toute-puissance gagna Lucia. Il Dottore ne bougeait plus.
  A peine semble-t-il respirer.

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Mon verdict :

  Le principal atout du roman est sa documentation très approfondie. Véritable immersion dans la Venise du 17ème siècle, il offre des panoramas de qualité, du vocabulaire adapté à tous les domaines – avec parfois des termes directement en italien – et toujours avec une simplicité qui met le lecteur en confiance. Ici, pas de longs paragraphes explicatifs sur le contexte culturel ou politique de Venise. La compréhension se fait naturellement et presque sans effort. Cette documentation est d’ailleurs beaucoup mise en valeur par la maison d’éditions, et il me semble avoir compris que l’autrice n’en est pas à son coup d’essai concernant les romans historiques. Ça explique son aisance pour introduire son univers au lecteur.
  Les lionnes de Venise concilie avec efficacité une intrigue complexe et des scènes d’action dignes d’un récit de cape et d’épée. Tout est dans le dosage. L’intrigue fonctionne essentiellement grâce à sa dimension historique, encore une fois, et même si ses enjeux n’ont rien de très novateur, on se laisse aisément prendre dans ses filets.
  L’action est omniprésente et génère une tension bienvenue au fil du roman, au rythme des révélations scénaristiques. Les deux dimensions se mêlent régulièrement et offrent un cocktail de qualité ; course-poursuites, combats hauts en couleur, infiltrations dans des lieux à risques…

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  Les lionnes de Venise maîtrise la majorité des ficelles qui font un bon roman, malheureusement un défaut subsiste, et pas des moindres, qui gâche durablement tout le reste. L’héroïne est à baffer, c’est aussi simple que ça.
  Lucia de Seva est l’une des Mary-Sue les plus insupportables que j’ai pu rencontrer au cours de ma vie de lectrice. Mademoiselle se trouve médiocre esthétiquement parlant mais les plus puissants se pâment devant elle. Elle est si cultivée qu’elle connaît tous les grands noms de Venise et sort des références culturelles tout le temps. Elle est une modeste fille d’imprimeur mais réussit à mettre la cour à ses pieds, en trois jours à peine se convertit en une courtisane surdouée, change de caractère comme de partenaire sexuel potentiel et toutes ses erreurs se retournent contre ses ennemis. Il n’y a qu’à voir l’extrait que je vous ai sélectionné plus haut, c’est aberrant tellement le personnage est fantasmé ! C’est une fille d’imprimeur, ton héroïne, pas une noble dame qui s’est entraînée toute sa vie pour faire chavirer les cœurs. Et justifier tous ces travers par sa détermination et l’ardeur de sa vengeance ne suffit pas, au contraire : pour le coup, la ficelle de justification se voit comme le nez au milieu de la figure et empire le cas de Lucia, déjà lourdement chargé. Il lui faut des défauts, à cette petite, et des défauts qui influencent l’intrigue. Pas quelques coups de sang à deux ou trois moments du roman qui sont réglés illico par un intervenant extérieur sans qu’elle ait à assumer les conséquences de ses actes.
  Cela gâche tout l’aspect hautement réaliste du reste du roman. L’autrice s’est fait plaisir, certainement, en conjuguant une profonde documentation teintée d’exotisme avec une héroïne parfaite (je rappelle qu’une Mary-Sue est bien souvent une version fantasmée de l’autrice elle-même, brrr c’est malsain) qui règle tout en deux coups de cuiller à pot. Ça donne une intrigue flamboyante, des malheurs à pleurer qui s’abattent sur notre pauvre héroïne ; elle se relève toujours, meurtrie mais plus décidée que jamais à renverser son destin ! La forme est au rendez-vous, mais qu’en est-il du fond ? Il disparaît au profit de la forme pour une lecture superficielle, alors qu’avec une intrigue et un background pareils il y avait matière à créer des personnages beaucoup plus profonds et travaillés. C’est très dommage, je trouve, car à part le traitement des protagonistes qui reste à la surface de leur psychologie, tous les voyants affichaient vert pour ce roman. Seule Isabella Rosselli connaît un meilleur développement, et encore. Il ne reste plus qu’à espérer que le tir se corrigera dans les tomes à venir.

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Ma note :

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Points forts :

Intrigue ficelée sur le long terme de l’histoire
Scènes d’actions efficaces
Excellente documentation qui permet une immersion parfaite

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Points faibles :

Héroïne Mary-Sue qui ternit l’ensemble du roman
Personnages superficiellement travaillés, pas approfondis

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ShishiShishi mitigé. Bonne lecture, mais des défauts qui ternissent l’ensemble.

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CQFD :

  Les lionnes de Venise est une lecture agréable et sans prise de tête, malgré le caractère insupportable de son héroïne. Les amateurs de l’âge d’or de Venise peuvent se jeter dessus les yeux fermés pour se régaler.

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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