Le Paris des Merveilles, de Pierre Pevel

Salutations.

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Le Paris des Merveilles

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Mon résumé :

  Imaginez un monde où le merveilleux aurait dépassé les limites de nos légendes pour devenir un aspect tangible de notre quotidien. Un monde avec des gnomes, des mages, des fées, des chats-ailés, et une dimension parallèle, l’OutreMonde, dont tous seraient originaires. Un monde où, après des siècles de silence, tous les habitants de l’OutreMonde auraient décidé de se révéler aux yeux des humains à l’aube des Lumières européennes…
  Dans cette fantastique uchronie, le Paris des Merveilles fait figure de référence. Ses Cercles de magiciens élitistes, sa Tour Eiffel en bois enchanté, ses arbres parlants au coin des squares, ses dragons irisés qui remplacent les sempiternels pigeons citadins…
  Dans ce joyeux bazar qui mélange allègrement rationalisme et féérie, Isabel de Saint-Gil et Louis Denizart Hippolyte Griffont vivent – plus ou moins paisiblement – leur vie de mages réputés. Connaissances de longue date, ils se croisent au fil des siècles et de leurs affaires respectives, s’aiment un peu, beaucoup, se faussent compagnie…
  En 1909, leurs chemins se rejoignent de nouveau, sous d’inquiétants auspices : du trafic d’objets magiques, des comptes à rendre aux services secrets russes, et une infante féérique déchue qui cherche à regagner le trône… Isabel et Louis devront s’allier bon gré mal gré pour en sortir intacts et peut-être, au passage, sauver Ambremer, la capitale des Fées, et le Paris des Merveilles.

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Roman publié en 2015 aux éditions Bragelonne, puis réédité au format poche aux éditions Gallimard, collection Folio SF. Trilogie ; aucun nouveau tome n’est annoncé pour l’instant  même si on espère !

Coût de chaque tome au format poche classique : 8,20€.

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Comment j’ai découvert Le Paris des Merveilles :

  La série me tente depuis très longtemps et je prévoyais de la chercher en bibliothèque quand ma PAL m’aurait laissé un peu de repos. Mais j’ai fini par craquer en librairie avec des cartes-cadeaux… Pour le tome 1 uniquement ! J’ai acheté les deux suivants sous une impulsion, parce que les éditions limitées made in Bragelonne sont juste exquises, et que j’étais déjà plongée dans le tome 1 que j’a-do-rais. Que du format poche, par contre, n’exagérons rien. Je trouve les couvertures du format poche assez laides, très ternes, surtout comparées aux beautés du grand format de Bragelonne. Mais de toute manière, avec mes éditions limitées, j’ai évité le massacre des tomes 2 et 3.

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Une petite mise en bouche…

  Habillé, coiffé et rasé de frais, Griffont descendit dans le salon côté jardin. Les volets étaient entrouverts pour laisser passer le jour mais garder un peu de fraîcheur nocturne. Parce qu’il ne voyait le chat-ailé nulle part, Griffont appela doucement :
  – Azincourt ?
  Une tête féline et renfrognée apparut de derrière un accoudoir, paupières mi-closes, front plissé et oreilles froissées.
  – Mmmh ?
  – Bonjour, Azincourt.
  – Good morning, Griffont.
  – Belle journée, n’est-ce pas ?
  – Vous ne diriez pas ça si vous deviez porter un manteau de fourrure par 27° à l’ombre.
  La tête disparut.
[…]
  – C’est aujourd’hui dimanche, Griffont…
  – Et alors ?
  Pas de réponse. Griffont réfléchit et reprit :
  – J’ignorais que les chats avaient des semaines de fonctionnaire…
  Toujours caché au creux de son fauteuil, Azincourt répondit d’une voix lasse, où pointait cependant l’agacement :
  – D’une, nous n’aurions pas cette conversation si j’appartenais au règne animal, comme vous l’avez maladroitement laissé entendre. De deux, il me semble que vous avez un domestique pour faire vos commissions. Et de trois, vous savez que j’ai un déjeuner tous les dimanches. Sur ce…

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Mon verdict :

  Je confesse écrire cette chronique longtemps après avoir lu les romans, par manque d’organisation ; espérons que la qualité subsiste !
  Les fans d’uchronie et de steampunk en prendront pour leur argent : au Paris des Merveilles, tout est fait pour leur plaire. Chaque petit détail d’architecture ou de technologie quotidienne a été soigneusement travaillé ; rien ne passe à la trappe. C’est un enchantement permanent, un dépaysement total. Une véritable bouffée d’exotisme qui s’initie dès les premières pages du livre, qui sont un résumé global des origines du Paris des Merveilles. Etrange choix de l’auteur de nous immerger dans son univers par un texte détaché de la narration, qui sert d’amuse-bouche pour la suite du roman. La démarche a quelque chose d’artificiel qui m’a un peu déplu, mais force est de constater que le texte est très bien écrit et efficace.
  Un imaginaire très creusé donc, qui s’inspire allègrement des folklores du monde entier pour constituer un univers uchronique de qualité. Dommage que ce travail s’arrête aux frontières de l’Europe : qu’en est-il de l’OutreMonde en Amérique, en Afrique ? En un sens, c’est assez représentatif du vingtième siècle : sans mondialisation, nos héros ne sont guère informés des événements qui se déroulent au-delà de leurs océans. On sait uniquement que le dévoilement de l’OutreMonde s’est concentré en Europe, mais je suis sûre qu’outre-Atlantique aussi il y a eu du grabuge à cause de lui.

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  Les protagonistes sont vraiment des perles. Tous les personnages le sont au sens plus large ; ils se dessinent petit à petit au fil des pages, par une multitude de petites informations disséminées implicitement. Le caractère difficile de Griffont, la jalousie d’Isabel, le snobisme d’Azincourt… Parfois, les explications s’avèrent trop explicites, quand un bon exemple servirait mieux qu’un long discours. Ici, nous avons le bon exemple et le long discours ; dommage car l’information passait très bien sans la redondance. Mais le défaut ne suffit pas pour gâcher la lecture, même s’il agace souvent. Ainsi, des passages semblent quasiment copiés-collés d’un tome à l’autre : les mêmes explications reviennent aux mêmes passages des romans. Pour qu’ils soient indépendants les uns des autres, qu’on puisse les lire dans l’ordre qu’on veut ? Pourtant la série est présentée comme une trilogie avec un ordre précis, les numéros des tomes sont indiqués sur les couvertures.
  En dépit de ces répétitions qui agacent très vite quand, comme moi, on lit les trois romans à la suite, les personnages restent d’une justesse rare. Ils ont ce grain de fantastique des personnages de roman, qu’on ne s’attend pas à croiser dans la vie réelle, parce qu’en un sens ils manquent de crédibilité au sens propre. Mais nous lisons de la fantasy uchronique, alors au diable la crédibilité IRL ! Portraits pittoresques, personnalités bien esquissées qui sonnent toujours juste entre elles : mon plus gros coup de cœur de la saga, c’est bel et bien ses personnages. A eux seuls, ils sauvent certains aspects du roman qui s’avèrent beaucoup moins plaisants à découvrir.
  Passons à l’intrigue. Nous avons là, sans doute aucun, un roman policier. Après tout, Louis Griffont reste un mage qui a ouvert un cabinet professionnel, grâce auquel il est amené à résoudre tout un tas d’affaires paranormales pour le compte de ses clients humains. Néanmoins, il va rapidement s’écarter des premières affaires pour se plonger, tête la première, dans des complots bien plus complexes… D’une affaire de tricherie aux jeux de cartes, il va passer à un complot international contre la reine des fées, et je vous passe les étapes intermédiaires ! Ainsi, le déroulement des actions est assez complexe : pour le suivre correctement et reconnaître tous les personnages plus ou moins secondaires qui y apparaissent, une lecture concentrée sera nécessaire. La mienne était concentrée, aussi j’ignore si le lire par-dessus la jambe gâche vraiment la compréhension de toutes les ficelles de l’histoire. Je m’en doute un peu tout de même, alors je t’encourage à garder tous tes neurones à disposition pour pleinement profiter du Paris des Merveilles, tu vas en avoir besoin. Certaines intrigues résonnent entre elles à travers les tomes, par des allusions voire des explications pures et simples. C’est agréable de voir que la série fonctionne vraiment comme un grand tout.

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  Le principal atout du Paris des Merveilles est que son histoire et son univers se construisent autour de plein de détails en apparence anodins ; son originalité, son sel tiennent à sa nature même. C’est un tout hétérogène bâti à partir d’une multitude de petites choses dépareillées, et le résultat est grandiose. Malheureusement, la série comporte aussi bon nombre de défauts, et il est temps de les aborder…
  Déjà, la part de manichéisme est beaucoup trop importante à mon goût. Il faut savoir que le manichéisme, je ne le porte vraiment pas dans mon cœur : ça vous gâche un livre à coup d’obscurantisme (sans mauvais jeu de mots) ! La Reine Noire, maléfique sœur de la Reine des Fées, avec ses serviteurs d’ombre et tout le tintouin, on en parle ? Quel dommage, quand le début du roman semblait annoncer un antagonisme beaucoup plus nuancé entre les différents protagonistes. Il reste assez léger finalement, mais mine de rien, son utilisation autour de la « Reine Noire » simplifie énormément le dénouement et ça, c’est très dommage au vu de la complexité du reste de l’intrigue.
  Un mot, aussi, sur la fin du tome 3. Elle m’a énormément déçue… Après une importante montée en adrénaline, je m’attendais à un final de toute beauté pour conclure la série. Mais l’auteur se contente de régler son histoire avec quelques suspenses et un petit duel d’escrime pas piqué des hannetons, sans cascades, explosions ni pertes cruciales… C’est un peu court, monsieur. Alors espérons que viendra un tome 4, que Pierre Pevel s’avèrera incapable de se détacher complètement de son Paris des Merveilles, et qu’il voudra bien poursuivre l’aventure avec ses lecteurs affamés… Surtout qu’en 1909, à l’aube de notre Première Guerre Mondiale, il doit y avoir matière à creuser pour son uchronie !
  Finalement, le défaut global des romans est qu’ils manquent de profondeur. Le Paris des Merveilles est une lecture passe-temps, somme toute très agréable et addictive (j’ai lu les trois tomes en quatre jours svp), avec des intrigues qui allèchent et des protagonistes qui mettent des paillettes dans les yeux. Mais contrairement à d’autres classiques de fantasy francophones, tels que La Horde du Contrevent ou Gagner la guerre, il manque un fond de réflexion sociétale qui apporterait énormément à la série. La lecture est distrayante, elle reste en tête pour un temps, mais elle ne remue pas suffisamment, elle ne fait pas réfléchir. Attention, c’est moins un véritable défaut qu’un regret : les romans se lisent très bien sans cette dimension. Mais en y repensant, quel dommage… !

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Ma note :

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Points forts :

Personnages très vivants
Univers crédible et complet
Intrigues à suspense et complexes

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Points faibles :

Fond de manichéisme trop important
Manque de réflexion profonde
Répétition de paragraphes presque mot à mot à travers les tomes
Manque d’une fin percutante

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ShishiShishi enchanté. Coup de coeur qui emballe presque à la perfection. Quasiment dans mon élite !
 

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CQFD :

  Pour moi, Le Paris des Merveilles est déjà un classique de fantasy francophone. En dépit de quelques défauts et d’une inégalité parfois navrante entre le fond et la forme, il mérite largement sa notoriété sans cesse grandissante. Personnages hauts en couleur, intrigue policière qui donnera du fil à retordre aux plus fameux détectives, et un univers enchanteur qui te dépaysera à coup sûr, qu’attends-tu jeune lecteur, fonce.

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Si tu as aimé Le Paris des Merveilles, tu aimeras…

Les étranges talents de Flavia de Luce, d’Alan Bradley
Les annales du Disque-Monde, de Terry Pratchett
Le dernier songe de Lord Scriven, d’Eric Senabre

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Amitiés,

Shishi et Chinmoku.

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