Les Serres du griffon, de Maxime Duranté

Salutations.

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Mon résumé :

Le royaume de Lantardie a enchaîné les victoires contre Alnorr, sa rivale de toujours : ses griffons de combat ont mis l’ennemi en déroute et lui ont arraché une trêve fragile qui perdure tant bien que mal depuis plusieurs années.
La paix règne encore et les Lantardiens aimeraient la croire solide… Mais le bruit court que, de l’autre côté de ses frontières, la nation défaite prépare sa revanche.
Dans les montagnes tout au nord de la Lantardie, la IIIe cohorte de chevaucheurs surveille les terres de Ganarodd, ancien royaume des Nains. Les Orogs, peuple de monstres barbares, l’ont annexé, et la Lantardie craint qu’ils n’étendent leur soif de conquête au-delà des montagnes ; ils l’ont déjà tenté par le passé, et la IIIe cohorte n’en est pas sortie indemne.
Rassemblés sur le pic Norrasq, surnommé le Reclus du fait de son isolement, les soldats autrefois en première ligne sombrent peu à peu dans une routine forcée partagée entre des patrouilles occasionnelles et la formation des futurs chevaucheurs.
Néanmoins, la commandante de la cohorte ne compte pas se laisser anesthésier par la monotonie de son quotidien : Sunie Tersola, vétérante de la dernière guerre, compte bien mener ses troupes à la baguette sans le moindre relâchement, quitte à encourir les foudres de son colonel.
Quand ses supérieurs tentent de brider son professionnalisme, Sunie passe outre et enfourche Teli, son loyal griffon, pour parcourir les nues à la recherche de la moindre menace pouvant nuire à la puissance lantardienne. A ses risques et périls : à vouloir côtoyer le danger de trop près, elle risque d’y brûler les plumes de Teli…

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Roman partiellement publié sur le site de l’Attelage, en système d’édition alternatif. Toujours en cours d’écriture, mais 70 000 mots (soit l’équivalent d’un roman standard) sont déjà disponibles à l’inscription sur le site des Attelés.

Coût : gratuit pour l’instant !

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Comment j’ai découvert Les serres du griffon :

  J’ai découvert ce roman grâce à l’Attelage. Mais l’Attelage, c’est quoi ?
SDGL’Attelage est un regroupement de créatifs indépendants opérant essentiellement sur le web depuis environ deux ans. Son objectif : promouvoir l’interaction avec le lectorat, l’accès à une littérature abordable, et le transmédia. Les Attelés, organisés en meutes de 5, écrivent chaque mois des histoires dont les chapitres s’ajoutent sur le site ; tu peux alors les lire sur ton ordinateur ou ton téléphone, et leur donner ton avis sans autre forme de procès. Les Attelés étant de braves toutous, ils écoutent tes retours et modifient leurs histoires en conséquence ! Les contributrices, pour leur part, déclinent les univers attelés sous diverses formes artistiques : pour l’instant, surtout des dessins…
Tout ça est proposé contre un abonnement à prix aussi doux que la fourrure d’un samoyède. Mais tu peux également découvrir beaucoup de textes et de contenu gratuitement, sur simple inscription !
Maxime Duranté, l’auteur des Serres du griffon, est membre de la Meute Alpha, la toute première créée au sein de l’Attelage. Les Serres du griffon est son unique œuvre publiée dans le collectif pour l’instant.

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Une petite mise en bouche…

  « La vie d’un officier au sein des chevaucheurs de griffon est chose simple : aime ta monture, occis les ennemis du royaume. On m’a promue commandant. Parce que l’intimité qui m’unit à Teli surpasse le seul accord entre griffon et chevaucheur. Parce que j’ai vécu quand mes camarades hurlaient, brûlés vifs par le souffle des dragons d’Alnorr. Je ne dois mes décorations qu’à un coup de rapière chanceux dans le crâne d’un chef barbare, et à la force que Teli insuffla à ses ailes pour nous tirer hors du charnier.
[…]
Une médaille fait un bien piètre pansement pour un esprit blessé.
Un jour les érudits écriront les chroniques de notre lutte contre la déferlante. J’aimerais que leurs mots ne relatent pas la guerre que j’ai menée, mais celle que j’ai voulu empêcher.
– Sunie

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Mon verdict :

  Les Serres du Griffon ne sont pas destinées à toutes les mains : un lecteur occasionnel risque de se perdre dans la complexité de certains de ses aspects. Les Serres sont un petit bijou de fantasy qui, pour complètement s’apprécier, nécessite une certaine vaillance à la lecture.
  Le style littéraire est d’une grande qualité : pas un mot superflu, des termes toujours au plus près de la réalité dépeinte. Il y a même des rimes internes entre les phrases, que demande le peuple ? Les métaphores abondent mais là non plus, pas de superflu : elles se substituent à des explications redondantes et apportent un souffle de poésie au roman qui, avec son intrigue militaire et ses personnages écorchés par leur passé, manque parfois de légèreté. Unique point faible rencontré dans ce domaine : pour comprendre la complexe syntaxe de certaines propositions et pleinement l’apprécier, il faut souvent lire plusieurs fois la même phrase, voire le même groupe de phrases pour saisir l’idée qu’elles expriment. C’est un problème pour moi qui n’apprécie pas de devoir revenir sur mes pas, mais d’autres aimeront l’idée d’un texte impossible à saisir dans toute sa subtilité avec une seule lecture. Néanmoins, ce n’est pas un essai non plus mais une fiction, donc ne pas tout comprendre du premier coup ne sera pas un obstacle insurmontable.
  De même, on louera la diversité et la précision du vocabulaire employé. Qu’il s’agisse de l’anatomie des griffons, d’une scène de combat, de la description d’une tenue ou d’un bâtiment, l’auteur s’est documenté sur chaque jargon pour nous livrer une description adéquate et son travail se sent entre les lignes.
  L’univers du roman est exclusivement militaire, mais que ça ne te rebute pas : c’est aussi de la fantasy et l’auteur se débrouille pour contrebalancer le côté austère de son background avec de l’humour à petites touches et, comme évoqué précédemment avec les métaphores, une dose de poésie. Que dire des scènes de combat, ou plutôt de l’unique véritable scène de combat disponible dans la version actuelle du roman ! Un délice, qui a dû demander énormément de rigueur à l’écriture, mais qui se déguste à la lecture ; pas question de rater une phrase ou de presser le rythme, il faut profiter de chaque mot.
  Dès le prologue s’annonce l’intrigue du roman : de la guerre stratégique, de la géopolitique. Parfois on s’y perd un peu, certains enjeux restent sous-entendus ou on se mélange dans les noms et les intentions des uns et des autres. Pour l’instant, nous n’avons accès qu’à l’élément déclencheur du roman, qui est encore en cours d’écriture je le rappelle. Après, ça tient déjà suffisamment la route pour t’allécher et vu son envergure, tu ne peux qu’attendre la suite avec impatience, parce que tu te doutes que l’élément perturbateur n’est qu’un avant-goût de ce qui attend vraiment Sunie Tersola…
  Concernant les personnages, il y en a peu – enfin peu, on aurait pu s’attendre à en avoir plus dans un roman de fantasy –, mais aucune de leurs psychologies n’est laissée de côté. Le milieu militaire reste très masculin, fantasy médiévale traditionnelle oblige, heureusement qu’on a Sunie Tersola pour compenser toute cette testostérone assez souvent mal employée. Au niveau de la galerie, on va de la balance insupportable au franc camarade bon vivant, en passant par le solitaire un peu flippant et le supérieur autoritaire qu’on crève d’envie de secouer pour donner raison à l’héroïne. Tous gravitent autour de Sunie et les liens qu’elle entretient avec chacun d’eux sont davantage suggérés qu’explicités, indéniable point fort : show don’t tell, autant que possible. L’équilibre entre les deux est difficile à trouver, mais Maxime Duranté le maîtrise au poil pour détailler le nécessaire et sous-entendre le plus subtil.
  En parlant de Sunie… Elle mérite un beau paragraphe. Une héroïne comme on n’en fait plus, ou si peu. J’adore me retrouver avec des personnages qui traînent déjà un certain vécu dans leur dos, qui ne sont pas en pleine construction, mais plutôt dans une optique d’accomplissement final ou de catharsis. C’est complètement le cas de Sunie, comme tu as pu le voir dans l’extrait proposé plus haut dans la chronique : elle a beau s’accrocher à son quotidien de militaire si cher à ses yeux, son passé la ronge peu à peu et si l’auteur a décidé de raconter son histoire alors que le plus gros de sa vie semble déjà décidé, c’est certainement qu’elle va au-devant d’une nouvelle évolution personnelle… Sunie, c’est un tank. Un petit tank (avec tous ces gars baraqués autour, aussi), mais un tank quand même. Ce qu’elle veut faire, elle le fait toujours quel que soit le prix à payer, parce que sa morale fait figure d’éthique inébranlable. Elle a des valeurs fortes et les défend envers et contre tout, ce qui risque de lui coûter plus cher que prévu… Sunie a des avantages comme des défauts, beaucoup à mon avis, et là réside sa force : elle a une justesse et une intensité qui marquent le lecteur. Nous la suivrions jusqu’à l’autre bout de la Lantardie s’il le fallait. Confrontée à l’injustice ou à des événements qui l’ébranleront profondément dans sa nature même, elle expose une complexité passionnante, ne tombe jamais dans le piège de la guerrière Mary-Sue tendu par son expérience glorifiée dans la guerre qu’elle a menée par le passé. Une perle, je te dis. Et sa langue bien pendue donne du fil à retordre à ceux qui essaient de lui marcher sur les pieds.
  Enfin, un mot sur le lien qu’entretiennent les chevaucheurs avec leurs griffons. Ces liens sont limite plus importants que ceux que tissent les humains entre eux ; les griffons, c’est la crème des Serres, c’est la clé de l’univers militaire, de la poésie du roman, de l’âme de Sunie. Entre elle et Teli, sa monture, il y a une connivence forte d’épreuves traversées de concert sur des champs de bataille, il y a la proximité unique de ceux qui se sont mutuellement sauvé la vie… D’ailleurs, à l’instar du reste du roman, les griffons font l’objet d’une documentation particulière : leur arsenal de chevauchée, leurs caractéristiques physiques – il y a beaucoup d’espèces différentes – ou même leur logique de comportement, qui est parfois extrêmement drôle, tout y passe et le lecteur s’en régale forcément.

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Ma note :

 

Points forts :

Univers complet et complexe
Héroïne à forte personnalité
Style littéraire de grande qualité
Univers sombre mais compensation agréable par la poésie
Présence et intérêt des griffons

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Points faibles :

Syntaxe parfois trop complexe
Géopolitique difficile à suivre

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ShishiShishi heureux. Coup de coeur modéré, très bon moment de lecture mais pas assez emballée pour le retenir sur le très long terme.

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CQFD :

Les Serres du griffon recèlent beaucoup de qualités. Malgré un style parfois compliqué à suivre, elles combinent beaucoup de points forts et ont su éviter des écueils qui auraient pu conduire à un roman de qualité moindre, trop spécialisé. Je vais suivre l’écriture de Maxime Duranté de très près. Et tu ferais bien d’en faire autant, parce qu’il est assez polyvalent et que tu risques de retrouver son nom ici et là à la fin de textes diversifiés sur Internet…

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Si tu as aimé Les Serres du griffon, tu aimeras…

Sorceleur, d’Andrzej Sapkowski

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Bonus :

Maxime Duranté s’est fait un plaisir de développer certains aspects de son roman avec un zèle qui force l’admiration. Si ça t’intéresse d’approfondir ta lecture ou d’avoir un meilleur aperçu de son complexe univers :
Le calendrier prathéen tel qu’on le suit en Lantardie
Les particularités linguistiques d’Ultark, le duché natif de Sunie
Equipements et objets remarquables de Lantardie

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SDG KazuFanart by Justokazu : un petit chibi de Teli, le griffon de Sunie. N’est-il pas adorable ?

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Amitiés,
Chinmoku.

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